Qui est Pasteur ? Que lui doit-on ?
Louis Pasteur fait l’objet de disputes incessantes. Les uns en font un mythe (bienfaiteur de l’humanité) ou une légende (l’inventeur du vaccin contre la rage) tandis que d’autres le détestent et en font un usurpateur.
Ces positions extrémistes ne sont pas rationnelles et ne reposent pas sur une bonne connaissance du personnage…
Mais il est le plus célèbre des français hors de France.
Mieux que Charles de Gaulle et Jeanne d’Arc !
Il faut le faire…
J’ai longtemps (comme étudiant en médecine puis médecin praticien puis chercheur) plus ou moins ignoré cette personne l’ayant relégué dans les caveaux de l’Histoire de la Médecine.
Le vaccin contre la rage ? Pasteur ! Je n’allais pas plus loin, préoccupé que j’étais par les progrès accélérés de la médecine.
Ce sont des collègues du CNRS qui ont attiré mon attention sur Pasteur me disant que c’était, plus ou moins, un escroc voire un psychopathe. Je me suis réveillé sans pour autant me passionner.
J’écoutais, je vérifiais mais j’étais peu passionné ; contrairement à d’autres.
Je le confesse, les disputes de Pasteur (contre Claude Bernard ou contre Antoine Béchamp) ne m’intéressaient pas. Je n’avais pas besoin de Pasteur pour travailler sur la médecine des vaccins car, lors de mes recherches intensives, rien venant de Pasteur ne m’était utile. C’était un homme d’un autre siècle (funérailles nationales et grandioses en 1895) et la vaccinologie moderne est bien autre chose que ce que connût Pasteur.
Invité récemment à donner des conférences dans le Jura, je me suis attardé dans la petite ville de Dole où se trouve la Maison natale de Pasteur, transformée en musée ; et que j’ai visitée.
On y passe une petite heure – c’est plus le travail du cuir que la vie de Pasteur qui m’a intéressé – et on termine sur une boutique où se vendent quelques livres retraçant la vie de Pasteur.
J’y ai trouvé un livre « Pasteur » [son auteur, un certain Michel Morange] qui m’a convaincu que Pasteur était bien plus que le supposé « inventeur » du vaccin contre la rage.

Je recopie les dernières phrases de la 4ème de couverture du livre de Michel Morange : « ce livre renouvelle l’interprétation de plusieurs facettes d’une œuvre qu’il invite à redécouvrir. Sans rien dissimuler des faiblesses de l’homme, ses ambitions effrénées, son oubli des apports de ses prédécesseurs et de ses collaborateurs, sa hargne polémique… Un immense savant sous les traits d’un homme ordinaire jusque dans ses défauts. »
Ainsi Michel Morange n’essaie pas de nous faire croire au surhomme ; d’où l’intérêt du livre.
Pasteur était apparemment un formidable homme de son époque avec de terribles défauts le rendant à la fois très antipathique (il fut un ennemi de la Commune de Paris) mais aussi très humain. Surtout, la description de sa démarche scientifique (si on peut le dire ainsi de nos jours) ou au moins de son parcours d’investigateur sont à mon avis très intéressants indépendamment de sa personnalité.
Je sais que certains – y compris des personnes qui ont beaucoup travaillé sur Pasteur – le détestent. Peu m’importe.
Michel Morange s’appuie notamment sur les cahiers de laboratoire de Pasteur. Ce sont des documents irremplaçables (indéformables) pour comprendre Pasteur et son époque.
Pour l’investigateur (en médecine expérimentale et en recherche clinique) que j’ai longtemps été, je suis plein d’admiration pour le Pasteur investigateur. C’est un travailleur acharné qui maintes fois vérifie ses expériences ; et aussi celles des autres. Il a reconnu ses erreurs et il a su, habilement, régénéré son parcours en changeant de thèmes d’investigation
Malgré des problèmes de santé (plusieurs AVC), il a travaillé dur jusqu’à la fin de sa vie. Je ne suis pas sûr qu’il ait été toujours très bien entouré, notamment au moment de l’épisode terminal sur le vaccin contre la rage qui, contrairement à la légende, n’est pas la période la plus glorieuse du Pasteur investigateur.
Concernant ce dernier point (le vaccin contre la rage), les documents cités par Michel Morange – je ne suis pas sûr qu’il en ait eu conscience – montrent que cette supposée « invention » est plus que problématique. J’y reviendrai dans un autre article si la demande m’en est faite.
