AGRICULTURE BIO ET MYCOTOXINES

 

Parmi les grands reproches faits à l’agriculture biologique par des adversaires incompétents mais très idéologues, il y aurait une plus grande concentration de mycotoxines dans les aliments Bio.

Les mycotoxines peuvent être méchantes, mieux vaut s’en passer.

Faute de fongicides (les chimiques qui tuent les champignons qui produisent les mycotoxines…), on aurait obligatoirement des mycotoxines. Bon !

Comme les bio n’utilisent pas de fongicides et autres poisons, au moins en principe, il est relativement rationnel de penser que les aliments Bio contiennent plus de mycotoxines que les aliments conventionnels.

J’espère avoir été clair, malgré le pastis. Je continue l’idée précédente.

Tout ceci est concevable ; à moins que les fermiers Bio, qui ont souvent un cerveau, disposent de techniques et méthodes pour se protéger des mycotoxines sans faire appel à la Chimie dévastatrice…

C’est donc une question très intéressante que celle-là !

Au vu de ma relative expertise sur ce sujet [voir notre livre sur "Le Nouveau régime méditerranéen"], on m’a demandé une sorte de rapport ; je passe les détails…

Il est préférable dans mon métier d’exposer les faits sur une base scientifique ; ce rapport n’était pas destiné à des français, vous avez compris, j’ai meilleure réputation ailleurs que chez nous ; « nul n’est prophète en s.. ».

Bref, me voilà (en plein débat sur les statines, donc plutôt occupé, ce qui me laisse peu de temps pour fréquenter les pistes de ski en Octobre…)  à arpenter les pentes arides de la bibliographie scientifique et la forêt vierge des bibliothèques universitaires ; merci Internet…

Résultat simplissime ;  tout le monde va comprendre même les experts de la Pitié-Salpêtrière, mes meilleurs amis télévisuels avec les présentateurs médicaux de la 5.

Que nous dit la littérature scientifique ?

# 56 références entre 1983 et 2014

# La majorité consacrée aux techniques utilisées pour mesurer les mycotoxines (je simplifie mais tout le monde peut vérifier…)

# 13 études comparaient les aliments bio avec des aliments conventionnels avec l’espoir de trouver plus de mycotoxines dans les premiers. Bon !

# 6 études ne montrent pas de différence. Zut alors !

# 6 études montrent moins de mycotoxines dans les aliments Bio. Merde alors !

# Finalement une étude (sur 13) rapporte un peu plus de mycotoxines dans les aliments Bio.

Tout le monde a compris ma seule conclusion possible en tant qu’observateur indépendant (les mycotoxines c’est pas mon truc) : contrairement aux idées reçues qui pullulent dans l’agriculture conventionnelle et les experts travaillant pour Monsanto [pour faire simple], l’agriculture biologique n’est pas contaminée par des mycotoxines selon des savants en Italie, Norvège, Allemagne…

Pire, en termes de mycotoxines, l’agriculture biologique est plus propre que la conventionnelle.

Non seulement, on a moins de contaminants chimiques avec le Bio , mais on a aussi moins de contaminants naturels type mycotoxines sécrétées par des champignons.

Bon Dieu ! Mangeons Bio. Urgent !

PS (pour rigoler un peu) : les statines naturelles (par exemple celles qu’on trouve dans la levure de riz rouge [poison ça, pas manger, même pas donner aux rats...] sont des sortes de mycotoxines. No comment !

 

 

 

 

 

22 réflexions au sujet de « AGRICULTURE BIO ET MYCOTOXINES »

  1. Emilio

    Je me demandais si les quelques conservateurs autorisés en agriculture biologique (voir http://www.bioaddict.fr/article/produits-bio-comment-sont-ils-traites-pour-etre-conserves-a2281p1.html ) sont problématiques ou pas ?

    Je me demandais aussi si les industriels de l’agro-alimentaire ne sont pas eux-même victimes des chimistes ? Est-ce que, y compris dans une logique de profit, il est absolument indispensable d’utiliser les conservateurs, pesticides et fongicides ?

