Qui est Pasteur ? Que lui doit-on ?

Louis Pasteur fait l’objet de disputes incessantes. Les uns en font un mythe (bienfaiteur de l’humanité) ou une légende (l’inventeur du vaccin contre la rage) tandis que d’autres le détestent et en font un usurpateur.

Ces positions extrémistes ne sont pas rationnelles et ne reposent pas sur une bonne connaissance du personnage…

Mais il est le plus célèbre des français hors de France.

Mieux que Charles de Gaulle et Jeanne d’Arc !

Il faut le faire…

J’ai longtemps (comme étudiant en médecine puis médecin praticien puis chercheur) plus ou moins ignoré cette personne l’ayant relégué dans les caveaux de l’Histoire de la Médecine.

Le vaccin contre la rage ? Pasteur ! Je n’allais pas plus loin, préoccupé que j’étais par les progrès accélérés de la médecine.

Ce sont des collègues du CNRS qui ont attiré mon attention sur Pasteur me disant que c’était, plus ou moins, un escroc voire un psychopathe. Je me suis réveillé sans pour autant me passionner.

J’écoutais, je vérifiais mais j’étais peu passionné ; contrairement à d’autres.

Je le confesse, les disputes de Pasteur (contre Claude Bernard ou contre Antoine Béchamp) ne m’intéressaient pas. Je n’avais pas besoin de Pasteur pour travailler sur la médecine des vaccins car, lors de mes recherches intensives, rien venant de Pasteur ne m’était utile. C’était un homme d’un autre siècle (funérailles nationales et grandioses en 1895) et la vaccinologie moderne est bien autre chose que ce que connût Pasteur.

Invité récemment à donner des conférences dans le Jura, je me suis attardé dans la petite ville de Dole où se trouve la Maison natale de Pasteur, transformée en musée ; et que j’ai visitée.

On y passe une petite heure – c’est plus le travail du cuir que la vie de Pasteur qui m’a intéressé – et on termine sur une boutique où se vendent quelques livres retraçant la vie de Pasteur.

J’y ai trouvé un livre « Pasteur » [son auteur, un certain Michel Morange] qui m’a convaincu que Pasteur était bien plus que le supposé « inventeur » du vaccin contre la rage.

Je recopie les dernières phrases de la 4ème de couverture du livre de Michel Morange : « ce livre renouvelle l’interprétation de plusieurs facettes d’une œuvre qu’il invite à redécouvrir. Sans rien dissimuler des faiblesses de l’homme, ses ambitions effrénées, son oubli des apports de ses prédécesseurs et de ses collaborateurs, sa hargne polémique… Un immense savant sous les traits d’un homme ordinaire jusque dans ses défauts. »

Ainsi Michel Morange n’essaie pas de nous faire croire au surhomme ; d’où l’intérêt du livre.

Pasteur était apparemment un formidable homme de son époque avec de terribles défauts le rendant à la fois très antipathique (il fut un ennemi de la Commune de Paris) mais aussi très humain. Surtout, la description de sa démarche scientifique (si on peut le dire ainsi de nos jours) ou au moins de son parcours d’investigateur sont à mon avis très intéressants indépendamment de sa personnalité.

Je sais que certains – y compris des personnes qui ont beaucoup travaillé sur Pasteur – le détestent. Peu m’importe.

Michel Morange s’appuie notamment sur les cahiers de laboratoire de Pasteur. Ce sont des documents irremplaçables (indéformables) pour comprendre Pasteur et son époque.

Pour l’investigateur (en médecine expérimentale et en recherche clinique) que j’ai longtemps été, je suis plein d’admiration pour le Pasteur investigateur. C’est un travailleur acharné qui maintes fois vérifie ses expériences ; et aussi celles des autres. Il a reconnu ses erreurs et il a su, habilement, régénéré son parcours en changeant de thèmes d’investigation

Malgré des problèmes de santé (plusieurs AVC), il a travaillé dur jusqu’à la fin de sa vie. Je ne suis pas sûr qu’il ait été toujours très bien entouré, notamment au moment de l’épisode terminal sur le vaccin contre la rage qui, contrairement à la légende, n’est pas la période la plus glorieuse du Pasteur investigateur.

Concernant ce dernier point (le vaccin contre la rage), les documents cités par Michel Morange – je ne suis pas sûr qu’il en ait eu conscience – montrent que cette supposée « invention » est plus que problématique. J’y reviendrai dans un autre article si la demande m’en est faite.

Ceci étant dit, il faut rappeler que Pasteur n’est pas un médecin, un pharmacien ou un biologiste? Peut-on dire qu’il eût une formation en chimie et en sciences naturelles ? Peu importe.

Ses travaux initiaux (très chimiques) sur le tartrate, le paratartrate et l’asymétrie moléculaire peuvent nous laisser indifférents à première vue ; mais c’est, si j’ai bien compris, la première fois que l’utilisation d’un microscope permet d’élaborer une théorie solide sur des substances étranges. A mon avis, c’est le point crucial de la carrière débutante de Pasteur. Il voit au microscope des choses que l’œil ne voit pas ; et c’est la porte ouverte vers le monde microscopique, celui des micro-organismes comme on dira un peu plus tard.

C’est aussi – mais j’en discuterai dans un autre article – l’ouverture vers l’étude de la fermentation et le début de la bagarre à propos de la « génération spontanée ».

C’est déjà beaucoup pour un seul homme à une époque où les moyens de la recherche sont primaires.

Je conclue cet article par une seule phrase un peu provocatrice : Pasteur fut un grand savant (pour son époque) – et certainement pas le seul puisqu’il côtoie Claude Bernard, Antoine Béchamp et Robert Koch – mais certainement pas pour avoir supposément inventé le vaccin contre la rage !

Et dans le même ordre d’idées (allez savoir pourquoi !), je vous propose un peu de Richard Strauss :

An Alpine Symphony | Giuseppe Sinopoli and the Staatskapelle Dresden