Ceci étant dit, il faut rappeler que Pasteur n’est pas un médecin, un pharmacien ou un biologiste. Peut-on dire qu’il eût une formation en chimie et en sciences naturelles ? Peu importe.
Ses travaux initiaux (très chimiques) sur le tartrate, le paratartrate et l’asymétrie moléculaire peuvent nous laisser indifférents à première vue ; mais c’est, si j’ai bien compris, la première fois que l’utilisation d’un microscope permet d’élaborer une théorie solide sur des substances étranges. A mon avis, c’est le point crucial de la carrière débutante de Pasteur. Il voit au microscope des choses que l’œil ne voit pas ; et c’est la porte ouverte vers le monde microscopique, celui des micro-organismes comme on dira un peu plus tard.
C’est aussi – mais j’en discuterai dans un autre article – l’ouverture vers l’étude de la fermentation et le début de la bagarre à propos de la « génération spontanée ».
C’est déjà beaucoup pour un seul homme à une époque où les moyens de la recherche sont primaires.
Je conclue cet article par une seule phrase un peu provocatrice : Pasteur fut un grand savant (pour son époque) – et certainement pas le seul puisqu’il côtoie Claude Bernard, Antoine Béchamp et Robert Koch – mais certainement pas pour avoir supposément inventé le vaccin contre la rage !
Et dans le même ordre d’idées (allez savoir pourquoi !), je vous propose un peu de Richard Strauss :
An Alpine Symphony | Giuseppe Sinopoli and the Staatskapelle Dresden
Ah, comme je suis content de voir germer cette petite graine !
Pasteur, il y a tant à en dire et surtout quelle différence entre l’homme et son image d’Epinal ! En gros, pas vraiment de qualités humaines et un mauvais scientifique même si un gros bosseur (il est hors de question de discuter les hypothèses de Mr Pasteur). Tout l’opposé d’un Pierre ou d’une Marie Curie dont Einstein dit « Mme Curie, est de tous les être célèbres, le seul que la gloire n’a pas corrompu ». – ils refusaient les décorations et réclamaient à la place un laboratoire pour travailler.
Coté Dr Jekyll, à son actif il a observé que la déviation de la lumière était causée par un certain « type » de cristaux mais il n’a jamais approfondi ce qui allait devenir la stéréochimie (voir carbone asymétrique, série S et R, molécules biologiques…).
A son actif aussi, la création de l’institut Pasteur qui a attiré plusieurs personnages de grande valeur comme Metchnikoff (phagocytose, immunologie inné – voir le livre de Yves Carton Immunité innée : De Louis Pasteur à Jules Hoffmann), Yersin ou Emile Roux qui en gros a tout fait concernant la rage mais refusait la vaccination humaine à ce stade. Un livre dont le titre est très réducteur parle de tous ces brillants collaborateurs : « Génie de Pasteur au secours des poilus ».
Coté Mr Hyde, un personnage courant après la reconnaissance (il a obtenu tous les grades de la légion d’honneur et un enterrement national). Il a inventé le lobyying auprès de Napoléon III et de l’impératrice et après la défaite de 1870.
Pour voir comment il a pillé ses contemporains, lire « Pasteur ou l’usurpa(s)teur ? par le Docteur André BORGOMANO – https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie/ressources/recherche/conference/4282
Et concernant la rage, son protocole est aberrant surtout lorsque le patient est suspecté de rage depuis plusieurs jours. En gros, il est probable que son vaccin a fait plus de mal que de bien. Heureusement, depuis longtemps le vaccin contre la rage n’a plus rien de commun avec celui de Pasteur !
Dans le cas de Jules Rouyer dont le permis d’inhumer fut refusé suite à la plainte de ses parents, l’autopsie prouva la mort par la rage… injectée, et une fausse déclaration fut faite devant la justice, pour que l’étude des vaccins ne prenne pas 50 ans de retard ! Le propre neveu de Pasteur, Adrien Loir qui participa à l’opération le raconta 30 ans après… et le petit fils de Pasteur fit tout pour faire disparaitre ses écrits ! (lire « Le neveu de Pasteur »).
Merci beaucoup pour ce commentaire très intelligent et apparemment bien documenté.
Apparemment vous êtes un anti-Pasteur !
Vous n’êtes pas le seul.
