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La « nouvelle » prise en charge des dyslipidémies vue par les « Autorités »

 

La Haute Autorité de Santé (HAS) vient de publier une nouvelle analyse concernant la prise en charge des dyslipidémies.

C’est téléchargeable (comme disent les pirates des caraïbes) sur www.has-sante.fr

Cette analyse est assortie de recommandations – non comminatoires – dans le but d’aider les médecins à prendre des décisions thérapeutiques. Il est à craindre malheureusement que cette analyse soit source de confusion et non de clarification. L’expertise scientifique des rédacteurs de la HAS n’est pas avérée. En conséquence, cette analyse n’a pas de réelle validité scientifique.

L’analyse de la HAS fait 159 pages. Sachant que peu de médecins les liront, la HAS publie deux mémos didactiques.

Le 2ème mémo est particulièrement intéressant car il permettrait de calculer un score de risque qui, selon la HAS, ouvre un algorithme de prescription des médicaments anticholestérol. Ce score de risque repose sur des paramètres classiques comme l’âge, le genre, l’usage du tabac, la pression artérielle et le niveau du cholestérol. A l’exception du cholestérol, aucun de ces paramètres ne concerne les dyslipidémies alors que la question concerne bien, sauf erreur et selon le titre, les dyslipidémies.

Ce score de risque est éventuellement exprimé sous forme graphique (ci-dessous pour une version Européenne déjà ancienne) ce qui n’en améliore pas la valeur scientifique et médicale. On voit, par exemple, que l’évaluation du risque par cette méthode hautement suspecte (voir plus bas) s’arrête à l’âge de 65 ans ; alors que le risque maximal dans nos pays est au-delà de 75 ans.

On mesure, au simple examen de ces scores de risque, la grande confusion dans laquelle se débattent les rédacteurs de la HAS. On propose en effet à des médecins de prescrire des médicaments anticholestérol à partir de facteurs de risque qui ne concernent pas le cholestérol.

Dit autrement, un homme (1er risque supposé) de 70 ans (2ème risque supposé), et fumeur (3ème risque réel) peut se voir prescrire une forte dose de statine sous prétexte qu’il est à haut risque (selon le score de risque de la HAS)  alors que son cholestérol peut être normal, bas, ou très bas.

On pourrait donc, selon cet algorithme décisionnel absurde, prescrire de façon quasi automatique des médicaments anti-dyslipidémiques à des patients qui n’ont pas de dyslipidémies !

Il faut noter également que les paramètres (cités plus haut) utilisés pour calculer le score de risque de la HAS reposent principalement sur des études épidémiologiques anciennes conduites il y a plus de 50 ans dans des pays (notamment les USA) où le risque cardiovasculaire était considérablement plus élevé qu’en France. Il est par exemple contestable de continuer à attribuer un risque plus élevé aux hommes en France en 2017 alors que la mortalité cardiovasculaire est désormais plus élevée chez les femmes.

Surtout ce score de risque n’a jamais pu être validé scientifiquement. En effet, il ne tient pas compte des principales causes de mortalité précoce identifiées de nos jours. Selon la plus récente étude de l’OMS – publiée dans le journal du Collège Américain de Cardiologie (ci-dessous) – ces principales causes étaient : le tabac, le diabète, l’inactivité physique, et un faible statut socioéconomique. Seul le tabac est pris en compte dans le score de risque de la HAS. D’autres causes, notamment l’usage irrationnel de l’alcool et la consommation de sodium sont également oubliées.

Aucune mention des antécédents familiaux (notion pourtant fondamentale) ou encore de la pollution atmosphérique désormais considérée comme une cause majeure de pathologie cardiovasculaire.

De façon générale, le mode de vie, les conditions d’existence et les habitudes alimentaires des individus sont négligés (totalement absents alors qu’ils sont hautement coupables)  dans le score de risque archaïque justifiant la prescription de statines selon la HAS. Aucun scientifique sérieux, et aucun médecin responsable, ne peut adhérer à de telles recommandations qui reflètent surtout, semble-t-il, l’influence des experts rémunérés par l’industrie pharmaceutique afin de prédisposer les médecins à ces prescriptions abusives.

