« DEBRIEFING » DEUX MOIS APRES NOTRE ARTICLE SUR JUPITER DANS LES ARCHIVES OF INTERNAL MEDICINE

Fin Juin 2010, paraissait dans les « Archives of Internal Medicine » (un des seuls journaux en langue anglaise encore indépendant de l’industrie pharmaceutique) notre article critiquant l’étude JUPITER, le plus grand essai clinique jamais réalisé pour justifier la prescription de médicaments anti-cholestérol à tout un chacun. Jamais auparavant des scientifiques et des médecins « libres » n’avaient osé critiquer aussi ouvertement le business du cholestérol et des statines. Beaucoup de nos amis et alliés étaient très inquiets pour nous, redoutant une réaction particulièrement violente de ladite industrie ! Où en sommes-nous aujourd’hui, à la fin août 2010 ?

Nous redoutions le pire effectivement !

Signalons toutefois que nous n’étions pas tout seuls sur le bateau au moment d’affronter la tempête.

En effet, les éditeurs américains des Archives avaient pris la précaution, pour se protéger eux-mêmes certainement (et donc nous aussi), d’accompagner notre article (qui n’utilise que des arguments d’une parfaite banalité sur le plan scientifique) d’un éditorial vantant les mérites de notre analyse d’une part, et aussi d’un autre article extrêmement critique vis-à-vis d’un autre aspect de l’étude JUPITER, l’utilisation du dosage de la CRP pour identifier des sujets à risque d’infarctus.
Rappelons que l’investigateur principal de JUPITER (le Dr Ridker de Harvard) est codétenteur du brevet du kit de dosage de la CRP et qu’à chaque fois que dans le monde on mesure la CRP chez un patient le Dr Ridker est (en principe) rémunéré …
Bonjour le conflit d’intérêt !
Pour ceux qui dans notre beau pays n’ont pas encore bien compris ce qu’est un « conflit d’intérêt » (mot et concept totalement neufs dans le monde politique français si l’on en juge par un des feuilletons politiquo-industriels de l’été), voilà une illustration remarquable qu’il faudrait méditer !
Ce second article était également accompagné d’un éditorial vantant les mérite de ce deuxième article !

Au total, les Archives ont donc publié dans le même numéro 4 articles critiquant violemment le business du cholestérol et des statines.

Cela fait beaucoup de monde en termes d’auteurs et coauteurs !

Pour ceux qui prétendent, pour aider à soutenir un moral défaillant (comme disent les sportifs), que je suis tout seul à défendre mes idées « perturbatrices » du consensus mou qui semble prévaloir à propos du cholestérol et des statines, ça ressemble terriblement à un désaveu !

Pas seul donc ! Ou plutôt de moins en moins seul !

Ceci étant dit, quelles ont été les réactions ?

Pour faire simple, je dirais que Ridker a été très mécontent (évidemment !) et s’est répandu dans les médias pour dire combien il était « en colère ».
Quelques uns de ses meilleurs amis se sont aussi exprimés pour le soutenir, via les médias.
A mon avis, ils n’auraient pas dû car le discrédit du premier ira aussi tâcher la réputation des autres …
Ni l’un ni les autres n’ont d’ailleurs appuyé leur mécontentement d’une quelconque réponse « solide » à nos critiques !

Pour le moment, nous n’avons entendu que des « vitupérations stériles » et sans intérêt médical ou scientifique.

Les médias sont restés très neutres, évitant de prendre parti (c’est déjà beaucoup de notre point de vue) mais reproduisant relativement bien (mais pas parfaitement) notre argumentaire.

Pour le moment, aucune Société médicale ou scientifique ne s’est exprimée, mais ça n’est pas étonnant en période estivale. Attendons la suite !

Finalement, sur quelques sites Internet et blogs, de nombreux citoyens se sont exprimés : disons que les avis sont très partagés pour le moment !
Il était illusoire de penser que, sans une campagne médiatique correctrice, le public puisse pleinement comprendre la situation.
Un match nul dans un contexte pareil équivaut à une victoire !
Tout ceci est donc très satisfaisant pour nous ; qui avons, et devrons, affronter l’un des lobbys les plus puissants de l’industrie avec, jusqu’à présent, des médias généralistes et spécialisés qui étaient aux ordres des intérêts de l’industrie pharmaceutique.

Ce fut donc, pour le moment, un bel été qui a fait échec à l’Obscurantisme médical prévalent !

Il faut toutefois noter, comme le suggérait un de nos collègues (le cardiologue Bruxellois Willy Kostucki), que nous sommes au début d’un processus.
En effet, JUPITER a été considéré par les spécialistes comme le plus bel essai clinique à l’appui d’un usage généralisé des statines. Or, JUPITER sera désormais vu comme le prototype de l’essai biaisé.
Dès lors, la question suivante est : que valent tous les autres essais cliniques sur lesquels se sont appuyées les recommandations dites « officielles » que suivent actuellement les médecins ?

Réponse : pas grand chose, comme je l’ai d’ailleurs longuement décrit dans mes livres.

Conséquence immédiate et fondamentale pour les praticiens et les patients : il n’est plus du tout scandaleux désormais de contester les prescriptions de médicaments anti-cholestérol !
Chaque généraliste face à un spécialiste, chaque patient face à son généraliste peut maintenant énoncer sans aucun scrupule qu’il ne souhaite pas ces médicaments hautement contestables et contestés … Les faits sont là (4 articles dans les Archives).
Devant un quelconque tribunal, chacun pourra dire qu’il a pratiqué la meilleure médecine possible « en son âme et conscience » sans craindre de se voir reprocher un manque d’information ou de discipline corporatiste !

Ah, le bel été que nous avons passé tous ensemble !

Et l’automne ne sera pas triste !

22 réflexions au sujet de « « DEBRIEFING » DEUX MOIS APRES NOTRE ARTICLE SUR JUPITER DANS LES ARCHIVES OF INTERNAL MEDICINE »

  1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article

    @Dominique : Chère Dominique, pour vous répondre dans ce cas particulier, il faudrait une consultation médicale (impossible par mail) donc avec votre médecin traitant. De façon générale, une supplémentation en Coenzyme Q10 pourrait peut-être utile. Amicalement

  2. groutchmeuh

    @Philippe :
    N’oubliez pas un point fon-da-men-tal indiqué par De Lorgeril, la sieste crétoise et dans crétoise il y a « cr » comme dans « crapuleuse ». Cf la fin de son gros livre.

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