Le retour des oméga-3 (épisode 1)

Les acides gras oméga-3 sont importants pour notre santé.

On pourrait (je l’ai fait) écrire un livre à leur propos.

Comme mes équipes ont activement participé dans les années 1980-1990 à leur émergence comme substances essentielles à la santé cardiovasculaire, j’ai une connaissance historique de leurs aventures dans les médias professionnels et aussi les vulgaires (du latin vulgus…)

Pourquoi des aventures ?

Parce qu’après avoir été célébrés comme des substances miracles – jusqu’à être remboursées par la sécurité sociale quand elles étaient vendues sous forme de capsules d’huile de poisson – les oméga-3 ont été rejetés sous prétexte d’inutilité médicale [on dit “futilité” en franglais] et les capsules ont été déremboursées.

C’est un beau témoignage que la bonne médecine et la bonne science sont incompatibles avec la marchandisation du vivant.

Je vais être bref ici, presque anecdotique.

Qu’avions-nous montré dans les années 1980-1990 ?

Une forte évidence : il ne faut pas être déficitaire ou insuffisant en oméga-3.

C’était donc une approche nutritionnelle : il fallait des apports suffisants (indispensables) en oméga-3 marins et végétaux !

Je n’étais pas le seul à le dire ; mais notre approche très spécifique fut de montrer que les oméga-3 des plantes étaient aussi importants que les marins surtout si on avait aussi dans notre alimentation les ingrédients permettant de transformer nous-mêmes les oméga-3 des plantes en oméga-3 marins.

Nous sommes très fiers de l’ensemble du travail, quoique le niveau intellectuel nécessaire pour en comprendre la portée dépasse notablement les capacités des académiciens parisiens… Oups !

Le message fut extraordinairement bien compris par les populations [ce qui explique en partie mon incommensurable célébrité et, en parallèle, la haine que je suscite auprès des académiciens parisiens] ; et un peu partout dans le monde, la consommation de poissons et d’huiles riches en oméga-3 explosa.

Et dans nos propres études, nous avons vu les niveaux sanguins d’oméga-3 chez nos patients augmenter inexorablement avec le temps. La probabilité d’identifier un déficit en oméga-3 chez nos patients cardiaques s’est effondrée.

Nous avons ainsi participé, je le déplore, à la surpêche et à la crise actuelle de l’industrie des produits de la mer !

Car, depuis cette époque mémorable, tout le monde sait que le poisson (non contaminé) est bon pour la santé et que les aliments végétaux riches en oméga-3 sont également bons pour notre santé.

En parallèle à ce phénomène sociétal, des marchands de capsules d’huile de poisson ont monté des grands essais cliniques chez des patients cardiaques pour démontrer que leurs capsules étaient des médicaments. C’était une erreur.

Pour être utiles (sous forme alimentaire ou sous forme de capsule), les oméga-3 doivent être apportés à des personnes déficitaires ou insuffisantes en oméga-3. Si on n’est pas déficitaire, les oméga-3 n’apportent pas de bénéfice.

Les oméga-3 ne sont pas des médicaments, ce sont des nutriments ! De même que la nutrition n’est pas de la pharmacologie !

Bref, comme leurs patients cardiaques avaient d’eux-mêmes corrigé leurs déficits en oméga-3, les suppléments sous forme de capsules n’eurent pas d’effet bénéfique par rapport à un placebo dans les essais cliniques de l’époque (première décennie du 20ème siècle) et les investigateurs déçus de leur possible business décrétèrent que les oméga-3 n’avaient pas d’intérêt médical.

En effet, si les patients du groupe placebo avaient été correctement informés du but de l’étude (ce que la Loi exige), il leur suffisait de manger une ou deux portions de poisson gras par semaine pour corriger leur éventuel déficit. Aucune chance dans ce cas de montrer l’intérêt médical des capsules.

Et ainsi se termina, dans le tristesse, le premier épisode de aventures des oméga-3.

Ça nous faisait bien rire d’entendre les académiciens parisiens conclurent grossièrement qu’ils avaient la preuve, une fois de plus, que la nutrition ne jouait aucun rôle dans les maladies cardiovasculaires.