Cette question de l’intégrité et de la moralité des professions médicales et en particulier des leaders d’opinion fait actuellement l’objet de vives discussions. L’Association des Médecins Américains s’en est emparée depuis longtemps et de façon proactive comme l’indiquent les documents ci-dessous. On y parle de « responsabilité morale » et là-bas (si loin), ce n’est pas un « gros mot »…

Cette exigence d’expertise et d’indépendance doit s’étendre évidemment à tous les membres des sociétés savantes, académies et autres associations qui approuvent ou participent à l’élaboration des recommandations de la HAS, comme rappelé à nouveau aux USA par les Autorités Médicales Américaines (ci-dessous).

Ces exigences minimalistes tardent à être mises en pratique en France comme on peut le constater avec l’analyse (et les recommandations) de la HAS concernant la prise en charge des dyslipidémies.

Les recommandations de la HAS font l’admiration de beaucoup (dont le manque d’esprit critique est étonnant) alors qu’elles ne sont qu’un grossier copié-collé des recommandations (et autres guidelines) des sociétés savantes financées par l’industrie.

Espérons que la prochaine Loi de Moralisation de la vie publique prendra en compte et s’attachera à empêcher ces coupables pratiques.

Rêvons !

 

 

 

 

 

Je serai à LA FRETTE (Isère) le 18 Avril 2017

Où c’est ça La Frette ?

30 kilomètres de Grenoble.

Ce sera à la Salle des Fête à 20:00

Titre de la conférence : « CHOLESTÉROL : AMI OU ENNEMI ? »

Venez nombreux, on échangera entre amis.

Et selon affinités, on peut parler d’autres choses…

Notre hôte est un courageux habitant de La Frette qui a tout compris !

 

 

 

 

 

 

Statines et toxicité musculaire

 

J’ai déjà beaucoup écrit sur les effets musculaires des statines, notamment dans mes livres, avec les conséquences catastrophiques que cela implique dans le processus d’adoption d’un mode de vie protecteur.

Je ne suis pas le seul à penser que c’est catastrophique ; mais beaucoup d’autres (liés à l’industrie) préfèrent nier les faits.

D’autres enfin, profitant de leur supposée autorité académique, prétendent que cette toxicité musculaire n’existe pas ou est négligeable ; et ils usent de la désinformation (articles et analyses supposés scientifiques) pour essayer de convaincre des professionnels de santé plongés dans la confusion : qui croire, pensent ces profesionnels ?

Les académiciens ou les scientifiques indépendants ?

Pour les aider, mes amis de l’AIMSIB m’ont aimablement demandé un article explicatif de cette question.

Explicatif de quoi ? De la façon dont on procède pour tromper !

L’AIMSIB vient de publier cet article sur son site ;

c’est là : https://aimsib.org/2017/03/22/statines-et-douleurs-musculaires-qui-desinforme-qui/#comments

Vos commentaires et questions seront les bienvenus !

 

 

 

 

Question vaccinale : dialogue impossible, absence d’arbitre, mais passagers clandestins…

 

Pourquoi les protagonistes de la question vaccinale n’arrivent pas à se parler avec sérénité ?

C’est quoi la question vaccinale à ce jour ?

En résumant de façon un peu grossière, on peut dire :

1) les vaccins sont-ils utiles (efficaces) ?

2) on peut décliner la question précédente en deux parties : utiles à l’échelon individuel ? Utiles à l’échelon sociétal ?

3) les vaccins sont-ils toxiques ? Un peu ou beaucoup ? Rarement ou fréquemment ?

4) quel est le vrai rapport bénéfice/risque à l’échelon individuel et à l’échelon sociétal ?

Pourquoi ces questions (apparemment) simples ne peuvent être discutées ?

Le blocage est en France mais aussi, selon des collègues américains et italiens récemment consultés, dans d’autres pays développés.

Le blocage s’explique, à mon avis, parce que deux camps irréductibles s’opposent : les pro et les anti !

Les deux camps ont parfaitement conscience de leurs faiblesses (médicales et scientifiques) respectives ; et en conséquence refusent de participer à une analyse froide et objective de ces questions.

Qui sont ces deux camps ?

A ma droite, le camp académique (médecins et experts en tout genre) et administratif (voire politique) pour lequel : la vaccination ne se discute pas… Ce qui n’est rien d’autre qu’un aveu de faiblesse. Pour un scientifique (surtout en médecine), rien ne doit échapper à l’analyse objectives des faits ; ce qui nécessite des discussions approfondies, qui ne sont pas souhaitées par les protagonistes d’une vaccination obligatoire et élargie !

