NOTRE ARTICLE DANS LE JOURNAL DE L'ASSOCIATION DES MEDECINS AMERICAINS

En cette fin de mois de Juin 2010, nous publions un article critique concernant la fameuse étude JUPITER dans un journal appelé Archives of Internal Medicine. Cet article ne dit rien de plus que ce que j’avais écrit sur ce blog déjà en 2009. Pourquoi est-ce un évènement important malgré tout ?

Ce qui est vraiment important c’est que nous soyons 9 coauteurs prêts à braver les foudres d’un terrible adversaire (l’industrie pharmaceutique et ses lugubres alliés) pour faire valoir la vérité !
Ce qui est vraiment important c’est que nous ayons réussi à convaincre des médecins et des scientifiques américains (qui ont évalué notre analyse, on les appelle les “reviewers” du journal) qu’il fallait faire savoir comment nous voyons les choses à propos de JUPITER.
Vu le nombre de questions auxquelles nous avons dû répondre pendant les 6 mois d’évaluation de notre article (temps moyen entre la soumission et l’acceptation de publication), je pense qu’au moins une douzaine d’experts se sont penchés sur notre analyse.
Ce qui est vraiment important c’est que notre article soit accompagné dans le même numéro de Juin des ARCHIVES OF INTERNAL MEDICINE d’un autre article analysant JUPITER et de deux éditoriaux commentant l’ensemble des articles sur JUPITER.
Cela signifie que notre soumission (il y a plus de 6 mois) a entraîné une large réflexion sur JUPITER, et donc que les langues commencent à se délier, les neurones à rouvrir leurs connections …
Ce qui est vraiment important enfin c’est que cela arrive dans un grand journal américain, organe officiel d’une sorte de Conseil de l’Ordre des médecins américains, et donc indépendant (en principe) financièrement du Lobby pharmaceutique, et avec la bénédiction d’un Comité Editorial extrêmement sévère.
Certes il ne s’agit que d’une première étape, mais le doute s’insinue, les auteurs de JUPITER n’ont pour le moment rien à dire de sérieux concernant notre analyse de leur essai !
Nous pouvons nous attendre à de fulgurantes contre-attaques, certes !
Mais la suite va venir, ce n’est qu’un début, les lecteurs de mes livres le savent, l’abcès est loin d’être vide !
Ce sera de plus en plus rude car ce dont nous avons pu profiter jusqu’à maintenant, le mépris pour nos thèses et analyses de la part de l’adversaire, sera de moins en moins de mise !
Mais la vérité vaincra !
Les curieux et les anglophones pourront lire ces deux documents :

  • l’un est notre article lui-même (à télécharger en PDF)
  • et l’autre constitue nos réponses à la journaliste de l’agence américaine Associated Press qui après avoir lu notre article s’est précipitée chez Paul Ridker (le principal investigateur de JUPITER) pour avoir son avis et les reproches qu’il nous adressait en ce beau mardi 29 Juin 2010. On y retrouvera donc nos réponses à ces 6 questions.

11 Replies to “NOTRE ARTICLE DANS LE JOURNAL DE L'ASSOCIATION DES MEDECINS AMERICAINS”

  1. @muscade :

    URGENT de lire mes livres, notamment le dernier, y a même des "crobars" !

    Un Blog ne peut pas remplacer un bon livre !
    Allez, courage, faut s’y mettre, ça peut vous sauver la vie !