Cela dit je vous trouve sévère : « un mauvais scientifique » vous dites ?
Certes, selon nos critères modernes !
Mais, à y regarder de près, de nos jours, il n’y a pas beaucoup de « bons scientifiques ».
Bon, même parmi les « bons », peu sont célébrés comme Pasteur l’a été et continue de l’être ; souvent de façon assez grossière.
Une fois dépassées ces questions « spectaculaires » (comme aurait dit Tonton Guy) que pouvons-nous retenir du Pasteur/investigateur ?
Attention, en faisant ce travail, il nous faut fermer nos yeux d’aujourd’hui et se transporter à son époque…
Qu’il ait été un « usurpateur » comme le prétend selon vous un certain Docteur André BORGOMANO me parait très injuste…
Mais n’ayant pas connu Pasteur moi-même, et pas non plus son époque, je n’oserais pas (comme le fait André BORGOMANO) l’insulter de la sorte…
Il ne faut pas se contenter du titre de l’exposé du Dr Borgomano présenté à l’Université de Montpellier. Juste un exemple, lors de l’expérience de Pouilly-le-Fort ou Pasteur veut démontrer l’efficacité de SON vaccin sur un troupeau infecté par le bacille du charbon… il utilise un vaccin préparé selon la méthode de Toussaint ! Usurpateur, le mot est bien faible !
Je n’y étais, moi non plus, mais il y a énormément de documents, surtout que Pasteur faisait un expérience le matin et en annonçait les résultats l’après-midi à l’Académie !
Voila le dernier chapitre de l’exposée de Borgomano, c’est un bon résumé :
« les étrangers n’ont pas été dupes qui, depuis plus d’un siècle, dénoncent l’imposture pasteurienne. vous vous demandez sûrement pourquoi ses descendants n’ont jamais porté plainte pour “calomnies” ou tout autre dénomination contre les auteurs de ces nombreux écrits, français et étrangers : la raison en est extrêmement simple : qui dit plainte dit tribunal, enquête et jugement. la décision des juges, au vu des documents produits, serait rapide et sans appel : condamnation.
il vaut donc mieux laisser ces écrits dans l’ombre, quoi qu’ils disent, car ils sont occultés par la conspiration du silence, ce qui n’est pas à l’honneur de la France.
Je persiste : le Dr André BORGOMANO ne plaisante pas…
Oui si vous pouvez nous éclairer sur ce que Pasteur a effectivement ou non découvert pour le vaccin de la rage ce serait très intéressant! merci d’avance
Ça va venir…
Pasteur s’est transformé à l’époque, guerre de 1870 en un symbole national aussi important que le drapeau, chouchou de l’impératrice, cela a beaucoup aidé sa notoriété nationale, c’était pasteur le français contre Koch l’allemand, donc l’ennemi. Tous les deux ont eu leur gloire transformée dans la création d’institut de recherche dans chacun de leur pays. Ici en France, chaque ville a sa clinique ou sa rue pasteur. Il savait aussi piquer les découverte des autres dont la fameuse pasteurisation due à Mr Appert bien avant lui. C’est lui aussi qui disait que le vin était la boisson la plus hygiénique avec le Dr Pinard de Nancy, qui a donné son nom au quart de vin des poilus pendant la grande guerre… le pinard c’est de la vinasse, aller Bidasse rempli mon quart…
Je suis assez d’accord pour le symbole national.
Mais pour Pasteur, comme pour Koch, il y a plus que ça !
C’est sur, ce sont des personnages très complexes, on attend avec impatience votre travail sur le vaccin antirabique hors de toute composantes émotionnelles qui entourent tout ce qu’a fait Pasteur
L’épisode du vaccin contre la rage est aussi très bien évoqué dans une autre biographie de Pasteur,
celle de Patrice Debré (l’immunologie de la salle Pétrière). Pasteur fut pourtant un personnage impressionnant par
l’ampleur de ses recherches dans des domaines très différents avec la capacité à se déplacer très
vite sur les lieux d’où on le sollicitait pour étudier les choses sur le terrain ! Certains médecins de
l’époque (particulièrement Lutaud A., 1887, Pasteur l’imposteur ? Réédition Paris, Talma studios, 2020.)
avaient bien perçu le problème pour le vaccin contre la rage… ce qui n’enlève rien à la combativité et aux qualités
du personnage !