A ma gauche, le camp des résistants issus de la société civile dans leur grande majorité. Ici on trouve beaucoup de victimes (supposées ou réelles) de la vaccination ; réunies de façon générale en association et qui luttent pour faire reconnaître les dommages qu’ils pensent avoir subis. Faire reconnaître pour eux signifie « faire la lumière » ; ce qui nécessite à nouveau des analyses et interprétation des faits ; et donc des discussions. Forts des témoignages multiples venant des victimes ou des familles des victimes, les résistants sont de façon générale contre la vaccination obligatoire de masse. On peut les comprendre ; on doit les écouter car, les médecins le savent, (c’est un exemple fréquent dans le milieu des résistants), quand une maman pense que la maladie de son bébé est survenue à la suite d’une vaccination, il est impossible de lui dire qu’elle a tort ; il n’y a pas de meilleur témoignage que celui des parents d’une victime !

Mais un témoignage n’est pas une donnée scientifique robuste ; selon la science médicale moderne.

Et ces familles se retrouvent généralement face à un déni académique et administratif ! Ce qui ajoute à leur douleur ; et peut engendrer de la colère, on les comprend.

A l’inverse, l’examen objectif des données épidémiologiques et biologiques présentées comme favorables à la vaccination sont généralement faibles ; selon la science médicale moderne.

Si on appliquait à la vaccination (efficacité et innocuité) les mêmes critères élaborés pour autoriser une autorisation de mise sur le marché (AMM) d’un médicament (essai randomisé en double aveugle avec une hypothèse primaire clairement énoncée), en général les vaccins n’obtiendraient pas d’AMM.

Et voilà pourquoi les deux camps, en opposition, ne se parlent pas. Ils connaissent leurs faiblesses respectives et savent que l’autre camp les connait aussi. Dialogue impossible !

Il faudrait, pour sortir de cette situation (potentiellement explosive), un arbitrage.

Cet arbitrage ne peut être que scientifique et totalement indépendant.

Il faut que les arbitres soient « titulaires » d’une véritable expertise (au moins partielle dans un domaine que la vaccination implique : épidémiologie d’intervention, statistiques, art de l’essai clinique, immunologie, infectiologie, bactériologie, virologie, vaccination, etc…)

Quand on dit « indépendance » de l’expertise, cela signifie qu’il est crucial de débarquer un passager clandestin de la problématique vaccinale : l’industrie du vaccin ; c’est-à-dire l’industrie des médicaments ; ce sont les mêmes et on les connait trop bien !

Certes, on ne peut disposer de vaccins que si des industriels fabriquent des vaccins !

Certes, ces industriels ne peuvent s’impliquer (vis-à-vis de leurs actionnaires) que si des profits substantiels peuvent être espérés de cette implication industrielle…

Tout le monde a compris que nous sommes face à des défis difficiles.

D’où l’importance d’un arbitrage scientifique et médicale totalement indépendants : priorité absolue à l’évaluation scientifique du rapport bénéfice/risque de chaque vaccin !

Sans cette évaluation, la confiance ne sera pas rétablie et la controverse perdurera ; et des comportements (supposés) illégaux se multiplieront du côté des candidats à la vaccination (ou de leurs parents) comme du côté des médecins vaccinants. Ce serait catastrophique.

Merci de remettre la lumière !

Je conclue : à mon avis, cette question vaccinale doit être discutée par les politiques (sur le plan du principe) à la veille des élections présidentielle et législative en France.

Vos opinions sont bienvenues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soyons bienveillants avec les médecines complémentaires !

 

Les pathologies rhumatismales ne sont pas rares ; et sont souvent invalidantes.

Les traitements conventionnels anti-douleurs et anti-inflammatoires sont sources de complications cardiovasculaires, parfois sévères, comme la tragédie du Vioxx le démontra…

Chez certains, corticoïdes et anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent être catastrophiques.

Les traitements non conventionnels et anodins (quand administrés de façon adéquate) peuvent être utiles. Par exemple, le traitement de viscosupplémentation par l’injection intra-articulaire d’une solution d’acide hyaluronique a toutes les apparences d’une médecine complémentaire qui souvent (pas toujours) amuse les médecins très conventionnels qui ne croient qu’à la chimiothérapie anti-inflammatoire et ensuite à la chirurgie.

