Prévention de la bronchiolite à VRS par la vaccination : où en est-on ?

Depuis quelques années, à chaque automne, les autorités sanitaires encouragent les médecins et les familles à organiser la prévention de la bronchiolite, une maladie respiratoire virale et contagieuse. Le coupable le plus fréquent (environ 60% des cas ; sans certitude) est le virus respiratoire syncytial   (ou VRS). D’autres virus respiratoires sont impliqués mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui ; quoique cette évidence induit un biais important dans nos évaluations de l’épidémie saisonnière de bronchiolite (supposée à VRS) et les traitements et préventions proposés.

Quand on prétend diminuer le risque d’une pathologie virale avec un vaccin dirigé contre les virus en cause, la seule certitude (relative) dont nous avons besoin c’est que ce vaccin diminue le risque spécifique de maladies dues à ces virus spécifiques. Si ce vaccin diminue le risque de pathologies virales dues à d’autres virus que les virus ciblés mais pas celles dues aux virus ciblés, c’est qu’il y a un biais quelque part et vous pouvez remballer votre marchandise.

C’est ce qui arrive au vaccin anti-VRS de Pfizer ; et c’est ce que je vais raconter maintenant

L’industrie a investi cette pathologie des bronchiolites virales – depuis longtemps mais avec quelques déboires initiaux – mais les autorités ne s’intéressent qu’à la bronchiolite à VRS et évidemment aux vaccins anti-VRS proposés par l’industrie ; mais aussi un peu à des anticorps monoclonaux anti-VRS, je vais y revenir dans un autre article.

Je vais faire simple pour être accessible à tous ; merci aux experts des VRS (s’il en existe) de me pardonner quelques imprécisions.

Commençons par le début. Il y a  3 cibles principales : les nourrissons ( et c’est là qu’on propose des anticorps monoclonaux), les séniors (pour les plus de 65 ou 75 ans, on propose trois vaccins) et la femme enceinte (en fin de grossesse, on propose un vaccin).

Je rappelle que dans la très grande majorité des cas, et à condition que l’environnement médical et paramédical soit adéquat, la bronchiolite du nourrisson est une maladie bénigne. Évidemment, si on est souffrant (immunodéprimés de cause variées, insuffisance respiratoire ou cardiaque…), le VRS – comme tous les autres virus respiratoires – peut être méchant et il faut espérer être bien entouré médicalement.

Faut-il pour autant encourager une vaccination couteuse et systématique de toutes les femmes enceintes ? Telle est la question aujourd’hui dans cet article.

Le lecteur (ou la lectrice) de ce texte ne peut manquer de se demander pourquoi on ne propose pas un vaccin anti-VRS pour les nourrissons puisqu’on en a pour les femmes enceintes et les séniors et puisqu’en général on n’est pas avare de vaccins pour les nourrissons.

Pour les fidèles de ce Blog, je renvoie à un article du 11 Novembre 2022 où déjà je discutais la question de la bronchiolite à VRS et j’expliquais déjà (quelle prescience !) pourquoi il était peu probable que nous ayons un vaccin anti-VRS pour les nourrissons. Je recopie le texte de l’époque qui était en partie une réponse à la question précédente :

« Réponse : nous avons eu dans le passé des vaccins anti-VRS. Mais ce fut un fiasco ! Pourquoi ? Ce fut le premier exemple patent d’aggravation d’une maladie du fait d’une vaccination préalable (ci-dessous). Nul ne le conteste ! C’était dû probablement au phénomène des « anticorps facilitant » (ADE in English). Dit autrement, le vaccin provoque la formation d’anticorps qui facilitent la méchanceté du virus sauvage quand il arrive chez les vaccinés. Phénomène comparable à celui observé avec la Dengue et le vaccin correspondant. »

Et je donnais la référence obligée (ci-dessous) ; ça ne s’invente pas !

A la suite de cette référence, j’écrivais : « Cet incident fut vite oublié [business is business…] ; sauf que les industriels et les experts n’étaient pas prêts d’y revenir : un fiasco est un fiasco ! Pourquoi chercher les ennuis quand on peut générer des profits avec d’autres vaccins – anodins – voire inutiles ? Il est fort probable que de nouveaux industriels vont se présenter avec de nouveaux produits vaccinaux. Je vous aurais prévenu ! »

Jusqu’à aujourd’hui au moins, on a renoncé à vacciner les nourrissons ; mais sans dire pourquoi évidemment… Mais, comme je prévenais en 2022 (quelle prescience !), on propose d’autres produits.

