C’est quoi un « vrai » expert « vraiment » indépendant ?

 

En ce joli mois de Mai 2017, la nouvelle Ministre de la Santé, interrogée à propos des conflits d’intérêt dans le domaine (très large) de la Santé – et sans doute des sciences médicales, ce qui est encore plus important car les controverses autour des sciences médicales sont la « mère de toutes les batailles » – a répondu que cette question soulevait immédiatement (je cite de mémoire) une autre question, celle de l’expertise indépendante.

Je lui donne raison !

Quoique certains mauvais esprits lui aient prêté la mauvaise pensée qu’il ne pourrait y avoir de bonne expertise indépendante, autrement dit que tout bon expert était forcément « dépendant », cette question est selon moi très importante et mérite quelques réflexions.

Comme c’est compliqué, il est préférable de s’y mettre à plusieurs ; et je propose d’ouvrir une discussion à ce propos sur ce site. Merci de participer !

Espérons que notre Ministre aura la sagesse de venir nous consulter (sur ce blog ou ailleurs) et surtout que nous saurons collectivement apporter quelque chose d’intelligent.

Tous les avis seront donc les bienvenus.

Je commence.

Et merci à l’avance de votre compréhension, le sujet est inédit… dans le domaine des sciences de la Santé.

Car les assureurs eux, par exemple, savent depuis longtemps de quoi il s’agit. A leur manière certes !

Expertise indépendante dans le domaine de la Santé donc.

Je commence par l’indépendance, c’est apparemment plus facile.

Je résume : dans l’absolu, l’expert indépendant ne doit pas avoir de maître ; il ne doit rendre compte à personne, n’être soumis à rien.

Bon, ça c’est très théorique. En effet, en premier lieu, cet expert il faut qu’il soit désigné, ou nommé, ou identifié comme tel. Oups ! Ça se complique. La désignation dépend de quelqu’un ou d’un Pouvoir chargé de désigner et aussi éventuellement de démissionner une personne experte.

Nous voilà déjà dans la concession obligée car le nominé dépend d’un nominateur. Dans une Démocratie, le pouvoir de nommer est attribué (en principe) à ceux que le peuple a élu… J’arrête ici sur le thème de la désignation-nomination. En principe, si la vie politique a vraiment été moralisée, le représentant du peuple devrait faire son travail correctement.

Admettons donc que le processus de nomination soit correct et, au-delà de la dépendance obligatoire au pouvoir nominateur, que veut vraiment dire « indépendance » ?

Réponse : l’expert doit être imperméable à toute influence affective, intellectuelle, politique et surtout commerciale. Ces influences ou ces liens d’intérêt peuvent donc être financiers mais aussi non financiers, et quelques fois (les sentiments, l’autorité, l’honneur ou la réputation qu’on veut défendre) c’est pire que les liens financiers ! On comprend immédiatement que cette exigence est presque impossible à respecter à l’échelle individuelle.

La solution se trouve donc dans l’expertise dite collective car les influences multiples subies par chaque personne sont (presque) obligatoirement compensées par les influences subies par chacune des autres personnes. Ce qui inclut les influences produites et/ou subies par les experts eux-mêmes dans le cadre strict de l’expertise, c’est-à-dire « entre experts ».

Vu comme ça, ça parait simple ; mais il y a une difficulté majeure à surmonter coûte que coûte dans nos sociétés spectaculaires et marchandes, c’est l’influence commerciale (le lobbying) surtout occulte, c’est-à-dire le pouvoir d’acheter l’expertise. Qu’il n’y ait aucun doute à ce sujet – l’Histoire des sciences médicales l’a amplement montré – les riches industriels peuvent se payer tous les experts qu’ils veulent !

Comme dans les affaires humaines, rien n’est parfait, on ne peut pas espérer une totale indépendance et une totale transparence !

Mais il faut exiger de la part des experts une indépendance optimale dans le cadre d’une expertise spécifique. Ça c’est réaliste ! Je m’explique avec un exemple.

Soit la problématique vaccinale ! Le Ministère a besoin d’un avis (une expertise) à propos d’une question clinique et vaccinale précise. Ce n’est pas de la science pure en général au niveau d’un Ministère, ni de la haute technologie. On n’a pas besoin donc d’experts hyper-pointus ! Si ce Ministère dispose d’un corps d’experts compétents en sciences cliniques, il puisera 5 personnes dans ce corps dont seulement deux auront une compétence (expérience) spécifique dans le domaine de la vaccination (une personne) et dans la pathologie infectieuse en question (une personne). Ainsi, seulement deux experts sur 5 seront susceptibles d’avoir été (ou d’être encore de façon occulte) contaminés de lien (conflictuel ou pas) d’intérêt. Si, en plus, on prend la précaution d’exiger de ces deux experts qu’il n’aient eu aucun contrat avec (ou reçu d’honoraire d’) un industriel du vaccin dans les 10 ou 15 années qui précèdent, on est assez tranquille du côté de la question de l’indépendance…

Reste l’autre question cruciale, celle de l’expertise vraie.