Ainsi depuis la fin 2016, les taux de remboursement en France des solutions injectables d’acide hyaluronique intra-articulaire sont de 15 % au lieu des 65 % précédemment. Sous prétexte de faible service médical rendu. Décision prématurée ?

Si j’écris deux mots sur ce sujet c’est pour les complications cardiovasculaires ; et pas pour « faire le beau » avec les pathologies rhumatismales ; à propos desquelles je suis globalement incompétent bien qu’ayant été joyeusement initié pendant une année à l’Hôpital Universitaire de Genève avant de rejoindre le Centre de Cardiologie du même hôpital.

Après des décennies de controverses et hésitations (y compris parmi les non conventionnels), il semble se dégager un puissant consensus pour admettre que les injections intra-articulaires d’acide hyaluronique soient efficaces pour calmer les douleurs du genou et favoriser les fonctions articulaires. Si ça peut diminuer les prescriptions de traitements conventionnels toxiques et retarder la chirurgie, c’est une bonne nouvelle. C’est là-dessous :

http://www.medpagetoday.com/Rheumatology/Arthritis/62916?xid=nl_mpt_DHE_2017-02-06&eun=g362928d0r&pos=3

Désolé c’est en British… Ce n’est donc pas un problème franco-français, on l’a compris.

Trois limites : 1) ça ne concerne que le genou ; 2) les auteurs ne sont pas libres de tout lien d’intérêt commercial ; et ils en ont tellement que j’ai renoncé à vérifier s’ils étaient liés à des marchands d’acide hyaluronique ; 3) étant moi-même imprégné de « bienveillance », je laisse à quelques visiteurs (moins naïfs que moi) le soin de vérifier cet aspect des choses, en faisant preuve de bienveillance à mon égard.

Leçon du jour : ne pas négliger les médecines complémentaires ! Avant de les dérembourser (ce qui provoquera inévitablement plus de complications des chimiothérapies et plus de chirurgie ; et ça c’est très dispendieux !), il faut y réfléchir et en toute bienveillance !

On notera enfin que d’autres auteurs, apparemment très sérieux, ont rapporté que l’injection d’eau salée (aussi simple que ça) avait aussi des effets bénéfiques sur les pathologies douloureuses chroniques du genou. Ils prétendent que c’est un effet placebo…

C’est là : http://www.semarthritisrheumatism.com/article/S0049-0172(16)30009-9/abstract

La totalité de l’article est accessible gratuitement en suivant le lien.

Placebo vraiment ? Pas sûr !

Sont-ils bienveillants ? Sont-ils cultivés ? Connaissent-ils les bienfaits du sérum de Quinton (une sorte d’eau salée d’origine marine) ?

Ici je m’arrête ; car d’autres connaissent ces questions mieux que moi… Humilité et bienveillance !

Je laisse le microphone à ceux qui savent…

 

 

 

 

 

 

 

C’est quoi un essai clinique ?

Un essai clinique, c’est quoi ?

Ceux qui ont lu mes livres le savent déjà ; mais un petit rappel ne fera pas de mal…

Pour les autres, médecins prescripteurs et patients (bénéficiaires et/ou victimes), il est urgent de se « mettre à jour ». Car celui qui comprend ce qu’est un essai clinique comprend toute la médecine moderne, d’un coup d’un seul ; dommage de se priver !

D’autant plus qu’en comprenant la médecine moderne [mieux que ceux qui sont supposés l'enseigner ! Oups ! Je plaisante bien sûr !], on dispose déjà de quelques munitions (les meilleures) pour se défendre en cas d’attaques incongrues, d’où qu’elles viennent…

Ce n’est pas en quelques lignes que je vais faire le tour de cette question apparemment compliquée mais, pour ceux qui veulent vivre les yeux ouverts, je vais essayer d’entre-ouvrir quelques fenêtres.

Pour ceux qui lisent l’anglais, je recommande la lecture d’une bonne référence à propos des essais cliniques (ci-dessous) dans un journal médical anglais (le British Medical Journal) qui est un peu la source de documents indispensables pour les médecins anglais (et anglophones) ; nous n’avons pas d’équivalent en langue française ; ce qui donne une idée d’une part de la décadence accélérée de la culture médicale francophone et d’autre part de l’incapacité où se trouvent les médecins praticiens qui ne parlent pas l’anglais d’avoir accès à des documents de valeur :

http://www.bmj.com.gate2.inist.fr/content/346/bmj.e7586.long

Certes, ça fait 42 pages.

