DEBRIEFING RAPIDE, APRES MEDIATOR

Voici venu le temps des réformes et des grands serments la main sur le coeur !

Il va hélas falloir passer par cette phase de « Comedia dell’ Arte » car nos gouvernants doivent montrer qu’ils ont compris et qu’ils sont capables de prendre la mesure des problèmes !

Où sont les coupables ?

Que doit-on changer ?


Je doute que les vrais coupables, silence assourdissant dans les rangs des experts [experts dans l'art de faire par la peur régner la Loi du Silence] ne soient jamais inquiétés …

Car l’affaire du Mediator n’est qu’un pénultième épisode d’une succession ininterrompue de scandales et forfaits qui agitent le monde universitaire et médical depuis au moins une décennie.

Et pas seulement en France !

Le véritable départ des affaires au niveau médiatique a été sans doute l’affaire du Vioxx aux USA en 2004, mais le feu couve depuis longtemps …

Et la saga des statines, que j’essaie de faire savoir, n’en est qu’un aspect !

Les récentes affaires concernant les médicaments anti-diabétique (les glitazones) et anti-obésité (antagonistes des cannabinoïdes) ont certainement été enterrées trop tôt tant elles sont informatives et complémentaires de l’affaire du Mediator !

Elles nous en apprennent encore plus sur notre société et les acteurs de ces drames à répétition [car à chaque fois, il y a des victimes innocentes] que l’affaire du Mediator tant celle-ci est caricaturale et trop grossière.

Je l’ai déjà dit dans un billet précédent, le vrai problème est celui de l’expertise en amont de la commercialisation

Le vrai problème désormais c’est celui de la validité des essais cliniques produits par l’industrie pour obtenir les mises sur le marché.

Après c’est trop tard, la pharmaco-vigilance est peu efficace !

Avec le Mediator, scandale absolu, il n’y avait même pas de science médicale à l’appui (pour justifier) la commercialisation du produit.

Ces pseudo preuves de l’utilité de ce médicament ont été apportées (fournies gracieusement) par des investigateurs (si on peut les appeler comme ça) la veille du retrait des pharmacies !

Mais il y a bien d’autres médicaments, actuellement largement prescrits, qui sont soutenus par des tonnes d’études également gracieusement fournies par des investigateurs appartenant à la même corporation que ceux qui ont soutenu le Mediator …

Un scientifique grec de renom écrivait récemment que 90% des rapports scientifiques médicaux étaient sévèrement biaisés et donc sans intérêt pour la pratique médicale.
J’en suis bien d’accord et chaque nouvelle affaire sanitaire (le vaccin contre la grippe est un bel exemple) le montre un peu plus ! Pour ceux qui voudraient d’autres exemples, je recommande de lire « la saga des statines » dans mes livres.

A qui faire confiance ? Désastre professionnel !

C’est donc toute une corporation qui serait coupable ?

Trêve de masochisme ! Aucune société n’est parfaite !

Plus que des coupables, il faut chercher des remèdes.

Le plus urgent sans doute est de lever la chape de plomb qui asphyxie les universités , notamment les facultés de médecine : bien pensants et conformistes tiennent les rênes depuis trop longtemps.

En trente ans, nous avons fait un gigantesque bon en arrière !

Le triomphe de la technologie, qui caractérise nos sociétés, s’est accompagné d’une infantilisation des professionnels de la santé, des sciences de la vie, et de la recherche médicale.

Réformer les études médicales est l’autre urgence.

Une fois de plus ?
Pas vraiment car ce n’est pas de technologie ou de pseudo-sciences dont nous avons besoin !

Il faut apprendre aux futurs médecins à réfléchir, il faut leur apprendre à critiquer, il faut les sélectionner sur des bases humanitaires, il faut leur ré-apprendre l’éthique médicale.

Si tout cela avait été présent, il n’y aurait pas eu Mediator, l’industriel n’aurait pas pu tromper tout le monde !

Retour aux sources !

8 réflexions au sujet de « DEBRIEFING RAPIDE, APRES MEDIATOR »

  1. nfkb0

    bonsoir,

    soyons optimiste ! lorsque je discute avec nos collègues et notamment ceux sur le net on sent qu’une frange non négligeable de la profession refuse la pression des laboratoires et le suivi aveugles de recommandations industrielles ! la diminution des pots de vin par les labos contribue à tout ça…

    au plaisir de vous lire

  2. jacques84

    Suite au commentaire de nfkbo

    Si j’ai bien compris,
    il s’agit donc d’une histoire de pot de vin ….
    Je croyais naïvement que c’était plutôt une histoire
    de pot de terre contre un pot de fer !
    Mais patience car il semble que ce dernier prend sérieusement la rouille….

  3. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article

    @David :  Auriez-vous l’intention de le poursuivre en justice ?

    John Ioannidis

    Amusez-vous bien !

  4. ccmiens

    Bonjour Docteur,
    Docteur, j’ai tout compris. Le rapport bénéfice/risque : le bénéfice c’est pour le labo, le risque c’est pour le patient.
    Amicalement

  5. dr atypik

    Tout à fait d’accord avec vos propositions mais en temps que remplaçant et malgré une documentation éloquente, les médecins remplacés m’interdisent de tenter de modifier leurs prescription !
    Je dois me "conformer"…
    Comment renoncer à mon intime conviction scientifique ET médicale ?
    Cordialement

  6. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article

    @dr atypik :

    Cher Patrice,
    Le seul fait que vous ayez cette démarche est déjà une grande victoire pour faire triompher la vérité et l’intérêt des patients … 
    Certes, en tant que remplaçant, vous ne pouvez pas modifier les traitements de vos confrères …
    Mais ça ne vous empêche pas d’informer intelligemment les patients et les familles, en fonction de vos convictions : vous pouvez indiquer mes livres, mon blog … Certains cardiologues craintifs continuent de prescrire sur papier mais disent aux patients que s’ils "oublient" de prendre le médicament, ça n’est pas bien grave … 
    Bref, chacun son truc pour rester dans les clous tout en respectant ses convictions …

    De toute façon, le mouvement de contestation est assez fort aujourd’hui (regardez les médias) pour qu’aucun juge ne puisse prendre des décisions arbitraires contre un médecin non prescripteur …

    Amicalement

  7. dr atypik

    Merci de vos commentaires.
    Il est exact que plus le mensonge est gros et plus il est difficile à démonter !
    Ce que je trouve scandaleux c’est que l’on continue d’écouter de soi-disant experts qui ne sont que des charlatans modernes. Pourra t-on un jour enfin les démasquer ? Je crains que le ménage de la nouvelle HAS ne se fasse "en douceur" et avec ménagement pour les falsificateurs …
    Cordialement

    P.S : juridiquement les médecins prescripteurs du Mediator pourraient être poursuivis (responsabilité civile) par les patients victimes or ils ne le sont pas. Y a t-il eu des consignes données ?  Etrange non?


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