Certes, le problème n’est pas (pas vraiment… Je ne l’ai pas connu…) l’homme mais le mythe ; puis l’hystérie vaccinaliste à laquelle l’Institut portant son nom contribue !
Je commente ici mais pour un de vos billets où les commentaires sont fermés : si un plus courageux que moi peut et veut analyser cette étude : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0277953626005691
En gros mortalité bien moindre qu’attendue du covid 19 dans une population amérindienne. Les auteurs cherchent plusieurs explications, par exemple une plus grande exposition à des pathogènes dans leur vie qui aurait entraîné leur système immunitaire (si j’ai bien compris) ou discussions sur les statuts en vitamine D, etc. Je suis moyennement fan maiw pourquoi pas. Il me semble que les aspects nutrition, moins de pollution, moins de médicaments dont moins d’ipp pour ces populations sont pas assez abordés mais par manque de temps ma lecture a été rapide. Peut-être que d’autres parmi vous liront de façon plus poussée.
Merci ; c’est un travail intéressant qui confirme d’autres données moins spécifiques.
Dans la majorité des pays en développement (avec des conditions d’existence primaires pour la majorité), la Covid-19 a été bénigne…
C’est dans les zones urbaines très développées (avec une hygiène très élaborée) que la Covid a fait des ravages.
La combinaison d’une population particulièrement jeune (avec un âge médian d’à peine 18 ans et seulement 3 à 4 % de personnes appartenant à la catégorie à risque des plus de 65 ans), de l’absence de maladies de civilisation et d’un système immunitaire parfaitement calibré par son environnement naturel est probablement à l’origine de ce « miracle » bolivien.
Cependant, la jeunesse de la population et la rareté des comorbidités ne constituent pas la seule explication. Les auteurs le soulignent explicitement dans les points clés officiels de leur recherche (Highlights) : « Young age structure and low comorbidity do not account for the low mortality. »
Pour le démontrer scientifiquement, les chercheurs ont appliqué une standardisation mathématique par l’âge. Ce modèle épidémiologique a calculé les décès « attendus » sur la base des données de référence occidentales pour ces mêmes tranches d’âge. Le résultat a révélé une divergence massive, le taux de mortalité réel des Tsimane (0,009 %) était 23 fois inférieur à ce que la seule structure par âge prédisait.
Une puissante protection biologique devait donc être à l’œuvre.
Les analyses sanguines des groupes autochtones ont révélé trois particularités biologiques concrètes, documentées dans l’étude:
-Une réponse anticorps massive et indépendante de l’âge :
Après l’infection, les Tsimane et les Moseten présentaient en moyenne des concentrations d’anticorps spécifiques à la COVID-19 (titres d’IgG) et des valeurs de séroneutralisation (NT₅₀) plus de deux fois supérieures à celles d’une cohorte de comparaison européenne issue de l’étude française SAPRIS „Antibody status and cumulative incidence of SARS-CoV-2 infection among adults in three regions of France following the first lockdown and associated risk factors: a multicohort study“ (Carrat et al., 2021)
(réf. Table 2; „Linear regression predicting ELISA antibody and viral neutralizing test (VNT) titers“)
Alors qu’en Occident, la capacité de neutralisation virale diminue drastiquement avec l’âge en raison du vieillissement immunitaire (immunosénescence), cette réponse anticorps est restée totalement intacte, même chez les membres les plus âgés des Tsimane, comme le démontrent la figure 2 et la section « Supplementary Methods: Seroneutralization and Titer Analyses across Age Cohorts »
-Les profils sanguins à long terme des participants ont révélé des niveaux de base fortement élevés pour certains globules blancs, en particulier les lymphocytes B, les cellules tueuses naturelles (NK) et les éosinophiles, détaillés dans une étude antérieure „Immune function in Amazonian horticulturalists“ Blackwell et al., 2016
En raison de leur vie en pleine nature et d’un contact permanent avec des parasites tropicaux (comme les vers intestinaux), ces cellules de défense circulent donc déjà en grand nombre et sont probablement mobilisés dans le sang contre le virus.
-De plus, les Tsimane possèderaient les artères les plus saines au monde, ce qui semble avoir constitué un bouclier féroce contre les complications cardiovasculaires et thrombotiques de la COVID-19. Cette découverte cardiovasculaire provient d’une étude “Coronary atherosclerosis in indigenous South American Tsimane: a cross-sectional cohort study“ publiée dans The Lancet (2017).