Qu’il y ait 42 pages et que ce soit en anglais n’est pas une excuse. Tout professionnel de santé doit comprendre ça ; sinon il est une marionnette manipulée par toute sortes d’intérêts divergents…

Courage les amis ! Votre indépendance professionnelle (si vous êtes médecin) ou votre sécurité (si vous êtes patient et sceptique) passent par une lecture attentive de ces 42 pages… Oups !

Je plaisante bien sûr ! Je vais essayer d ‘en dire quelques mots quand même.

Pour simplifier, je vais le faire en plusieurs épisodes, comme à la télé !

Donc Épisode 1, c’est maintenant.

L’essai clinique, c’est la façon moderne (et scientifique) d’évaluer l’utilité (les bénéfices attendus), l’innocuité relative (les effets adverses ou les risques de toxicité) et le rapport bénéfice/risque de tout médicament mis sur le marché ; et donc mis à la disposition des médecins pour faire leur métier : soulager et souvent guérir des patients en souffrance.

Attention : si l’essai clinique est indispensable pour évaluer l’utilité d’un médicament, il est peu (voire très peu) efficace pour évaluer son innocuité ou sa toxicité.

Vous pouvez juger de la compétence d’un médecin ou d’un pseudo-scientifique sur cette seule notion : l’efficacité de l’essai clinique pour identifier les effets toxiques d’un médicament.

Si on vous dit que les essais cliniques n’ont pas démontré la toxicité des statines, par exemple, vous pouvez continuer votre chemin, la personne qui vous dit ça n’a rien compris. Ceux qui ont lu mes livres savent pourquoi je dis ça ; s’ils ne le savent pas, il faut les relire !

Inutile de préciser que de nombreux médicaments actuellement (et depuis longtemps) sur le marché (certains fort utiles) ne sont pas passés par ce filtre (l’essai clinique) considéré aujourd’hui comme indispensable. Et, conséquence inéluctable de ce laxisme antérieur, des médicaments largement prescrits pendant des décennies s’avèrent un jour plus toxiques qu’utiles : médiator, depakine et beaucoup d’autres.

Cela dit, si un essai clinique montre des effets toxiques d’un médicament, il faut bien sûr les enregistrer et en tenir compte.

Mais s’il ne rapporte rien dans ses filets, ça ne veut pas dire que le médicament ne soit pas potentiellement toxique ; des études plus longues et plus adaptées à l’identification des effets indésirables sont indispensables. Surtout, il faut que ces études soient conduites indépendamment  du détenteur du brevet.

Parfois, la chance peut aider. Mais il ne faut pas trop compter sur la chance. Par exemple, c’est par inadvertance que des investigateurs (pourtant sponsorisés) ont mis à jour la toxicité des coxibs (Vioxx) ou l’effet diabétogène des statines…

Je résume l’épisode 1 :

1) l’essai clinique sert à [est construit pour] démontrer l’utilité d’un traitement (médicament ou autre) ;

2) l’essai clinique de donne que des arguments partiels sur l’innocuité et la toxicité des médicaments et autres traitements.

La suite dans l’épisode 2…

 

 

 

 

 

 

Cholestérol et statines : le bon, le moins bon et le pire…

 

Le bon est rare et ce qui est rare est cher ; d’où le prix prohibitif de certains médicaments…

Sauf que beaucoup de ces médicaments trop chers ne sont pas bons (ou utiles)… On fait croire qu’ils sont utiles et pour cela, on fait croire que les essais démontrant qu’ils sont utiles sont bons

Si vous n’avez pas encore compris ce qu’est la Société Spectaculaire et Marchande décrite par Tonton Guy, vous avez là un bon exemple. Si on vous dit « blanc », concluez qu’on est dans le « noir »… Presque automatique ces temps-ci.

Le moins bon est moins rare ; ce qui peut s’illustrer par le florilège d’études boiteuses ne permettant pas à un médecin respectueux du code de santé publique (qui exige la meilleure médecine scientifique…) de s’inspirer de ces études pour soigner ses patients. Les docteurs, souvent critiqués, sont donc très démunis (c’est la moins pire des descriptions…) ce qu’ils ne peuvent confesser car dès lors leur potentiel de guérison fantasmée (effet placebo) serait fortement compromis…

Parfois, le moins bon peut aider à décrypter des situations difficiles que le supposé bon aurait dû déchiffrer sans difficulté si les experts du bon étaient indépendants du business ; ce qui est rarissime !