Restons sur l’exemple précédent avec une question vaccinale spécifique.

On comprend que 3 sur 5 des experts nommés ne sont pas des compétents féroces de la vaccination et que les deux restants n’ont pas forcément conservé (après 15 ans d’indépendance) une compétence aiguë sur la question spécifique pour laquelle le Ministère demande un avis. Est-ce vraiment important ?

Je ne le pense pas. D’une part, le Ministère ne demandera jamais un avis sur une question hyper-pointue (ce n’est pas du ressort des décisions politiques) ; et d’autre part certains de ces 5 experts seront certainement capables de se « mettre rapidement à niveau » dans le cadre de leur mission ; au besoin en consultant eux-mêmes (et avec les précautions requises par leur mission) des hyper-experts extérieurs aux 5 nominés. S’ils n’en sont pas capables, ce ne sont pas des vrais experts et ils n’ont rien à faire dans un corps d’experts indépendants et assermentés.

En bref, un vrai expert vraiment indépendant n’est pas l’expert d’une molécule ou d’une technologie hyper-pointue. C’est surtout un expert des méthodologies scientifiques dans des domaines plus ou moins larges des sciences médicales.

Je donne un autre exemple : le Ministère a besoin d’un avis concernant les nouvelles chimiothérapies anticancéreuses. Nul besoin d’un chimiste, d’un expert d’une molécule particulière ou d’un expert d’un type très particulier de cancers rares.

On a besoin de médecins-experts en essai clinique [et épidémiologie et éthique médicale], et de cancérologues praticiens au sens large.

Mais il faut quand même de vrais experts. Pour m’expliquer, je vais prendre un autre exemple, celui d’un besoin d’une expertise sur une classe de médicaments, par exemple (au hasard), les statines. A ce jour, aucun universitaire français ou francophone détenteur d’un titre en cardiologie, lipidologie, métabolisme, nutrition, et même diabétologie, ne pourrait servir d’expert pour le Ministère. Pourquoi ? Je n’en connais pas un seul qui ait une vraie expertise en essai clinique, c’est-à-dire qui ait réellement conduit un essai clinique indépendamment de l’industrie. Et parmi ceux qui le prétendraient, plus ils sont bruyants et moins ils sont indépendants. Faites moi signe si je faisais erreur ; le Ministère pourrait en avoir besoin d’ici peu…

Finalement, ces vrais experts doivent aussi, évidemment, connaitre le Code de la Santé Publique et comme il serait préférable qu’ils (ou elles) soient médecins (à mon avis), ils doivent connaître le code de déontologie.

C’était une ébauche. Merci de vos réactions et réflexions. Enrichissons-nous mutuellement !

 

 

 

 

 

56 réflexions au sujet de « C’est quoi un « vrai » expert « vraiment » indépendant ? »

  1. Emilio

    @MdL : Déjà le mot expert a une connotation « qui sait beaucoup plus que tout le monde sur un sujet précis ». Ce n’est pas un terme rassurant … Quelqu’un qui se place au dessus de tout le monde peut le faire parce que des pairs le reconnaisse comme tel, ça représente donc un premier conflit d’intérêt : On défend un camp et sa réputation.

    Ensuite, j’insiste sur la composante psychologique qui est la caractéristique principale du sujet « obligation vaccinale » : Les parents, le corps médical est probablement extrêmement favorable à l’obligation vaccinale, et il n’y a aucune rationalité derrière ce point de vue. Ils sont favorables à l’obligation vaccinale parce qu’ils estiment que leur opinion sur le sujet de la vaccination est tellement importante qu’il n’AUTORISE pas les autres à penser différemment.

    C’est ça qui est le coeur de la problématique « obligation vaccinale » : Il ne s’agit nullement d’un débat « scientifique », comme la problématique de la lutte contre le terrorisme qui n’est guère rationnelle non plus. La problématique est orientée sur le côté MORALE, parce que la vaccination est « sûre » et que se vacciner est un acte « solidaire ».

    Les 2 problématiques lutte contre le terrorisme et vaccination ont un point commun : elles élèvent la peur à un point d’inflexion qui permet aux gens de se revendiquer d’un tel niveau de moralité qu’ils trouvent normal que leur liberté soit restreinte … et par la suite, ils trouvent normale que les ceux qui n’ont pas le même niveau de moralité qu’eux soient contraints à subir les mêmes restrictions qu’eux.