    SI j’achète une voiture, je roule … le bénéfice est immédiat. Le secteur économique de la pharmacie a une particularité fondamentale qui le distingue de tous les autres secteurs (comme le secteur automobile par exemple) : Il vend le produit et promet le bénéfice (censé être prouvé par une étude clinique) parce que celui-ci n’est pas spontanément détectable (sauf dans le cas comme les antidouleurs) . Cette particularité est-elle commune avec le secteur de la chimie pour l’agroalimentaire ? En clair, si les médicaments sont (souvent) inutile et rendent les gens malades (comme les statines)… est-il erroné de penser que la chimie dans l’agro-alimentaire pourrait avoir tendance à rendre malade les végétaux et affaiblir les rendements ?

    Bref, sur quelle genre de « base scientifique » sont commercialisés les fongicides, conservateurs & cie ?

    1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article
      En réponse à : Emilio

      Les fongicides tuent des champignons, d’autres (par sélection naturelle) se multiplient nécessitant d’autres fongicides, etcétéra ; pas belle la science ?

  2. joss

    Pour avoir des mycotoxines, il faut des champignons. Pourquoi les agriculteurs bio s’arrangeraient-ils pour favoriser le développement de champignons ? La culture des fruits et légumes, c’est une chose, la culture de champignons, c’est une autre. Il faut respecter certaines conditions bien précises pour développer des champignons, et toxiques en plus ;-)
    L’agriculture est un métier et la chimie, un autre. Mais il me semble que la chimie voudrait que tous les agriculteurs soient idiots et qu’ils oublient les règles de bonnes pratiques de manière à ce qu’ils deviennent entièrement dépendant de la chimie (aveuglément si possible).
    J’ai envie de faire l’analogie suivante:
    -en médecine, le médecin devient de plus en plus dépendant de big pharma.
    -en agriculture, l’agriculteur devient de plus en plus dépendant de la chimie.
    Le pouvoir de décision du médecin et de l’agriculteur tend à être confisqué par leur industrie respective.
    L’industrie aimerait tant qu’ils puissent devenir de simples pantins.

  3. joss

    Je ne sais pas pour les mycotoxines mais les fongicides (pesticides) ne partent pas à l’eau (ou très difficilement). C’est normal, ils doivent résister à la pluie de toute sorte…Donc, on a beau laver les fruits et légumes non bio,…peut-être en les mettant au lave-vaisselle ;-)
    C’est quant-même fou que l’on doit appeler des aliments « bio », des aliments qui l’ont toujours été depuis des millénaires et plus. On ne les appelle « bio » depuis que d’autres ont été empoisonnés (les non bio) depuis seulement quelques dizaines d’années. Je propose que l’on remplace non bio par empoisonné, c’est plus significatif!

    1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article
      En réponse à : joss

      Ouais.
      Attention, « gros sous » en perspective.
      Selon certains [dites-moi si c'est faux, merci], les coopératives « conventionnelles » ne survivent financièrement que grâce à leur commerce de pesticides, herbicides et autres fertilisants.
      Toutes leurs autres activités (au service des agriculteurs) ne seraient pas rentables.
      Donc, les coopératives doivent collaborer avec l’industrie chimique, semencière, et autres… Question de survie. Sinon, le Crédit Agricole coupe les vivres.
      Et ainsi, le plus Bio des « coopérateurs » devient un « conventionnel ».
      Pas belle l’époque ?

      1. oscar
        En réponse à : Michel de Lorgeril

        Bonjour,
        Dans le domaine de la manipulation…à voir absolument documentaire sur Arte (replay) « Sucre, le doux mensonge » . Édifiant!!! ou comment l’industrie agroalimentaire dans les années 60, avec l’aide du Dr.Ancel Keys, a établi la théorie du cholestérol, à fin de détourner l’attention sur le réel danger du sucre et discréditer le chercheur Dr. Yudkin, spécialiste sur le méfaits du sucre ajouté….. ça fait froid dans le dos..!!!