Par exemple, c’était l’objet de mon billet précédent concernant l’étude de Ravnskov et ses copains dans BMJ Open ; quelques lacunes évidentes, c’est une revue systématique d’études publiées de plus ou moins bonne qualité ; ils ne peuvent faire des miracles mais une fois un peu distanciés des auteurs de chaque étude médiocre, l’information qui nous est apportée par Ravnskov est importante mais… limitée. On prend ce qu’on a …

Le pire, hélas, c’est tous les jours.

Dernier avatar dans le dernier numéro (on disait comme ça autrefois) du JAMA Intern Med : http://archinte.jamanetwork.com/article.aspx?articleID=2528289

Ne perdez pas de temps à lire ça en détails.

C’est un journal américain qui « rue un peu dans les brancards » mais en restant très poli, très conforme et donc très « complice » de la Société Spectaculaire et Marchande.

Il nous publie donc un article visant à démontrer que trop abaisser le cholestérol ne servirait à rien, laissant donc entendre que l’abaisser un peu pouvait être utile, notamment chez des patients qui avaient eu un premier infarctus.

Depuis trois ou 4 décennies au minimum, les autorités sanitaires exigent des essais cliniques randomisés en double aveugle pour faire la preuve de l’utilité d’un médicament !

Les éditeurs du JAMA Intern Med, habituellement chantres de la médecine scientifique sérieuse, publient ici le pire : la description des effets cliniques de médicaments sans randomisation (tirage au sort) et sans double aveugle…

Le pire donc ! Et dans ces cas-là, c’est tous les jours, seul le SILENCE s’impose !

Mettez-moi ça à la poubelle sans scrupule ni hésitation…

NB : on peut toutefois se demander pourquoi des éditeurs « sérieux »  (parfois) se compromettent avec de telles âneries. La réponse est simple à mon avis : face à des insolubles contradictions et des pressions de toute sorte, ils se compromettent dans le compromis !

Et comme disait Jésus : « en vérité je vous le dis, la fin du temps des compromissions et compromis approchent… Amen ! »

 

 

 

 

La dépression, et la triste désespérance, du Professeur Ioannidis

 

John Ioannidis est professeur à la Faculté de Médecine de Stanford en Californie.

Il est réputé ; et à juste raison ! Mais il m’inquiète…

Je l’aime bien ; c’est un type sympa et il raisonne bien en général ; même s’il n’a pas encore complètement réussi son total affranchissement de l’académisme dogmatique qui pollue les sciences médicales contemporaines.

Par exemple, il semble encore croire que les vaccins sauvent le monde et à peu de frais ; ce que je croyais moi-même aussi il y a encore peu… Chacun doit faire son chemin…

Mais John est jeune (tout juste 50 ans) et, à son âge (en l’an 2000), j’étais moi-même terriblement naïf ; je croyais à tout ce qu’on me disait dans les publications scientifiques ; et je ne prenais pas encore la peine de TOUT lire ; et même entre les lignes. Bref, John va encore progresser, une bonne marge de progression, disent les journalistes sportifs dont j’adooooore la littérature. Mais John m’inquiète…

Il est médecin comme moi et, comme moi au CNRS, sa spécialité en tant que scientifique c’est la méthodologie en recherche médicale, un mélange d’épidémiologie, de statistiques ; et aussi de… « bon sens ».
Nous faisons de notre mieux pour examiner, et éventuellement valider, les études et travaux scientifiques et médicaux qui nous passent devant les yeux. Mais John m’inquiète…

Les « capacités » en statistiques ne sont pas rares dans les sciences médicales de nos jours ; ce qui n’est pas le cas du simple « bon sens » ; et encore moins de l’indépendance, chose qui ne se négocie pas !

John Ioannidis s’est rendu célèbre en 2005 en publiant un article expliquant pourquoi (et comment) la majorité des publications dites scientifiques en médecine ne valent rien, exactement rien, et pour des raisons simplement méthodologiques : manque de respect des règles basiques de la méthode scientifique par les auteurs et investigateurs !