Merci beaucoup pour ces informations très intéressantes que chacun d’entre nous peut interpréter à sa façon.
Pour ma part, je vous suis parfaitement jusqu’au dernier paragraphe où vous déclarez que les « Tsimane possèderaient les artères les plus saines au monde ».
Pour cela, vous citez une étude publiée dans le Lancet en 2017 [Coronary atherosclerosis in indigenous South American Tsimane]
Or, dans cette étude, on n’étudie pas la présence réelle de plaques réelles d’athérosclérose. On mesure les dépôts de calcium dans la paroi des artères. Ce n’est pas la même chose ; pas du tout.
On peut avoir du calcium dans ses artères pour des raisons variées et ne pas faire d’infarctus et ne pas avoir des plaques. Ce paramètre, célébré par les conventionnels, est un très mauvais « paramètre de substitution » comme l’est également le cholestérol ou la CRP qui, d’ailleurs, est élevée chez ces populations.
Les autres paramètres de substitution mesurés dans l’article du Lancet sont sans intérêt. Donc, nous ne savons rien du risque cardiovasculaire dans cette population…
-Merci pour ces précisions.
L’étude du Lancet semble s’inscrire dans un suivi de terrain beaucoup plus large.
Le Tsimane Health and Life History Project (https://tsimane.anth.ucsb.edu/) suit cette population de manière longitudinale depuis plus de 20 ans.
Les examens cliniques réguliers (électrocardiogrammes) et les autopsies verbales menés sur deux décennies démontreraient que les infarctus du myocarde et les AVC cliniques sont des événements exceptionnellement rares, voire quasi inexistants dans cette population.
Concernant la valeur clinique d’un score calcium de « 0 » ; comment interpréter les études épidémiologiques (comme la cohorte MESA) publiées dans le JACC démontrant qu’un score calcuim de 0, en l’absence de troubles métaboliques (pas de diabète, pas de tabagisme), offre une « période de garantie » clinique allant jusqu’à 15 ans contre un événement cardiovasculaire majeur.
(„A 15-Year Warranty Period for Asymptomatic Individuals With a Coronary Artery Calcium Score of 0“)
A l´inverse chez les profils à risque métabolique, cette garantie chute (de 3 à 7 ans)
(« Warranty Period of a Calcium Score of Zero: Comprehensive Analysis From MESA »)
Sans compétences médicales, je ne peux pas me prononcer sur la pertinence de ces informations. Néanmoins il me semble qu´Il existe pourtant un parallèle cohérent entre le suivi longitudinal du Tsimane Health and Life History Project et les conclusions du JACC sur le score calcique.
-C´est peut-être intéressant: L’étude du Lancet fournit également des informations détaillées sur l´ alimentation et l´activité physique des Tsimane.
Une alimentation « du champ au feu de bois »; leur apport calorique quotidien est composé à 67 % de glucides complexes, non transformés et riches en fibres (bananes plantains, manioc, maïs, riz). Les protéines (17 %) proviennent de poissons frais (comme le piranha ou le poisson-chat) et de gibier maigre de la jungle. Le profil lipidique est exemplaire : seulement 5 % de graisses saturées et une consommation de graisses trans quasi nulle (< 0,01 %).
Une activité physique d'athlètes de haut niveau : Vivant à l'écart de la sédentarité industrielle, ils passent moins de 10 % de leurs heures de vigilance assis. Grâce aux activités quotidiennes de subsistance, les hommes effectuent en moyenne 17 000 pas par jour et les femmes 16 000 pas, ce qui en fait, selon les chercheurs, de véritables athlètes à vie.
https://www.lipid.org/resource/can-coronary-artery-disease-be-prevented-lessons-learned-from-ancient-mummies-to-the-contemporary-tsimane-of-the-bolivian-amazon/
Merci beaucoup (encore) pour ces informations.
Je suis globalement d’accord avec vous et je n’ai pas dit que cette population n’était pas à faible risque ; seulement que les facteurs de substitution à la clinique réelle des maladies cardiovasculaires n’étaient pas les bons. En fait, il n’y en a pas !
Cela dit, si le score calcique par lui-même est sans intérêt, il ne vous a pas échappé (si vous avez lu le livre « Comment échapper à l’infarctus… » du célèbre Dr de Lorgeril) qu’un des facteurs qui contribuent à la calcification des artères (outre le diabète, l’insuffisance rénale, le déficit en Vit K…) est la dangereuse Lipoprotéine (a) qui non seulement est un facteur thrombogénique majeur (que les conventionnels commencent à peine à découvrir ; alors que je la mesurais déjà dans les années 1980 avec mes amis lyonnais…) mais aussi calcifie la valve aortique.
