La question migratoire et la médecine moderne : vivre « portes et fenêtres fermées » améliore-t-il notre santé ?

 

Faire une mayonnaise avec deux questions (migration et médecine) apparemment disparates est-il judicieux ?

Surtout en période électorale alors que les sensibilités (diverses) sont à vif ?

L’expérience vécue (et à vivre) par nos amis et collègues anglo-saxons des deux côtés de l’océan donne à réfléchir… En urgence ! Je propose de réfléchir sereinement ! Ce n’est pas de la politique ici, c’est de la sociologie basique.

Et aussi notre santé ; et celle des générations à venir.

De quoi que je cause ?

De trois articles publiés presque le même jour (ce n’est pas un hasard) dans un grand journal médical américain (le New England Journal of Medicine) et le journal britannique de médecine le plus lu (le British Medical Journal).

Je ne partage pas toujours (et même plutôt rarement) les opinions diffusées par ces médias professionnels ; mais aujourd’hui il s’impose que j’informe les visiteurs de ce blog ; afin que, par eux-mêmes, ils se fassent leurs propres opinions… Oups !

Il n’a échappé à personne que ces deux grands peuples viennent de prendre démocratiquement des décisions importantes (sans rentrer dans les détails) en élisant des politiciens qui prônent la fermeture de leurs frontières selon des dispositifs que je n’ai pas à discuter ici.

Pourquoi pas ?

En termes de médecine, ou de santé des populations [et c'est la seule chose que nous avons à discuter ici ; ce qui n'est pas une mince affaire puisque le budget de la santé aux USA représente désormais 18% du PIB environ], est-il judicieux de vivre portes et fenêtres fermées ?

Plutôt que des bavardages filandreux et autres opinions subjectives, usons de la méthode anglo-saxonne et examinons des faits réels [les gens intelligents disent : restons factuels !] avec comme 1ère question : est-ce que les médecins formés hors des USA et pratiquant aux USA (donc des migrants typiques) rendent service aux patients américains ? Sont-ils moins performants que leurs collègues américains formés aux USA ?

Des investigateurs de Harvard (la plus prestigieuse faculté de médecine aux USA) répondent à cette question de façon très claire avec des données épidémiologiques qu’on peut qualifier de « robustes » puisqu’elles concernent plus d’un million deux cent mille (1 215 490) patients admis dans des hôpitaux US reçus par 44 227 médecins internistes (Bac + 12 au minimum).

C’est là : http://www.bmj.com/content/356/bmj.j273

Un seul message pour simplifier : le risque de décès à 30 jours est significativement plus bas chez les patients reçus par des médecins formés hors des USA ; bien qu’en moyenne (c’est bizarre mais c’est comme ça…) ces patients-là soient plus sévèrement malades que ceux reçus par des médecins formés aux USA.

On peut élaborer toutes sortes d’explications ; mais il suffit de visiter nos propres hôpitaux contemporains (en particulier aux Urgences et pendant les weekends) pour constater l’importance prise, chez nous, par des médecins formés hors de France… Mais je ne crois pas que nous ayons des statistiques comparables à celles de nos amis de Harvard ci-dessus. Pourtant la CNAM disposerait de ce type de données… Ce serait important de savoir. Pas politiquement correct ? Misère !

Deuxième question : est-ce que la fermeture des frontières [ce que je résume par la formule vivre portes et fenêtres fermées] est potentiellement préjudiciable ? Pour ceux qui s’enferment évidemment ; je laisse de côté les autres, ceux qui trouvent portes et fenêtres closes.

Deux articles « made in America » tentent de répondre à cette question:

1) http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMp1701251

2) http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMp1701339

Outre des raisonnements philosophiques de base qu’on peut certes taquiner avec plus ou moins bonne foi [les échanges d'idées et d'expérience pratique (de terrain) enrichissent tous les protagonistes de ces échanges ; c'est en mettant ensemble les meilleurs idées et talents qu'on résout le mieux les problèmes ; c'est vrai pour la recherche et l'innovation mais aussi pour les soins basiques prodigués aux souffrants], les auteurs donnent des chiffres concrets : 40% des nouveaux professeurs de médecine (3 dernières années) nommés à Harvard sont nés hors des USA [pour donner une idée du talent nécessaire, je n'ai même pas eu l'idée d'essayer...] ; 50% des 7054 résidents (grosso modo des équivalents de nos internes en France, des jeunes gens de 30 ans environ qui assurent des semaines de 70 heures (pure folie en termes de sécurité) en médecine interne dans les hôpitaux américains sont des diplômés étrangers ; en 2015, 24% des médecins pratiquant aux USA (toutes catégorie confondues) ont été diplômés hors des USA ;  etcétéra…

Les auteurs américains de ces articles insistent sur le fait que, vu l’extrême difficulté rencontrée en général par les migrants [c'est vrai pour les professions médicales comme pour beaucoup d'autres professions] et le courage intelligent que nécessitent le décollage du pays d’origine et l’atterrissage au pays d’arrivée, c’est littéralement la crème (ils l’écrivent comme ça) des candidats que l’on retrouve finalement à l’œuvre dans le pays d’accueil.