Bref, faute de nourrissons, passons par sa mère et avant même qu’elle ait accouché avec l’idée lumineuse que la femme enceinte va (en réponse à un vaccin) produire des anticorps qu’elle transmettra à son fœtus. Tel est le rationnel de la vaccination anti-VRS de la femme enceinte. On espère faire « coup double » : on protège la maman et le futur nouveau-né.

Reste à apporter une démonstration scientifique que cette stratégie est réellement efficace – il faut un essai randomisé en double aveugle contre placebo – et que ce type de vaccination n’a pas des effets délétères chez la femme enceinte et/ou son fœtus.

Ce dernier point est aléatoire puisque les médecins – et de plus en plus les sages-femmes – ne déclarent pas (ou seulement 10% environ) les effets indésirables des produits de santé y compris les vaccins. Les déclarations grandiloquentes des autorités sanitaires sur l’innocuité de ces vaccins doivent nous laisser indifférents. Tant que la pharmacovigilance et la vaccinovigilance ne seront pas assurées, nous ne pouvons croire personne.

D’autant plus que – ici c’est le médecin et physiologiste qui exprime son opinion – si un produit de santé (y compris un vaccin) n’a pas d’effet indésirable (témoignant de ses effets biologiques réels), il est peu probable que ce vaccin ait l’effet préventif espéré. Faut pas rêver : tous les médecins savent qu’un produit de santé réellement efficace a toujours des effets indésirables, variables d’une personne à l’autre et variables en intensité. C’est le rapport bénéfice-risque ! Ce n’est pas simple et surtout une question de probabilité : combien de victimes d’effets indésirables suis-je prêt à admettre par rapport aux bénéfices espérés ?

Faute de donnée solide concernant l’innocuité des vaccins anti-VRS proposés aux femmes enceintes, revenons à l’autre versant du rapport bénéfice-risque : avons-nous une claire démonstration que ces vaccins sont efficaces contre les VRS ?

En fait, un seul vaccin anti-VRS est – aux dernières nouvelles (il faut s’attendre à des changements dans le monde des vaccins) – autorisé pour la femme enceinte : c’est le Abrysvo de Pfizer. Chacun peut trouver sur Internet les conditions d’administration (semaines de grossesse), les contrindications, le coût réel et le taux de remboursement.

Un autre vaccin anti-VRS (proposé par Novavax) avait tenté sa chance mais l’essai clinique PREPARE [dont les résultats sont publiés dans le New Engl J Med 2020;383:426-39] n’avait pas apporté une démonstration convaincante et ce vaccin a été abandonné. Les experts ont expliqué cet échec – par comparaison avec l’Abrysvo de Pfizer – en disant que ce vaccin de conception ancienne (selon eux) ne suscitait pas une production suffisante d’anticorps.

Pour être vraiment complet, rappelons qu’un autre industriel (GSK) avait proposé un autre vaccin anti-VRS proche (techniquement) de celui de Pfizer mais avait renoncé à sa commercialisation du fait d’un excès d’accouchements prématurés dans le groupe vacciné par rapport au groupe placebo. l

La référence pour les curieux : RSV Prefusion F Protein-Based Maternal Vaccine – Preterm Birth and Other Outcomes. N Engl J Med. 2024;14:1009

Les données concernant l’Abrysvo de Pfizer  – via l’essai Matisse publié dans le New Engl J Med le 20 Avril 2023 – sont-elles convaincantes ?

Pour répondre de façon totale et experte à cette question, il me faudrait un long article scientifique qui n’a pas sa place sur ce Blog. Je vais donc résumer et donner une opinion personnelle dont chaque lecteur fera sa lecture personnelle.

Comme d’habitude avec les essais cliniques conduits sous le contrôle total du sponsor – c’est le cas et clairement admis par Pfizer pour l’essai MATISSE – les données fournies sont au mieux alambiquées et ambiguës ; et au pire non crédibles et donc négatives.

Comme il est impossible de vérifier la base de données brute (avant nettoyage par les employés de Pfizer) de l’essai MATISSE et que nous ne pouvons pas faire aveuglément confiance à ces mêmes employés de Pfizer et pas non plus aux « marionnettes » universitaires (sélectionnées et rémunérées par Pfizer) qui servent de caution à Pfizer, je ne peux être sûr de rien.