Dit autrement, si tu veux connaître ton risque, ne fais pas le score calcique, il y a beaucoup mieux à faire…
N’ayant pas beaucoup de temps à consacrer aux Tsimanes, j’ai une question pour vous : quelle est leur espérance de vie au 21ème siècle ?
Espérance de vie: 53 ans, mortalité infantile élevée avant 3 ans. Les survivants vivent vieux. Sélection naturelle, non?
Merci de l’info.
Ils sont en bonne santé mais ils ne vivent pas vieux !
C’est la grande différence avec les zones dites « bleues » où, selon certains, pullulent les centenaires.
Pas facile !
Merci pour ces précisions.
Comme je suis votre blog depuis quelques années, je suis au courant concernant la lipoprotéine (a). Il y a quelque temps, j’ai d’ailleurs acheté un lot d’une dizaine de vos livres, dont « Prévenir l’infarctus et l’AVC.. ».
J’avoue avoir choisi de lire en premier ceux sur la vaccination, mais je vais me mettre à la lecture de celui-ci.
Concernant les données relatives à l’âge et à l’espérance de vie des Tsimané, voici un extrait du document de Michael Gurven et al. (2007) intitulé « MORTALITY EXPERIENCE OF TSIMANE AMERINDIANS OF BOLIVIA: REGIONAL VARIATION AND TEMPORAL TRENDS », publié dans le cadre du Tsimane Health and Life History Project (Abstract, page 2).
“This paper examines regional and temporal trends in mortality patterns among the Tsimane, a population of small-scale forager-horticulturalists in lowland Bolivia.
We compare age-specific mortality in remote forest and riverine regions with that in more acculturated villages and examine mortality changes among all age groups over the past fifty years.
Discrete- time logistic regression is used to examine impacts of region, period, sex and age on mortalityhazard. Villages in the remote forest and riverine regions show 2-4 times higher mortality rates from infancy until middle adulthood than in the acculturated region.
While there was little change in mortality for most of the life course over the period 1950-89, overall life expectancy at birth improved by 8 years from 45 to 53 after 1990.
In both periods, over half of all deaths were due to infectious disease, especially respiratory and gastrointestinal infections. Accidents and violence accounted for a quarter of all deaths.
Unlike typical patterns described by epidemiologic transition theory, we find a much larger period reduction of death rates during middle and late adulthood than during infancy or childhood. In the remote villages, infant death rates changed little, whereas death rates among older adults decreased sharply. We hypothesize that this pattern is due to a combination of differential access to medical interventions, a continued lack of public health infrastructure and Tsimane cultural beliefs concerning sickness and dying…”
https://escholarship.org/content/qt6rf56475/qt6rf56475_noSplash_5718cfce7fa6338fe03f56c0500ff422.pdf
Merci à nouveau de ces infos.
Certains assurent que moins il y avait d’hygiène (individuelle et générale) dans une population et plus on résistait à la Covid-19.
C’est ce qui expliquerait la très faible mortalité Covid dans les pays en développement.
D’autres disent que la présence de vers (helminthes) en particulier dans les intestins serait protecteur. On en a déjà parlé !
Cela me rappelle une blague typique des internes des hôpitaux : « le patient est mort guéri »…
Dire qu’on ne comprend rien serait la conclusion la plus facile…
Une hypothèse.
-La présence massive et continue de bactéries et de parasites intestinaux — les helminthes — maintient le système immunitaire des Tsimané en état d’alerte constant. Cette vigilance permanente, objectivée par une protéine C-réactive (CRP) constamment élevée, permet de déployer une puissante réponse immunitaire face à un virus comme le SARS-CoV-2.
Toutefois, cette hyper-réactivité maintient le système immunitaire en état de veille active constant. Produire de fortes vagues d’anticorps exige un coût métabolique et une dépense d’énergie considérables. Déjà sursollicité par la lutte contre les parasites chroniques, l’organisme se retrouve alors souvent désarmé face aux infections aiguës courantes. Sans médecine moderne, ces dernières s’avèrent fréquemment mortelles dès le plus jeune âge, période où le système immunitaire est encore naïf et fragile.