C’est un peu comme si on nous apportait de l’oxygène !

Tout cela explique que de façon générale les professionnels qui les accueillent sont plus que satisfaits et veulent les garder avec eux ; ils savent, eux qui travaillent chaque jour avec des migrants, mieux que les politiciens bornés et opportunistes (ou que les bureaucrates disciplinés) tous les avantages qu’il y a à vivre portes et fenêtres ouvertes !

Et il ne faudra pas longtemps, à mon avis, aux américains « trumpistes » et aux British « brexistes » pour comprendre qu’ils font fausse route.

Ayant moi-même été plusieurs fois un migrant, dès le plus jeune âge quand mes parents quittèrent l’Algérie, puis à l’âge d’exercer la profession de médecin (en Suisse d’abord puis au Canada), je confirme que ce fut un parcours laborieux…

Et je reste plein d’admiration pour ceux qui entreprennent ce genre de voyage de nos jours.

J’aurais pu rester dans ces pays d’accueil (avec des positions sociales plus qu’honorifiques) mais j’ai préféré rentrer au bercail et revenir dans mon petit jardin [comme le dirait Alphonse Voltaire ou Frédérique de Montaigne, je ne sais plus) au pied de mes montagnes préférées ; et je suis certain que la très grande majorité des migrants (je ne parle pas des réfugiés politiques) ne rêvent que de rentrer chez eux pour aller cultiver le potager familial.

Il est donc totalement absurde de créer des difficultés à (ou d’empêcher) ceux qui veulent (quel que soit la raison) migrer vers des contrées qu’ils pensent plus favorables à leurs destinées individuelles.

C’est tout à l’avantage des accueillants ! Ce n’est pas moi qui le dit ; ce sont les messages forts et documentés des trois articles que je soumets à votre lecture dans ce billet.

Bien lire et réfléchir avant de réagir « tête baissée ». Ce billet n’a pas de contenu politique, contrairement aux apparences, et je demande aux commentateurs éventuels de ne pas faire de politique. Sur ce sujet, les politiciens ne disent que des bêtises ou des mensonges.

Seuls ont droit à la parole les curés, les moines, les rabbins, les imams, les historiens (les vrais pas les crétins qu’on entend à la télé) et les sociologues ; plus les professionnels mais seulement les professionnels de santé puisqu’on ne parle ici que de santé ! Sexistes, racistes et ethnicistes s’abstenir ! Merci d’avance !

 

 

 

 

 

75 réflexions au sujet de « La question migratoire et la médecine moderne : vivre « portes et fenêtres fermées » améliore-t-il notre santé ? »

  1. Francoise

    @RicoMart

    (gentil avertissement à vous tous-toutes qui n’êtes ni le bon Dr MdL, ni Rico : ce post est hors-sujet de bout en bout… Je vous préviens, pour que vous
    ne veniez pas vous plaindre ensuite, si vous décidez de lire quand même… hors-sujet tant pis parce qu’on est le week-end -on a bien un peu droit, le w.e., non ?- et parce que je suis siiiii contente de vous retrouver, vous m’avez manqué!)

    Aaaahhh Rico… l’imagination alliée à la poésie… pur bonheur!!!… Les vendeurs de rêves (c’est vous-même qui vous êtes décrit ainsi ici et je crois être d’accord), ne peuvent jamais s’empêcher d’en offrir aussi touplein (un « t » de moins et hop! l’équilibre de retour, l’harmonie retrouvée…)… Merciiii Rico!

    Format(t)ante ? Un t de plus, un t de trop (voui), un t indélicat (rho, voui, bien d’accord, alors), et voilà que tout sens (tout bon sens, aussi), l’essence (du tout) et les sens (tous) sont sens dessus-dessous.
    Bien sûûûûr que c’est la Remington qui s’est (encooore) enrayée (car c’est en effet souvent le cas de la mienne, nooooon? même s’il est vrai que c’est plus souvent les voyelles qui vivent leur vie propre, et plus volontiers se dédoublent, tripliquent voire quadruplent à dessein….?). Je vais la faire réparer, c’est lassaaaant à la fin, ces répétitions fortuites!

    Ah, le sablier… Mais pourquoi bon sang (où était passé le bon sens, en ce temps passé?) avons-nous tant universalisé le décompte du temps… en dehors de la mine?… là où le soleil ou son alliée s’emploient à nous informer à longueur de cycles? Quel besoin avions-nous? Vous ai-je déjà dit à quel point je partageais cet avis de Touiavii, ce sage sauvage (c’est pléonastique la plupart du temps, oui, vous dites vrai), qui récemment et très justement commentait à propos de l’homme ‘blanc’, qu’il « … a inventé un objet qui compte le temps ; depuis il court sans cesse derrière… ».

