PASTEUR (suite)

Dans un article précédent, j’ai discuté le personnage de Pasteur, bienfaiteur de l’humanité (comme certains disent) ou plus simplement grand investigateur.

J’ai dit ma grande admiration pour l’investigateur (ou l’expérimentateur) sur la base de ce que nous apprenons sur les cahiers de laboratoire en lisant le livre de Michel Morange « Pasteur ».

Que l’homme ait mauvais caractère (selon certains) m’importe peu si, au labo, il travaille bien et rapporte honnêtement ce que ses expériences lui ont appris.

Au-delà de ces principes de base, il y a deux facettes chez Pasteur : ce qu’il est vraiment – c’est ce qui m’intéresse – et la légende construite autour de lui pour différentes raisons

A toutes les époques, les populations ont besoin de héros susceptibles de galvaniser le patriotisme, voire le chauvinisme. Ce n’est pas forcément inutile si une nation est confrontée à des difficultés particulières ; et c’était le cas du temps de Pasteur, après l’effondrement du second Empire et l’occupation (l’annexion) de l’Alsace et la Lorraine par la nouvelle Allemagne de Bismarck.

De nos jours, les héros sont généralement des sportifs ; mais du temps de Pasteur – au moment où les sociétés Européennes entrent et s’épanouissent dans l’ère industrielle – il faut autre chose.

D’autant plus qu’en parallèle, les populations exigent des modifications drastiques de leurs conditions d’existence.

Les politiciens de la 3ème République (1870-1940) ont conscience de cette évolution – et aussi du pessimisme des citoyens après l’humiliante défaite face à la Prusse – et ils ont besoin de héros qui combinent « scientisme » (ce que l’époque fait de mieux en progrès techniques) et humanisme.

Pasteur fut un de ces héros avec le grand avantage d’être vivant, contrairement à Vercingétorix et Jeanne d’Arc.

J’insiste sur cet aspect avant d’analyser qui fut vraiment et ce que fit vraiment Pasteur.

Comment est-il passé de l’étude des cristaux (de tartrate) à la biologie ?

C’est très bien raconté par Michel Morange. Pasteur veut se rendre utile à la région dans laquelle il a été nommé enseignant, à Lille en l’occurrence, paradis de la betterave.

Or le jus de betterave permet de produire de l’alcool par fermentation. Un industriel des betteraves de la région a des problèmes avec ses procédés de production d’alcool et fait appel à Pasteur qui, par amitié, travaille dès lors sur la fermentation alcoolique. Il découvre le rôle des levures (champignons) dans cette fermentation. Il ne sait pas encore ce qu’est vraiment une levure [et pas non plus que la fermentation lactique est due à des bactéries et non des champignons) mais il montre – on dit que c’est sa 2ème découverte importante – que la fermentation n’est pas une réaction chimique simple mais un processus vivant impliquant des micro-organismes.

Peu importe. Ce que Pasteur démontre c’est que ces micro-organismes apparaissent et se développent grâce à des spores, c’est-à-dire d’autres micro-organismes très résistants et présents dans l’air. Ainsi Pasteur a prouvé que les micro-organismes (des « germes » selon d’autres) viennent de l’air et ne naissent pas de rien ; contrairement à ce que prétendent les défenseurs de la génération spontanée. C’est un grand pas dans les Sciences de la Vie même si ça nous parait dérisoire aujourd’hui.

Cela dit, on ne peut qu’admirer les expériences de Pasteur qui va jusqu’à transporter tout son bazar expérimental jusqu’à la Mer de glace au-dessus de Chamonix. C’est à nouveau bien raconté par Michel Morange.

Je ne rentre pas dans les détails de son travail mais au passage il constate que certains micro-organismes qu’il observe au microscope se déplacent et se modifient et qu’en fait ce sont des animaux. Il découvre un monde animal microscopique.

Il n’est certainement pas le seul à faire cette observation – comme toujours dans les sciences – mais il semble avoir été le premier à l’énoncer clairement dans des articles.

Vivre à Paris (ou à Londres) au milieu du 19ème siècle donne cet avantage (sur tout autre localisation) qu’on a accès aux moyens de communication moderne.

Cette découverte d’un monde animal microscopique (potentielles causes de maladies contagieuses ou transmissibles) va évidemment susciter des oppositions, notamment celles de ceux qui défendent la théorie que les maladies sont provoquées non par des envahisseurs (des germes spécifiques) mais par des déséquilibres de la physiologie interne des victimes de ces maladies. C’est la fameuse théorie défendue notamment par Claude Bernard (un  autre grand homme) et Antoine Béchamp : « le microbe n’est rien, le terrain est tout« .

Bien facile aujourd’hui pour nous de se moquer de ces disputes car nous avons compris que c’était souvent (pas toujours) la combinaison d’un déséquilibre interne et d’une cause externe qui provoquent les maladies.

Après avoir étudié le jus de betterave, Pasteur va travailler sur le vinaigre à la demande des producteurs de vinaigre de la région d’Orléans qui rencontraient quelques difficultés techniques. En bref et entre autres choses, pour la première fois, il indique qu’en chauffant (modérément) le vinaigre, il favorise sa conservation. Il fera la même chose avec le vin – je passe sur les détails – faisant de lui (selon certains) le premier « savant » à avoir sérieusement étudié la biologie des vins. On dit de lui qu’il est le « père » de la science des vins, l’œnologie. Il devient le grand expert des processus de vinification et c’est lui qui préconise – pour assurer la conservation et le transport des vins – de les chauffer ; mais de façon limitée pour en conserver les qualités gustatives : c’est l’invention de ce qu’on va appeler la « pasteurisation« . Certes l’industrie vinicole a fait par la suite de grands progrès rendant le chauffage des vins inutile et la pasteurisation fut (est reste) utilisée essentiellement pour les produits laitiers.

Après la betterave, le vinaigre et les vins, Pasteur est sollicité pour résoudre un nouveau problème industriel : celui de la maladie des vers à soie qui accablent les régions dites séricicoles du Sud de la France . Bien qu’ignorant tout de ces petites bêtes – aussi appelés « chenille du Bombyx du mûrier » – et après beaucoup d’hésitations, Pasteur va travailler 6 années sur ce problème. Il ira jusqu’à s’installer lui et sa famille du côté de la petite ville d’Alès. C’est une longue histoire que je ne vais pas résumer ici mais qui au minimum démontre comment Pasteur travaille, reconnait ses erreurs mais aussi se dispute et encore avec Antoine Béchamp qui a lui-aussi travaillé sur le ver à soie.

Peu importe. Je laisse de côté le ver à soie (et ses maladies variées) pour conserver une seule idée basique qui semble émerger chez Pasteur à ce moment-là (c’est un avis personnel) c’est celui de maladies transmissibles. Il commence à s’intéresser à la médecine, notamment vétérinaire, j’y reviendrai. 

Je note qu’à la même période (environ), Pasteur va travailler sur une autre boisson alcoolisée, la bière. A nouveau, il montre que les accidents de production sont dus à la présence de germes inopportuns qu’il faut éliminer.

Le tournant réellement médical de Pasteur survient en 1873 quand – quelques années après son 1er AVC – il est élu à l’Académie de médecine.

Apparemment, cette élection était la conséquence de ses travaux sur la génération spontanée et pas à cause de ses idées novatrices concernant la théorie des germes et l’origine microbienne des maladies virulentes comme on disait à l’époque.

Il serait peut-être temps de discuter de Pasteur, sauveur de l’Humanité ; ce que je ferai (c’est promis) dans un  prochain article ; si Dieu le veut…

En attendant, chantons la Terre !