      2. joss
        En réponse à : Michel de Lorgeril

        Sur la rentabilité financière des coopératives, je ne peux pas vous répondre…
        Je suis ingénieur mais pas dans l’agronomie ;-)
        Encore une analogie:
        les coopératives c’est un peu comme les représentants médicaux, il travaille toujours dans l’intérêt du médecin (et des patients) bien sûr ;-)

    2. phil
      En réponse à : joss

      c’est vrai ça j’y avais pas pensé, l’agriculture a de tous temps été « bio », sauf depuis qu’elle est chimiquement traitée, on ne devrait donc pas parler de culture (ou d’élevage) bio mais de culture naturelle ou traditionnelle, oui mais sur le plan marketing c’est moins vendeur… on continuera donc de dire Bio, ce qui ne veut rien dire en effet…

      on continuera aussi les fongicides et autres OGM car certains préfèrent s’empoisonner que de mourir de faim, on n’a pas la moindre) idée dans nos pays riches de la misère du tiers-monde

      ne faîtes pas de complexe MdL en disant que vous n’y connaissez rien, n’êtes vous pas aussi ingénieur à Grenoble ? arf

        1. phil
          En réponse à : Diététicienne

          dans un monde parfait vous avez raison, dans le monde tel qu’il est il y a des chances pour que ce soit Monsanto qui ait raison

          que fait la police ?

          elle a d’autres chats à fouetter…

  4. JO

    Etant ingénieure agronome et ayant beaucoup baroudé dans les milieux précurseurs et actuels de la bio et dans ceux de conservation de la biodiversité (arbres fruitiers? cépages et petits animaux domestiques) .Je vois un lien très fort entre le sujet d’aujourd’hui et les statines. Si l’on pouvait prouver que les pesticides (et ou les statines) ont un rayon d’action plus grand que celui qui leur est dévolu, et protègent, cela permettrait de retrouver une morale à l’histoire, et par là même de pérenniser les marchés . Merci en tous cas Il est important d’avoir, sur ce sujet, une réponse scientifique et non pas « sentimentale » qui puisse être opposée aux détracteurs.

  5. Miré

    Bonjour,
    je suis ingénieur agronome également. Les coopératives agricoles tirent majoritairement leur bénéfice de la vente des produits agricoles collectés auprès des agriculteurs (pour répondre à MDL). concernant les mycotoxines, notre expérience en la matière est :
    - dans des sols vivants (pas ou peu de pesticides, peu de perturbation du sol, rotations culturales diversifiées), les mycotoxines se développent très marginalement, comparativement à des sols « matraqués ». Ceci commence à être bien établi!
    - des variétés de blé résistantes aux mycotoxines existent, en bio ou en conventionnel
    - des traitements de semence bio existent et sont efficaces ! certains sont à base d’extraits naturels de moutarde
    Et question d’enjeu… On parle des mycotoxines en bio, mais il est utile de rappeler que la plupart des problèmes de résidus de produits chimiques sur les céréales concernent les insecticides (neurotoxiques, aïe!!) pulvérisés dans les silos (contre les charançons, etc) : et là, ça part direct dans l’assiette !

    1. Primevère
      En réponse à : Miré

      Bonjour,
      Vous dites que « dans des sols vivants…les mycotoxines se développent très marginalement. Ceci commence à être bien établi ».
      Ce n’est pas ce qu’on nous a dit. Nous pratiquons l’agriculture de conservation, le Semis Direct sous Couvert et le technicien de notre coopérative nous dit le contraire. Nous avons fait analyser notre fourrage pour savoir s’il y avait des mycotoxines, l’analyse n’a rien trouvé heureusement, mais les coopératives n’aiment pas cette façon de cultiver puisque le but c’est de réduire au maximum les phytos et engrais. Et aussi de protéger et reconstruire nos sols.
      Nous cultivons nos sols de manière bio-logique, (pas ce qu’on appelle biologique désolée), c’est à dire comme la nature l’a prévu : sol toujours couvert et jamais travaillé. Donc pas de labour.
      Cette vidéo explique les enjeux environnementaux et la technique :
      https://www.youtube.com/watch?v=qGD-bbgy6lI
      Le labour pour les agriculteurs est quasiment une religion… Comme la prise obligatoire de statines pour certaines personnes, et on passe auprès de la majorité des agriculteurs pour des hurluberlus ou on les dérange, comme le Dr MDL avec ses « collègues ». C’est encore des histoires de gros sous…et des gens qui protègent leurs intérêts, moins gros sous que pour les statines quand-même !
      Merci encore Dr pour votre ténacité.

