Comment un risque familial (ou génétique) peut être neutralisé par un mode de vie protecteur

 
Nous savons depuis longtemps que le risque héréditaire de maladies cardiovasculaires [on dit aussi risque familial ou risque génétique] peut être, en partie ou totalement, neutralisé par l’adoption d’un mode de vie protecteur.
Nous le savons parce que, dans certains pays, les maladies cardiovasculaires sont (presque) soudainement apparues au décours de la seconde guerre mondiale, époque d’une extraordinaire modification des modes de vie, et notamment de s’alimenter, en parallèle à une évolution radicale des techniques de l’agriculture et de l’élevage (ladite révolution verte).
Avant, au Japon ou dans les pays méditerranéens, les médecins voyaient très peu ou pas du tout (ça dépend des endroits) d’infarctus du myocarde ; après, la courbe s’envole… pas très haut certes à côté des USA ; mais, partant de zéro, c’est impressionnant !
Facile de comprendre que la génétique des populations ne s’est pas modifiée entre 1940 et 1970 au Japon, en Italie ou en Grèce. Avant, y avait pas ; après, il y a de plus en plus avec les mêmes prédispositions (ou non-prédispositions) génétiques. Curieux !
Facile (à nouveau) de comprendre que ce qui est prépondérant ce n’est donc pas ladite prédisposition génétique puisqu’elle était presque totalement neutralisée avant 1940.
Bon ! On le savait mais on avait oublié !
Pas tous !
L’amnésie n’est pas non plus une fatalité ; merci de relire certains de mes ouvrages [par exemple, Prévenir l’infarctus et l’AVC] où le rôle éventuel de la génétique des maladies cardiovasculaires est très bien expliquée… En toute humilité… Bien sûr !
Pourquoi y revient-on aujourd’hui ?
Parce que des investigateurs américains reprennent cette question avec une approche nouvelle et amusante.
Ça ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà mais c’est amusant ; d’un point de vue technique ; et puis il faut bien occuper toute cette jeunesse entre les repas…
L’époque le veut ainsi : on s’amuse d’un rien avec des objets technologiques ; ce qui permet d’évacuer les vrais problèmes qui ont l’inconvénient majeur de “couper l’appétit” ; ce qui est désobligeant pour les “chefs” qui veulent [qui doivent] occuper leurs ouailles avant de passer à table… en espérant qu’ils dégusteront avec enthousiasme les mets délicieux qu’ils leur ont préparés.
Et voilà comment, Madame la Duchesse, nous voilà tous, un beau matin, “trumpés” ou “brexités” sans avoir vu venir le missile… Telle est l’époque ! Faut s’y faire !
L’objet technologique du jour, c’est un score génétique supposé prédire le risque de complications cardiovasculaires à venir.
C’est là :   http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1605086
Nos collègues américains ont mis en parallèle ce score génétique [je fais comme si c’était de la très bonne science…] calculé chez des dizaines de milliers de patients américains et européens (des deux sexes et d’âge variable) avec un score de mode de vie.
Ils ont défini un (score de) mode de vie plus ou moins protecteur en fonction de 4 critères :
1) tabac ou pas ;
2) différents degrés de surpoids ;
3) différents degrés d’activité physique ;
4) différents degrés de nutrition protectrice.
C’est d’une incroyable naïveté mais d’une grande simplicité pour ensuite faire des calculs statistiques. C’est donc à prendre “avec des pincettes” et le nez bouché, comme tous les objets technologiques inutiles qui parasitent la vie quotidienne des braves gens : la nutrition protectrice dont ils parlent, par exemple, est très loin de la diète méditerranéenne. Pourrait mieux faire donc !
Ce qui étonnant c’est qu’avec des objets technologiques aussi frustres, nos amis parviennent quand même à “retrouver” (faire jaillir selon eux) des évidences connues de longue date. Et pas qu’un peu.
Je résume : si vous avez un mode de vie protecteur, vous annulez en partie les effets délétères liés à vos prédispositions génétiques.
D’environ 50%, selon nos athlètes, ce qui à mon avis est déjà considérable vu la grossièreté des méthodes utilisées.
Autrement dit, si vous avez un mode de vie protecteur, mais un vrai mode de vie protecteur tel que décrit dans notre livre Prévenir l’infarctus et l’AVC, pas un ersatz tel que celui décrit dans l’article suscité, vous pouvez réduire à presque rien le risque de maladies cardiovasculaires ; et cela quel que soit votre risque familial ou héréditaire ; et sans médicament !
Rapport bénéfice/risque de ce traitement imbattable !
Et cela concerne toutes les formes de prédisposition génétique, y compris celles liées aux anomalies génétiques du métabolisme des lipoprotéines [parfois appelées hypercholestérolémies familiales par ceux qui veulent vendre des médicaments anticholestérol] qui sont incluses dans le score génétique utilisé dans cette étude américaine…
Attention, j’ai écrit “presque rien” ; ce qui veut dire qu’il y a évidemment des exceptions [version soft des probabilités] ; dont j’ai parlé dans mon dernier livre “L’Horrible vérité sur…“.
Ces exceptions (par exemple les Hypercholestérolémies Familiales homozygotes) représentent peut-être un sujet pour un million ; et sont évidemment “noyées” dans les analyses rapportées par nos amis américains.
J’espère que tout le monde a compris !
Pas bon pour le business tout ça ! Ne pas répéter ! Ça peut fâcher !