SYSTEME IMMUNITAIRE, NUTRITION, CHOLESTEROL ET VIRUS A/H1N1

Au moment où quelques médias et personnalités commencent à s’exprimer sur la question de renforcer notre système immunitaire en prévision de la prochaine vague épidémique de grippe A/H1N1, il semble urgent de rappeler quelques évidences scientifiques à propos du système immunitaire et des effets potentiels de la nutrition sur celui-ci. Plutôt que de vouloir « renforcer » le système immunitaire (notion naïve sans support scientifique), il faut rappeler par contre quelques observations cliniques bien connues (en principe) des bons médecins praticiens et en tirer les conséquences suivantes : surtout ne rien faire qui puisse affaiblir le système immunitaire !

Si l’idée de renforcer le système immunitaire (ce qui voudrait dire qu’on serait capable d’en mesurer la force) n’a rien de scientifique, les médecins connaissent de nombreuses situations cliniques (ou physiologique) à risque d’infections variées qui suggèrent que le système immunitaire est affaibli. Ces situations sont loin d’être rares et c’est à chacun d’entre nous d’agir, si possible, pour s’en prémunir. La problématique nutritionnelle est ici capitale à connaître. L’aide d’un médecin sera parfois indispensable.

INTRODUCTION
Quelle sera la sévérité réelle de la nouvelle pandémie grippale ?
Nul ne le sait, mais face à un virus A/H1N1 qui serait très dangereux (c’est dit au conditionnel et sans être alarmiste), nous serions en termes de traitements curatifs à peu près aussi dépourvus que nous l’étions face à la peste avant les antibiotiques.
En conséquence, il est facile de comprendre que la prévention est notre seule arme.
Il faut donc se protéger, notamment ceux qui présentent des états de fragilité : grossesse, maladies cardiovasculaires, obésité par exemple.

Outre la vaccination (contestée) et des règles d’hygiène, il y a quelques points cruciaux à connaître.

L’aptitude à résister au virus, sa pénétration dans notre organisme puis les dommages qu’il provoque, dépend du système immunitaire.
Celui-ci est pour notre corps (on excusera la métaphore guerrière) comme la police et l’armée pour le corps social. Il veille en permanence et neutralise les agents étrangers (virus, bactéries). Il détecte aussi les ennemis intérieurs, par exemple les cellules cancéreuses, sorte d’ennemis infiltrés. Parfois, il se dérègle et attaque nos organes, ce sont les maladies auto-immunes.
Enfin, il organise la réparation des tissus abîmés par l’ennemi et ses propres bataillons (cellules et anticorps) pendant le combat.
Il faut donc un système immunitaire actif et puissant, mais pas trop, et surtout sous contrôle.

Mais il est absolument essentiel de ne pas l’affaiblir à l’approche de l’épidémie.
Certaines situations cliniques sont associées à un affaiblissement du système immunitaire : infection par HIV ou traitements immunosuppresseurs après transplantation d’organe ou pour maladies invalidantes impliquant le système immunitaire, polyarthrite rhumatoïde par exemple.
Elles doivent être surveillées médicalement et sortent du cadre de cet article.
Pendant la grossesse aussi, le système immunitaire est affaibli, ce qui explique que les femmes enceintes soient à risque d’infections intercurrentes (listériose, rubéole, toxoplasmose) étroitement surveillées par leurs médecins, en principe.
La première vague épidémique du virus A/H1N1 en Amérique du Nord a particulièrement touchée des femmes enceintes.
Cela donne une indication de l’importance de ne pas affaiblir notre système immunitaire.

En dehors des circonstances particulières décrites ci-dessus, chacun doit donc se préserver un système immunitaire optimal ; ce qui dépend essentiellement de notre mode de vie, et de nos conditions d’existence.

QUELQUES REGLES SIMPLES POUR NE PAS AFFAIBLIR LE SYSTEME IMMUNITAIRE

Les fumeurs de cigarette sont les premières victimes des infections broncho-pulmonaires hivernales. A l’aube d’une pandémie virale où la porte d’entrée respiratoire sera prépondérante, c’est réellement jouer avec le feu que de persister à respirer (et faire respirer autour de soi) un air pollué par les particules et substances toxiques de la fumée de tabac.
On devra aussi essayer de se protéger de toutes les formes de pollution atmosphérique évidemment.