  6. Jeff (Gourdon)

    Bonjour, je ne suis pas ingénieur ni agronome, ni à Grenoble, j’ai 1 BTS et demi, Bac + 10 comme agriculteur et voilà 22 ans que je travaille en Chambre d’agriculture. Je pense que les réticences des agriculteurs, des conseillers, des techniciens et des « politiques » de l’agriculture, ne sont pas issues d’un machiavélisme débridé. (sauf pour quelques uns). Mais humainement, c’est difficile de regarder en arrière et de voir qu’on s’est trompé. En plus chacun se construit son monde de croyances qui devient pratiquement impossible à désinstaller. Donc on se bat pour maintenir le système auquel on croit. Les coopératives sont gérées comme des multinationales, libérales et sans scrupule (ou presque), mais « pragmatiques ». Aujourd’hui, elles ont toutes une division BIO (type bio-industrielle). Pour en revenir aux mycotoxines, je n’y connais pas grand chose, mais je fais un parallèle avec les bactéries, ayant été producteur et formateur en fromages. Les règles d’hygiène ont failli faire disparaître les fromages au lait cru. Sauf que les accidents graves (listeria) sont arrivés sur des laits pasteurisés. En fabrication fromagère la variété des bactéries, levures et champignons est énorme. Seulement, quand on respecte les règles ( aujourd’hui expliquées scientifiquement) issues de la tradition, l’expérience, l’empirisme, on fait du fromage qui permet de conserver du lait sans risque (sanitaire) et sans conservateurs autres que « naturels ». Autrement dit, quand un équilibre est respecté, cet équilibre organise un système (un éco-système) stable. Je pense que c’est la même chose pour toute matière vivante. au fil des siècles, des techniques ont fait leurs preuves et l’approche scientifique nous permet de valider ou pas des méthodes ancestrales. Une agriculture qui n’est pas un écosystème est une erreur qui ne peut se passer d’horreurs. Les mycotoxines en bio, un mensonge qui permet de continuer à croire à ses croyances sincèrement. Je côtoie de jeunes collègues ingénieurs qui vont avoir du mal à imaginer d’autres réalités. Merci pour cet apport sur le peu de valeur scientifique de ces affirmations dans le vent.

  7. Inoxydable

    Bonjour à tous. Les mycotoxines ? Mais je devrais être mort depuis longtemps ! J’ai toujours aimé les fruits sauvages , par ex. les pommes que je croque à belles dents, autrefois, le carotes en plein champ, tout juste lavées.; Sans dommage…

  8. chiarelli

    Pour la levure de riz rouge pouvez vous nous en dire plus ? des naturopathes en conseillent pour remplacer les statines ? merci

    1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article
      En réponse à : chiarelli

      C’est le problème des naturopathes ; souvent sympas et utiles ; mais un peu « limités » comme vous le montrez fort bien.
      Souvent, hélas, ils ne comprennent pas plus la question du cholestérol que les médecins en général : son innocence et l’inutilité (voire le danger) de le faire baisser…
      La levure de riz rouge est une statine comme les autres, toute aussi toxique… Urgent de lire « Prévenir l’infarctus et l’AVC »…
      Bon vent, bon cap, matelote !

      1. chiarelli
        En réponse à : Michel de Lorgeril

        Un grand merci pour votre réponse si rapide et merci pour votre venue à lyon. C’est bien noté et en parcourant plus précisément votre blog j’ai vu votre article sur cette levure que prend mon père 70 ans et de terribles problèmes musculaires aux jambes … nous allons lire votre autre livre c’est certain.

    1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article
      En réponse à : coeurléger

      Pas de levure de riz rouge ! POISON !
      On ne « décolmate » pas les plaques ; ne croyez pas ce genre de trucs.
      Une plaque ce n’est pas grave tant que ça ne se complique pas !
      Pour comprendre, lire en urgence « Prévenir l’infarctus et l’AVC », et vous saurez ainsi comment empêcher vos plaques de se compliquer…
      Pour le moment, je n’ai pas le temps d’assurer des consultations privatives. Écrivez au CNRS pour qu’il me vire et j’aurais du temps…


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