    C’est cela la DYNAMIQUE de l’obligation vaccinale… qui est la même que l’acceptation de l’état d’urgence permanent.

    L’attaque ne doit pas être formulée sous l’angle scientifique et médical, car nous serons très rapidement traités « d’antivaccins ». L’attaque doit se formuler sous l’angle que l’on ne peut pas accepter que des experts aient tout pouvoir sur nos vies.

    La restriction de liberté, c’était jusqu’à présent contre ceux qui n’avait pas respecté la loi, et qui passait devant un juge. Maintenant, on commence à entrer dans l’esprit des gens l’idée qu’il serait normal pour un hypothètique bien collectif, de laisser l’Etat mettre des gens en résidence surveillées sans procès et qu’il faudrait vacciner de force des parents qui sont justes soucieux de la santé de leurs enfants, et qui ne sont pas prêts à les soumettre aux produits des laboratoires privés sans avoir des INFORMATIONS.

    Pour moi, ce qui est important désormais, c’est que les parents montrent que leur niveau de moralité ne se mesure pas à la peur qu’ils ou pas des terroristes ou des vaccins. La plupart des gens ont de la moralité, même s’ils trompent leur femme, votent FN ou fraudent les impôts …

    Par contre, ceux qui ont un ego moins élevé que les autres n’aimeront pas qu’on les manipule ainsi. Il faut les informer qu’ils n’ont pas à accepter le « chantage à la peur » …

    Répondre
    1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article
      En réponse à : Emilio

      C’est bien vrai tout ça.
      Il faut de l’information !
      Elle doit être « délivrée » [c'est un mot usuel mais tellement suggestif dans le cas présent] par des experts libres et indépendants !

      Répondre
  2. Emilio

    Il y a un mot que j’avais oublié :

    « Les 2 problématiques lutte contre le terrorisme et vaccination ont un point commun : elles élèvent la peur à un point d’inflexion qui permet aux gens de se revendiquer d’un tel niveau de moralité qu’ils trouvent normal que leur liberté soit restreinte AU PROFIT DU BIEN COLLECTIF … et par la suite, ils trouvent normale que les ceux qui n’ont pas le même niveau de moralité qu’eux soient contraints à subir les mêmes restrictions qu’eux. »

    Et puis :

    « e laisser l’Etat mettre des gens en résidence surveillées sans procès et qu’il faudrait vacciner de force les enfants de ceux qui sont justes soucieux de la santé de leurs enfants, »

    Répondre
    1. Michel de LorgerilMichel de Lorgeril Auteur de l’article
      En réponse à : Emilio

      C’est bien vrai tout ça et fonctionne parfaitement, désolé, pour le « commun » des mortels comme disent les curés…

      Par contre ce type de raisonnement ne peut pas fonctionner avec des médecins qui connaissent le Code de Santé Publique : le médecin s’occupe de chaque individu (qui se confie à lui) pas de la Société et des désordres sociétaux. L’obligation vaccinale est une injure au serment d’Hippocrate. D’où la Loi qui oblige, par delà Hippocrate !

      Si vous souhaitez l’abrogation de l’obligation vaccinale, vos meilleurs alliés sont les médecins ; ils doivent être experts, libres (de tout lien d’intérêt) et indépendants !

      Pas sous le sabot de mon cheval !

      Répondre
  3. Jabeau

    Un expert doit être indépendant des marchands du temple, oui certes, ET indépendant de son propre cerveau limbique, de son circuit de Papez, de l’invidia corse (puisqu’on parlait de Napoléon), de sa libido freudienne, de son ego, bref de tout ce qui donne la pêche mais qui n’a rien de rationnel.
    Je laisse la parole au dr Gustave Lebon dans Opinions et croyances, page 97 de la version free streaming :
    ‘Un savant passe de la sphère de la connaissance à celle de la croyance, comme il changerait de demeure. L’erreur dont il est souvent victime consiste à vouloir appliquer aux interprétations des logiques mystique ou affective les méthodes de la logique intellectuelle, afin de baser scientifiquement ses croyances.’

    Répondre
  4. Emilio

    @Akira : Pour info (j’avais cru comprendre que tu sera bientôt un heureux père) :

    http://www.infovaccin.fr/alerte_DTP_susp.html

    Infanrix Hexa (Hexyon, Vaxelis) n’est pas obligatoire à ce jour, parce que ce vaccin ne permet pas de bénéficier de l’indemnisation par l’ONIAM au titre de l’article L3111-9 du Code de la Santé Publique.

    Répondre
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