  2. L’artériosclérose est-elle due obligatoirement à du cholestérol ?
    Comment la prévenir …?

  3. Cher Marc,

    Vous avez raison : proposer un comprimé de statine aux consommateurs des “fast food” restaurants pour “neutraliser” disent-ils les effets nocifs de ces aliments nous laisse pantois ! Le pire sans doute c’est que les auteurs de l’article prétendent s’appuyer sur un raisonnement (une démonstration) scientifique pour défendre leur “truc”. Et que le comité éditorial s’est laissé convaincre ! Ceci dit, ça fait longtemps que je ne lis même plus les articles de ce journal, vendu à l’industrie pharmaceutique qui y fait sa promotion. “Plus con, je meurs” disait l’autre. Vous imaginez ainsi à qui et à quoi nous nous heurtons quand nous voulons simplement faire passer des messages de “bon sens” auprès de nos collègues scientifiques. Et ne vous faites aucune illusion, s’il-vous-plaît : ils sont aussi cons, voire plus cons encore, dans nos universités françaises. La messe est dite !

  4. Le summum de la stupidité ( j’ai même du mal à trouver un qualificatif exact) n’est-elle pas atteinte avec la publication de cet article scientifique ?

    Can a Statin Neutralize the Cardiovascular Risk of Unhealthy Dietary Choices? Emily A. Ferenczi, Perviz Asaria, Alun D. Hughes, Nishi Chaturvedi, Darrel P. Francis The American Journal of Cardiology, Volume 106, Issue 4, 15 August 2010, Pages 587-592

    Que penser du comité de lecture et de validation de cette revue dite scientifique ?

    Amicalement

    Marc

  5. Cher ami,

    J’ai bien lu le calamiteux rapport de l’HAS sur les hypolipémiants. Et dire que ça a été relu ! J’aurais honte de faire partie des relecteurs tant il y a de fautes typographiques, paragraphes tronqués, tableau cité mais non reproduit, etc … Visiblement, personne n’a vraiment relu la prose de ces fonctionnaires ! Retour à la barbarie ! Ceci dit, toutes vos interrogations sont excellentes : enlever 2 ou 3 essais biaisés comme JUPITER, 4S ou HPS et l’effet sur la mortalité se volatilise. Ite missa est ! (La messe est dite !) Quand à l’effet du temps sur la positivité des essais (avec l’exception JUPITER), vous avez tout compris : la nouvelle règlementation étant plus contraignante, ils font plus attention ces derniers temps ! Ce qui ne les empêche pas de “truquer” encore les essais comme la FDA vient de le démontrer (pour la première fois sur la base d’une enquête conduite à partir des données brutes, “ça chauffe”) avec l’Avandia de Glaxo … Si en 2007 on truquait, que n’a t-on fait entre 1994 et 2007 ? Bon vent, matelot !

  6. Bonjour
    Encore vu cette semaine un patient qui fait une tendinite achiléenne sous statine. Finis les randonnées pour cet été. Donc pas très bon pour sa prévention cardiovasculaire …

    Notre très Haute Autorité de Santé vient de nous asséner un volumineux rapport sur la réduction du risque (10%!) de mortalité toute cause par les statines (mais pas de la mortalité CV?)
    Je l’ai parcouru rapidement et quelques points me chiffonnent.
    Le comité pointe l’hétérogenéité des résultats des différentes études et note que leur  niveau de preuve semble corrélé à leur ancienneté. Ils sont un peu gênés pour en déterminer la raison mais ne mentionnent pas le fameux effet Vioxx. J’en conclu que vous ne faisiez pas partie des dix personnes ayant répondu à la consultation publique; dommage !
    Qui compose le comité? La question des conflits d’intérêt est soulevée en page 90 des annexes ….mais reste sans réponse? Sont-ils publiés dans un autre document?
    Jupiter est trop récent pour faire partie de leur méta-analyse . Tant mieux, cela leur laissera le temps de lire votre article de juin pour leur prochaine synthèse ( en 2015?!)
    http://www.has-sante.fr/portail/...