La deuxième porte d’entrée potentielle du virus est la voie digestive. Il est donc essentiel de protéger notre système immunitaire intestinal, véritable barrière anti-infectieuse.
Notre immunité digestive est liée à une flore intestinale optimale et à l’adoption d’un régime alimentaire adéquate, discuté ci-dessous.

Des activités physiques intenses (pour des raisons professionnelles ou les sportifs de compétition) affaiblissent le système immunitaire. Des foyers de grippe A/H1N1 ont été observés en plein été chez des professionnels du sport qui d’ailleurs savent que c’est lorsqu’ils sont au maximum de leur entraînement, qu’ils sont les plus sensibles aux infections saisonnières virales. Il faudra impérativement tenir compte de cette interaction lors de la prochaine épidémie.
Les sportifs épisodiques doivent aussi savoir que la combinaison d’un exercice physique inhabituel et d’un régime alimentaire restrictif les expose à un risque majeur d’infection car cela épuise les systèmes d’alerte de la réaction immunitaire.
Les hormones du stress (les stéroïdes) y jouent un rôle critique.
Le cholestérol est le précurseur de ces hormones et les altérations du métabolisme du cholestérol, par des régimes ou des médicaments, favorisent les infections virales.
Inversement, la masse musculaire est une extraordinaire réserve des matériaux indispensables au système immunitaire pour avoir une efficacité optimale.
La réaction immunitaire induit la production de molécules (anticorps et cytokines) à la fois anti-infectieuses et messagères, formées à partir des mêmes composants, les acides aminés, que les protéines musculaires.
Certains acides aminés sont dits essentiels, c’est-à-dire qu’ils doivent être apportés par nos aliments quotidiens.
Il y a aussi multiplication de cellules immunocompétentes (les lymphocytes) qui requièrent pour se construire de mobiliser les réserves en acide aminés, notamment musculaires.
En cas de dommages tissulaires, leur réparation réclame aussi des acides aminés. Les urgentistes savent qu’un sujet bien musclé se sortira mieux qu’un autre moins pourvu d’un traumatisme ou d’une maladie aigue, notamment infectieuse.
Les personnes âgées et les petits enfants souffriront plus du virus grippal pour cette simple raison.
Nous avons tout intérêt, en attendant l’épidémie, à préserver notre masse musculaire, donc à rester très actif physiquement.
Elle nous le rendra bien. Ce n’est pas contradictoire avec l’idée qu’au moment de l’épidémie, il faille éviter les exercices physiques intenses ou inhabituels pour chacun d’entre nous.

Pour notre système immunitaire et pour économiser nos muscles, il est donc important d’avoir des apports alimentaires importants en acides aminés essentiels, par exemple sous forme de protéines animales de qualité.

LES ETATS DE MALNUTRITION, Y COMPRIS RELATIVE, AFFAIBLISSENT LE SYSTEME IMMUNITAIRE

Toutes les formes de malnutrition augmentent le risque infectieux. C’est une notion historique !
Les classes défavorisées partout dans le monde paieront, et ont toujours payé, les plus lourds tributs aux épidémies.
Les seniors ont un risque élevé de complications grippales (ce qui motive leur vaccination annuelle), risque qui est en fait parallèle à leur état de malnutrition.
La correction de tout état de malnutrition, y compris relative, doit donc être impérative.
La définition de la malnutrition est variable.
En bref, c’est toute déficience en nutriments indispensables au fonctionnement optimal des organes.
Les sévères malnutritions protéiques sont évidemment rares sous nos climats mais les déficiences multiples en nutriments essentiels sont fréquentes.
Paradoxalement, on peut être en surpoids et mal nourrit, du fait de régimes déséquilibrés.
Des régimes alimentaires restrictifs ou des modes alimentaires (type fastfood) pauvres en oligoéléments et en vitamines, notamment du groupe B (très importantes pour la synthèse des protéines) sont sources de malnutrition.
Des déficiences relatives en fer, zinc, cuivre ou sélénium, en vitamines A ou C, surtout si elles sont associées, compromettent gravement le système immunitaire.

Mais trop manger (par rapport à ses dépenses physiques) est aussi déconseillé car l’obésité, les syndromes métaboliques, le diabète et toutes les formes de suralimentation désactivent le système immunitaire.