    Et nous voilà en train de tenter l’impossible réparation de la grossière et sans doute irréversible bévue, en -prétendant- « inventer » un « nouveau » mode de vie (risible -ou triste?-, qu’en penser?)… La slow life ou la slow attitude… (cherche-t-on le terme français qu’on tombe le plus souvent avec étonnement sur ‘lâcher prise’?). Mais c’est parfois drôle, appliqué dans tous les domaines.
    Slow food… bon, acheter un certain cuit-vapeur magique de Marion K. va aider un maaaax, mais on a pas droit de faire de la pub, ici :-( pfffff…. dommaaaage ! ;
    Slow déplacement… mais pas très loin alors ou faut prendre 8 mois sabbatiques et remettre à flot la Santa Maria, voudrait-on aller féliciter ou casser la gueule à Trump (vous noterez que neutre je me force à être, sur cette épineuse question ; il a le temps d’être destitué qu’on n’y sera pas à temps pour s’en réjouir ou l’en consoler? Neueueueuetre, je vous dis!)… ;
    Slow boulot (ouille?… mais siiiii, Phil, ça augmenterait -avec une probabilité estimée à environ 100% et des RETEX positifs dans la même proportion- la productivité, c’est bon pour l’Entreprise, ça!) ; A bas le présentéisme et la compét’ entre collaborateurs!
    Slow cosméto… le fait maison quoi, de l’huile d’olive en place de crème hydratante ou démaquillant, j’adore, j’adhère… déjà ;-) ! ;
    Slow education (‘l’oisiveté est aussi indispensable au cerveau que la vitamine D au corps, selon les scientifiques’ annonce l’article -doutent de rien, à parler ainsi de vit.D par là- et question vitamine D, on en connaît un rayon, ici, et pourtant le coeur -même sans statines- balance: supplémentera, suplémentera pas?!!!) ;
    Slow sex (euh…. ça va pas plaire à tous, z’êtes pas prêts, je crois, on en r’parle une autre fois, hein?).
    Mais pour écrire tant c…ies… peut-être devrais-je plutôt passer de temps temps en slow connexion (ou connection, je ne sais plus, moi, parce que je teste en vous écrivant la ‘slow concentration’?).
    Je n’invente rien, toutes ces déclinaisons figurent dans un seul et même article (vitamine D incluse, je le jure!)! Ah, on s’marre un peu quand même de tout ça… quand on a cotoyé Touiavii, non?… et même si on essaie de la réintégrer un peu dans nos vies, cette slow attitude…. Et c’est là que pour nous aider, la montre mono-aiguille à 1500 euros (non, je galéje bien sûr: seulement 1499 euros….!) peut s’avérer d’une grande utilité… Aaaahhh, je soupire, comme Snoopy, tiens!.

    Et par les temps qui courent si vite, je partage pleinement, Rico, votre regard sur l’Entreprise.
    D’ailleurs, a-t-on déjà vu un Patron (aussi humain et généreux soit-il) ou une Entreprise ‘donner’ du travail à un-e Employé-e? Certes, je suis peut-être un peu ‘pointilleuse’ et/ou ‘angélique’… mais les mots disent des choses sur les réalités qu’ils tentent de décrire et ce terme-là de « donner », dans ce contexte là, me bouleverse… il me parle de choses biaisées, truquées, pipées, orientées, faussées, dès la conception de la relation Patron-Employé …
    (… et alors donc ? …. « merci Patron »?)
    (OU mieux : ‘Oh, ben, oui, Patron, c’est bien normal que vous empochiez 185 millions de dollars, puisque l’Entreprise est florissante ; ah, ben, non : rien pour les employés…. qu’ont-ils à voir dans le fait que l’Entreprise soit florissante? Vous leur fîtes déjà, Patron, bien trop d’honneur en leur ‘donnant’ un travail!).
    Sarcastique? Cynique? Oui, un peu… voilà, que je m’agace :-(
    Angélique? Je ne crois pas… Ou alors, comment se fait-il que les exemples osés, innovants, à contre-courant (comme dans l’éducation… c’est dans tous les domaines qu’existent localement d’heureuses options hors-cadre hors-norme hors-standard) pleuvent à présent, qui nous racontent qu’on peut très bien penser (et réussir) ‘Autrement’ :-) pour peu qu’on s’autorise à envisager des possibles différents… comme accepter de vivre avec un taux de cholestérol élevé (vraimeeeeent??!!!…. croyez-vous vraiment, Rico, que cela soit lié???)

    Sinon… comme j’ai bien cultivé le lâcher prise, ces derniers ‘temps’, je vous envoie plein de bises, Ricomart, pour vous souhaiter un bon dimanche. Si, ben siiiiii?!!!! juste suivant votre chouette enseignement de la vie … Voilààààà…. (rhooooo, put… de Remington ;-) ! ).

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