Je peux toutefois m’inspirer du passé : Pfizer est-il un industriel crédible, innocent de toute condamnation ? Au-delà du doute, Pfizer (maintes fois condamné par la justice ; quoique jamais en France ; ce qui donne une idée du niveau de corruption des élites françaises…) est parmi les pires cowboys de BigPharma ; je laisse chacun mener son enquête en commençant par exemple avec le scandale des coxibs.

Qu’en est-il des vaccins ? Je l’ai montré dans divers documents (jamais contredits) – dont le livre « Dialogue de promeneurs en Covidie » – Pfizer s’est moqué de nous dans l’évaluation des vaccins anti-Covid !

Conclusion provisoire : a priori, les essais cliniques conduits par Pfizer qui ne sont pas reproduits par des vrais experts vraiment indépendants n’ont pas de valeur scientifique sauf à être prêt à avaler n’importe quoi, comme les autorités sanitaires ici et ailleurs procèdent avec une indéfectible candeur.

Toutefois, on peut considérer (en se forçant malgré la nausée suscitée) une partie des résultats de l’essai MATISSE que j’estime ambigus : la diminution du risque n’est pas franche, une fois c’est significatif (via des analyses statistiques confuses mais compliquées « pour faire sérieux » : pourquoi ne pas faire simple ?) une fois ce n’est pas significatif. Je recopie une partie de l’Abstract pour illustrer ce dernier point ; mais c’est réservé aux anglophones qui connaissent un peu les statistiques utilisées dans les essais cliniques ; pour les autres, qu’ils comprennent que c’est « douteux »… Je souligne en jaune quand c’est amusant !

On note d’emblée que c’est une analyse « intérimaire » et donc que les investigateurs n’ont pas respecté la durée de suivi décrite dans l’hypothèse primaire et requise pour tester cette hypothèse primaire. Il s’abrite derrière l’idée que cette analyse était prévue (« prespecified » en anglais) ; ce qui ne peut consoler que les idiots. S’ils ont stoppé (gelé) l’essai prématurément, c’est qu’ils avaient une bonne raison que nous ne connaitrons pas. Évidemment !

On note ensuite qu’ils observent une différence significative (en faveur du vaccin : 81,8% réduction du risque) concernant les syndromes respiratoires sévères mais sans la preuve biologique que ce sont les VRS visés par le vaccin qui en sont responsables.

Quand ils se contentent des syndromes respiratoires réellement dus aux VRS (57,1% réduction du risque), la différence n’est pas significative.

Je résume : il y aurait une diminution des bronchiolites (tous virus confondus) mais pas de diminution des bronchiolites dues spécifiquement aux VRS alors même que ce vaccin est spécifiquement destiné (construit) pour neutraliser les VRS ?

Ce n’est pas scientifiquement crédible ! Je ne sais pas où se trouve le biais méthodologique, bien sûr, il faudrait que j’aie accès aux données brutes de l’essai MATISSE. Je ne sais pas non plus pourquoi (sur une base aussi fragile) la majorité des experts et les éditeurs du NEJM ont validé cet essai clinique « irrationnel ». Sont-ils idiots ou complices ?

Bref, nous n’avons pas de ferme évidence que le vaccin anti-VRS de Pfizer administré à la femme enceinte diminue le risque de bronchiolite à VRS des nourrissons !

Contrairement aux avis des sociétés savantes – généralement solidaires de l’industrie des vaccins – et des autorités sanitaires généralement peuplées d’experts appartenant aux sociétés savantes sus-citées.

En conséquence, quoique j’ignore la réalité des effets indésirables de ce vaccin spécifique chez la femme enceinte – et quoi qu’en disent les habituels complices de l’industrie des vaccins – je reste dans le doute et, fidèle aux principes hippocratiques, dans le doute je m’abstiens !

J’admets toutefois que d’autres – non médecins, non scientifiques, bureaucrates de tous les bords et autres complices de l’industrie pharmaceutique – puissent avoir un avis différent.

Pour conclure, je note que les « experts » [Hum !] de la revue Prescrire que j’ai consultée par acquit de conscience n’ont pas été capable de voir ce que j’ai vu mais qu’à l’inverse le logiciel d’Intelligence Artificielle (que j’ai consulté par acquit de conscience) est arrivé, après l’avoir secoué un peu (un adorable divertissement de fin d’après-midi pluvieux) à la même conclusion que moi ; tout en trouvant de pénibles excuses aux investigateurs de Pfizer. Trop drôle !

Dans un prochaine article, j’analyserai l’autre stratégie pour la prévention de bronchiolites à VRS du nourrisson, les anticorps monoclonaux.