La pire des situations, fréquentes dans nos sociétés, est la combinaison d’un surpoids et de déficiences nutritionnelles multiples, résultat de l’absorption rapide et massive de calories vides, aliments riches en calories mais pauvres en nutriments essentiels.

CHOLESTEROL ET IMMUNITE
A une époque où diminuer son cholestérol est devenue une sorte de religion (plus de 7 millions de pratiquants rien que pour les médicaments), il faut rappeler (notion inconnue de la grande majorité des nutritionnistes et experts en cholestérol) que les lipoprotéines riches en cholestérol constituent une première barrière efficace contre les virus.
C’est folie que d’affaiblir cette protection spécifique à l’aube d’une épidémie.
Des grandes études épidémiologiques aux Etats-Unis et en Asie sont sans ambigüité à cet égard et des médicaments anti-cholestérol, les statines, ont d’ailleurs été proposés (avec un marketing révoltant) pour déprimer le système immunitaire et réduire la réaction inflammatoire qu’il gouverne.
Il est curieux que ces propriétés qui faisaient il y a peu la une des revues médicales aient été si rapidement oubliées…
Des margarines ou des yaourts enrichis en stérols végétaux diminuent le cholestérol mais aussi l’absorption digestive de substances (caroténoïdes) importantes pour une réponse immunitaire efficace.

En l’absence d’effet bénéfique prouvé sur les maladies cardiovasculaires, il est urgent de remettre en question sereinement ces pratiques (ainsi que le marketing effréné qui les accompagne) car ces aliments artificiels (de même que les médicaments anti-cholestérol) cumulent les effets délétères pour le système immunitaire.

QUESTION SUBSIDIAIRE, IMMEDIATE ET EVIDENTE APRES AVOIR LU CE QUI PRECEDE

Comment se protéger à la fois des maladies cardiovasculaires et des virus ?

La seule solution, sur une base scientifique, reste la diète méditerranéenne traditionnelle.
C’est un peu ringard, c’est vrai, mais je suis désolé de dire que c’est le cas !
En disant les choses vite, on préfère les viandes maigres, les poissons (riches en protéines, iode, sélénium et vitamine D, tous essentiels au système immunitaire) et les œufs.
Si on consomme des produits laitiers, ils sont fermentés (ce qui est favorable à la flore intestinale) ; et les céréales sont complètes (même chose concernant la flore).
Ces aliments apportent de quoi nourrir le système immunitaire, notamment des protéines de qualité et les cofacteurs de la synthèse des protéines.
Les huiles sont, comme d’habitude, d’olive ou de colza.
La consommation modérée de vin n’est pas déconseillée car (contrairement aux autres alcools) elle semble associée à une diminution des infections saisonnières.
Ce mode alimentaire, riche en fruits, légumes et légumineuses, apporte aussi des oligoéléments, vitamines et polyphénols (notamment ceux de l’ail, de l’oignon et des herbes aromatiques, basilic, romarin, thym) qui participent aux défenses anti-infectieuses.
Dans certaines conditions (par exemple, mais pas exclusivement, chez les personnes âgées), et surtout si la vague épidémique arrive sur nous plus rapidement que prévu, il ne faudra pas hésiter à utiliser des compléments nutritionnels, au moins de façon transitoire.
Le but serait de corriger certaines déficiences sévères, notamment en oligoéléments (surtout en zinc et sélénium) et en vitamines, particulièrement la vitamine A et celles du groupe B.
En dehors de cas cliniques spécifiques pris en charge médicalement (et qui ne sont pas rares), on sera particulièrement attentif à la situation nutritionnelle des catégories sociales défavorisées, et aux âges extrêmes de la vie, les plus âgées et les tout petits !
Des compléments nutritionnels variés existent dans le commerce, assez couteux, et je n’en citerai aucun pour ne pas faire de publicité. Pour les vitamines du groupe B, un mélange de vitamines B6, B9, et B12 est vivement conseillé et comme un seul complément correctement dosé existe en France (Mix3B*), je ne crains pas de le citer. Prébiotiques et probiotiques ne seront pas inutiles pour conserver une flore intestinale optimale. On en trouve aussi dans le commerce sous des marques variées.