Les Tsimané illustrent ainsi une adaptation parfaite pour la survie en milieu sauvage — soutenue par une activité physique exceptionnelle et une nutrition saine —, mais au prix d’une fragilité extrême face aux urgences infectieuses en l’absence de médecine moderne.
-Contrairement à l’isolement total des Tsimané ou à la sédentarité des grandes villes, les zones semi-rurales des pays en développement semblent offrir, en pratique, le meilleur compromis pour la santé. Bien que les études épidémiologiques comparent généralement les milieux strictement urbains et ruraux, des travaux théoriques comme « Old friends meet a new foe: A potential role for immune priming by helminth infections in modulating COVID-19 severity » associés à des données cliniques comme l’étude prospective « Effect of co-infection with intestinal parasites on COVID-19 severity » s’accordent à dire qu’un juste milieu environnemental avec une exposition modérée et régulière aux helminthes rééquilibre le système immunitaire.
Ce mécanisme permet donc à l’organisme de déployer une puissante réponse contre un virus comme SARS-CoV-2 tout en évitant une réaction inflammatoire disproportionnée et mortelle (la tempête de cytokines).
Ces populations gardent donc les bénéfices d’une alimentation saine très proche de la terre et d’une vie active, tout en bénéficiant d’un accès aux soins — bien que minimum — suffisant pour ne plus mourir d’une simple infection aiguë.
-À l’inverse, la médecine, l’assainissement de l’eau et l’abondance nutritionnelle ont d’abord permis à l’Occident d´endiguer les maladies infectieuses de masse en rendant les organismes plus résistants. Cependant, au fil du temps, ce nouveau mode de vie a favorisé une sédentarité extrême, une alimentation industrielle et une pollution environnementale qui ont totalement dénaturé notre écosystème.
Au cœur de ce milieu totalement artificialisé, le système immunitaire moderne a perdu ses repères d’autorégulation. Adapté à une vie en contact direct avec la nature, il se retrouve déréglé. Confronté à ces bouleversements, il tolère mal les agressions métaboliques et gère moins bien les infections aiguës.
Il se retourne contre l’organisme (maladies auto-immunes, allergies, diabète) ou s’emballe face aux virus émergents (tempêtes de cytokines).
Nous avons échangé le risque de mourir jeunes d’une maladie infectieuse ou parasitaire contre celui de souffrir à long terme de maladies chroniques et inflammatoires.
Bien vu !
Très possible.
Merci de partager cette vision très pessimiste mais probablement réaliste.
Les moins idiots d’entre nous ont déjà probablement anticipé !
A mon sens, mon point de vue, notre vision de la bonne santé ne correspond pas à la réalité de la bonne santé. D’abord notre milieux en évolution « polluante », ok plein de poisons qui circulent. Ensuite notre mode de vie, des activités physiques minimum pour beaucoup. Notre alimentation, on va dire « polluée ». En plus, nos « inquiétudes stressantes » programmées par notre système « économicoidéologique ». D’accord pour tout ça, c’est déjà beaucoup. Mais en plus, il nous faut être immortel. Notre vision de la santé nous emmène vers une dégénérescence ou une évolution négative. Je reste persuadé que pour être en bonne santé et vivre longtemps, il faut être « malade » de temps en temps. Il faudrait que le médecin et sa médecine arrêtent d’intervenir à tout bout de champs. ça ne veut pas dire de ne rien faire, mais de réfléchir un peu. Merci quand même à la chirurgie, aux antibiotiques etc… Mais un merci réaliste, détaché, avec beaucoup de recul…
Bon…
Pasteur ou son équipe ont-ils caché l’échec du vaccin contre la rage sur le petit Rouyer, le jeune Reveillac, sur les 3 ou 4 moujiks morts sur les 15 ou 16 vaccinés (dont il n’y a pas de trace sur le site de l’institut Pasteur).
Cacher les échecs pour montrer l’ efficacité d’un vaccin en exagérant les risques statistiques de la rage ça me rappelle une histoire récente…
Je suis un non vacciné qui a survécu la terrible épidémie de 2020/2021 (et surtout en 2022 la où il y a eu plus de décès en France mais ça ç’était après la vaccination et la pandémie … )
Merci de votre témoignage !
Bonjour Dr. De Lorgeril, vous nous mettez l’eau à la bouche…..bien sûr on veut la suite sur le vaccin de la rage…..salutations !