Pas forcément des tricheurs ; surtout des ignorants, un peu naïfs, mais surtout très dépendants du business et du marketing… dans ce monde-là, on ne fait pas de la recherche médicale pour la beauté de ce qu’elle est (et c’est beau !) mais pour faire ou favoriser le business ; et donc entretenir toutes les formes de cupidité ; et généralement, on ne s’en cache pas ; on en est très fier ! « Ouais, monsieur, je travaille avec et pour l’industrie ; j’ai pas honte ; et je veux un retour sur mes investissements personnels ; je veux ce qu’on me doit… »

John et moi avons compris ça en même temps autour de 2005. Mais John m’inquiète…

Pourquoi ?

Il vient de publier dans un grand journal d’épidémiologie clinique [partout les portes sont grandes ouvertes pour John...] un article de confession que je qualifierais de « terrible » tant il détruit les dernières illusions qu’on pourrait avoir sur le mode de fonctionnement actuel de la recherche médicale.

Rien que le titre : « Evidence-based medicine has been hijacked »

Je traduis : « La médecine scientifique a été détournée » ; dans le sens où un avion est « détourné » ; on pourrait dire aussi « kidnappée » ou « piratée » ou encore « confisquée » ; j’espère être compris.

C’est là, c’est gratuit (en pdf) en totalité mais c’est en anglais :

http://www.jclinepi.com/article/S0895-4356%2816%2900147-5/abstract

Je ne vais pas traduire tout l’article qui, à mon sens, traduit surtout un état plutôt dépressif, voire désespéré de mon ami. John m’inquiète…

Que dit-il en résumé ?

1- Les essais cliniques sont construits et conduits dans l’intérêt de l’industrie ;

2- Les analyses de synthèse (les fameuses méta-analyses) sont conduites dans l’intérêt de l’industrie ;

3- Les fonds (les contrats de recherche) nationaux et fédéraux (on est aux USA) sont essentiellement destinés à la recherche expérimentale et pas à la recherche en santé ;

4- Les « meilleurs investigateurs » [là il est très ironique] sécrétés par le système ne sont pas des chercheurs ou des scientifiques doués pour ce travail mais essentiellement des managers chargés de collecter des fonds de recherche pour leurs institutions respectives. Si je mets mon grain de sel ici, ce qu’il veut dire c’est qu’il vaut mieux avoir fait Science-éco ou une des prestigieuse Écoles de Commerce pour prétendre diriger des programmes de recherche prétendument médicale ;

5- Les recherches en thérapie humaine ont été au cours des dernières décennies une suite ininterrompue de miracles avortés ; à quelques exceptions près (c’est mon petit grain de sel) ;

6- L’épidémiologie clinique [mon grain de sel : sur laquelle beaucoup d'avis et recommandations dites officielles sont basés] est un véritable carnaval dont on ne peut tirer généralement aucune conclusion solide ou sérieuse en médecine humaine ;

7- Sous la pression des marchés [mon grain de sel : "la main invisible"], la médecine clinique est devenue une médecine de business ;

8- Dans de multiples circonstances, les politiques de santé et la médecine clinique gaspillent des ressources (financières et humaines) qui seraient beaucoup mieux employées si la priorité était à l’humanisme et pas au business ;

9- Dans de multiples circonstances, la médecine clinique est devenue une menace pour les bien-portants plutôt qu’un secours pour les patients ;

10- Le déni des autorités, des médias et des citoyens face à ces évidences est presque total actuellement ; et tout est fait pour empêcher la prise de conscience.

Je vous l’ai dit, John m’inquiète : est-il au bord du suicide ?

Sa clairvoyance est totale à mon avis. Bien sûr, on peut trouver des motifs de satisfaction et d’espoir. La médecine et la chirurgie d’urgence ont fait des progrès considérables ; et il y a quelques nouveaux médicaments intéressants.

Mais son pessimisme épouvantable vient de la discordance entre l’énormité des moyens [l'industrie de la Santé, de façon générale, représente aujourd'hui presque 18% du PIB des USA, autour de 14% en France] et la maigreur des résultats obtenus.

Certains le discuteront ; et diront que tout va bien ; c’est le point numéro 10 de John…

« Tout va très bien, Madame la marquise… »

C’est là : https://www.youtube.com/watch?v=jGQaz8bfoqE