  7. Cher Daniel,

    Le résumé de l’étude que vous présentez (mais dont je n’ai pas la référence) est de de peu d’intérêt car elle répète des données connues de longue date à propos de l’Hypercholestérolémie Familiale (HF) et dont la fiabilité est très faible. En général, du fait de défauts techniques majeurs et multiples, sans parler des conflits d’intérêt et de l’indépendance des investigateurs. Entre autres, l’utilisation de l’épaisseur intima-media de la carotide comme critère d’efficacité d’un traitement anti-cholestérol ne fait pas l’unanimité. Loin de là. Chez l’adulte avec HF, l’étude ENHANCE (la plus grande étude sur HF, intima-media et statines à ce jour) n’a montré aucun effet malgré une diminution de 50% du cholestérol. Bon vent, matelot !

  8. que penser de cette etude?
    y a t ‘il des cas precis ou diminuer le cholesterol est profitable ?
    cordial bonjour daniel

    Prof. Walter F. Riesen
    Schweiz

    L’efficacité et la sécurité à long terme mises en évidence par une étude démontrent :
    Les effets protecteurs de la pravastatine contre l’artériosclérose précoce chez les enfants atteints d’hypercholestérolémie familiale
    Keywords: pédiatrie, hypercholestérolémie familiale, LDL-cholestérol, artériosclérose, statine, pravastatine

    med-slideACF79AB.pdf
    Take Home Messages
    L’hypercholestérolémie familiale est avec une incidence de 1 sur 500 naissances l’une des maladies héréditaires les plus fréquentes dans sa forme hétérozygote
    Les premières lésions vasculaires dues aux taux élevés de LDL dans le plasma s’observent déjà au cours des deux premières décades de l’existence chez les enfants touchés
    Les taux de LDL- cholestérol ont pu être abaissés de manière hautement significative, soit de 24,1%, à l’aide de 20 – 40 mg de pravastatine
    Le traitement hypolipémiant a permis d’empêcher l’augmentation d’épaisseur de l’intima et de la media (IMT) au niveau des carotides
    Aucun effet délétère sur la croissance, les processus de maturation sexuelle, les taux hormonaux, ni les paramètres du foie ou du muscle n’a été rapporté sous pravastatine

    Dans l’hypercholestérolémie familiale, les taux élevés de LDL-cholestérol dès la naissance conduisent à une dysfonction endothéliale, à des altérations de la paroi artérielle – reconnaissables en particulier à un épaississement de l’intima-media (IMT) au niveau des carotides – et finalement à une menace de sténoses coronariennes avec infarctus du myocarde chez les enfants atteints. Et ces complications surviennent souvent en moins de trois décades. La pravastatine permet de stopper efficacement cette évolution catastrophique, comme l’a démontré une étude récente qui vient d’être publiée (1).

    L’hypercholestérolémie familiale est avec une incidence de 1 sur 500 naissances l’une des maladies héréditaires les plus fréquentes dans sa forme hétérozygote (2). Une mutation monogénique du gène codant pour le récepteur du LDL a pour conséquence une réduction de la dégradation du LDL-cholestérol avec accumulation de ce dernier dans le système cardiovasculaire.

    Trop peu de données à ce jour chez l’enfant et l’adolescent
    Il n’y a aujourd’hui plus de doute au sujet de l’efficacité du traitement par statine de l’hypercholestérolémie familiale. On avait cependant en général tendance à attendre l’âge de 18 ans pour commencer le traitement (1), car il n’existait aucune étude sur l’efficacité et la sécurité du traitement de statine au long cours chez l’enfant et l’adolescent. Les premiers signes de lésions vasculaires causées par les taux élevés de LDL dès la naissance s’observent pourtant dès les deux premières décades: le diagnostic précoce est posé sur la base d’existence d’une dysfonction endothéliale dès l’enfance et d’une augmentation de l’épaisseur de l’intima-media (IMT), signant les premières altérations morphologiques vasculaires.
    Une étude hollandaise a testé l’efficacité et la sécurité du traitement de pravastatine au long cours chez des enfants atteints d’hypercholestérolémie familiale. 214 enfants âgés de 8 à 18 ans et présentant ce défaut génétique ont reçu une alimentation pauvre en graisses et ont été encouragés à suivre une activité physique régulière dans le cadre d’un design randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo. En plus de ces mesures de prévention générale, 106 enfants ont reçu 20 à 40 mg de pravastatine et 108 ont pris un placebo.
    L’endpoint primaire de l’étude était le changement d’épaisseur de l’intima-media (IMT) au niveau carotidien sur une durée de traitement de deux ans. Pour tester la sécurité du médicament, les auteurs ont documenté la croissance et la maturation des enfants, procédé à des dosages hormonaux et dosé les enzymes musculaires et hépatiques.

    La pravastatine stoppe l’augmentation de l’IMT

    Fig 1: Modification de l’épaisseur de l’intima-media (IMT) en différents endroits de l’artère carotide dans les groupes pravastatine et placebo (à 2 ans versus ligne de base).

    Résultat: sous pravastatine, on a observé une tendance à la régression de l’IMT, tandis qu’on a constaté une discrète progression des modifications vasculaires dans le groupe placebo au cours de la période de deux ans. La différence entre les deux groupes était significative (Fig. 1).
    Comme on pouvait s’y attendre, les taux de LDL-cholestérol (initialement de 6.1 à 6.2 mmol/l en moyenne) ont été réduits de façon hautement significative, soit de 24,1 %, sous pravastatine, alors qu’ils sont restés pour ainsi dire inchangés sous placebo (+ 0,3 %). Le HDL-cholestérol, les triglycérides et l’apo-lipoprotéine (a) n’ont pas été significativement modifiés par le traitement. Aucun effet délétère sur la croissance, la maturation sexuelle, les taux hormonaux, ni les enzymes hépatiques et musculaires n’a été observé sous pravastatine.

    Conséquence positive: prévention efficace avec « excellente tolérance »
    Les résultats de cette étude sont positifs à plusieurs titres ont estimé les auteurs: ils démontrent pour commencer qu’il est possible d’inverser l’épaississement de la paroi artérielle chez les enfants atteints d’hypercholestérolémie familiale, en particulier au niveau des carotides, pour autant que l’intervention thérapeutique soit suffisamment précoce. Il s’avère aussi que cette prévention des complications cliniques dues à l’atteinte artériosclérotique dès les premières années de vie n’est pas obtenue au prix d’une augmentation des risques du traitement. La tolérance de la pravastatine lors d’un traitement au long cours « était excellente » chez ces enfants, écrivent les auteurs. On peut bien imaginer, lorsqu’on considère le profil des parents des sujets inclus dans l’étude et souffrant du même défaut génétique, que ce qui les menace avant tout, c’est le retard de la prise en charge et de la mise en route du traitement: un parent sur trois, âgé en moyenne de 37 ans, présentait déjà les signes d’une artériosclérose précoce (1). A ce jeune âge, 10 % d’entre eux étaient déjà décédés des suites d’un événement cardiovasculaire!

    Redaktion: just-medical!

  9. Dans cet article sur Avandia on voit se lever un coin du voile sur la façon dont Big Pharma interprète les datas. Essentiellement en altérant la collecte ( avc non inscrits , infarctus inscrit comme mort de cause indéterminée…)
    http://www.nytimes.com/2010/07/1...
    Sur NPR public.npr.org/anon.npr-m…
    des chercheurs annonce un exces de décès 1 pour 60! patients traites. Il semble que l’orage gronde du cote de la FDA. La tempête Avandia éclipse un peu les statines. Mais le vent va probablement souffler dans votre sens.
    Bonnes vacances.

  10. Suis tombé sur votre abstract sur Pubmed.
    Bravo!
    Avec un article de ce calibre dans les Archives of Internal Medecine je vais pouvoir aller embêter les cardios du quartier qui me mettent toutes mes petites mamies sous Crestor!
    Tenez-bon, ça va secouer!

  11. Très bonne nouvelle , en attendant la suite avec beaucoup de curiosité . Tenez bon et merci encore pour tout votre travail.

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