Prévention de la Bronchiolite à VRS du nourrisson par les anticorps monoclonaux : où en est-on ?
Dans un article précédent, j’ai analysé la stratégie de prévention de la bronchiolite à VRS (Virus Respiratoire Syncytial) du nourrisson par la vaccination.
On veut vacciner les séniors et les femmes enceintes contre le VRS mais pas les nourrissons. J’ai expliqué pourquoi.
En fait, les industriels ont renoncé à vacciner les bébés et préfèrent vacciner la maman pendant le grossesse en espérant qu’elle transmettent les anticorps anti-VRS (qu’elle produit pour elle-même) à son fœtus. C’est négliger cette idée basique en médecine des vaccins qu’avoir des anticorps dans la circulation sanguine ne suffit pas à empêcher la maladie de survenir. C’est pourquoi on exige des vaccins qu’ils diminuent le risque de la maladie elle-même ; pas seulement qu’ils augmentent les anticorps en circulation. C’est un peu théorique car pour la majorité des vaccins injectés de nos jours à diverses populations, on se contente de mesurer les anticorps. C’est une erreur fondamentale !
La prévention des maladies respiratoires comme la bronchiolite à VRS repose sur une combinaison de facteurs et d’organes, notamment (outre le système immunitaire systémique avec les anticorps circulants dans le sang), les systèmes ORL et respiratoires et leurs propres systèmes immunitaires ; mais ce n’est pas la question du jour.
Un bon exemple de la confusion actuelle est le vaccin anti-VRS chez la femme enceinte : comme discuté dans l’article précédent (et contrairement aux clameurs de l’industriel et des autorités sanitaires), nous n’avons pas de ferme évidence que ce vaccin chez le femme enceinte empêche réellement la bronchiolite à VRS du nourrisson. Attention, chaque mot compte, nous parlons de la bronchiolite à VRS et pas des bronchiolites en général, environ 40% d’entre elles (selon certains experts) n’étant pas dues aux VRS.
Tenant compte du scepticisme (légitime) concernant la vaccination de la femme enceinte pour protéger les bébés – et plutôt que de vacciner les nourrissons ou leurs mamans avant la naissance – des experts ont proposé ce qu’on appelle l’immunisation passive des nourrissons via l’injection d’anticorps monoclonaux.
Plutôt que d’espérer que le système immunitaire produise des anticorps en réponse à un vaccin, on se propose de fournir des anticorps tout prêts (fabriqués en usine) en espérant qu’ils soient aussi efficaces que des anticorps naturellement produits par le système immunitaire des nourrissons.
On a fait la même chose avec des anticorps monoclonaux contre le virus covi-19 et ce fut un échec patent ; nul ne le conteste et c’est expliqué dans le livre « Dialogue de promeneurs en Covidie ».
Ces anticorps monoclonaux n’empêchaient pas la maladie (sévère ou pas) COVID-19 et encore moins la circulation des virus dans la communauté. Pour bloquer la circulation (et la contagiosité) d’un virus respiratoire, il faudrait stimuler les systèmes immunitaires « muqueux » des systèmes ORL et broncho-pulmonaire ; ce que (à ce jour) seuls les virus savent faire correctement !
D’autre part, sachant qu’environ 40% des bronchiolites ne sont pas dues aux VRS (mais à d’autres virus), les anticorps ne peuvent être utiles que dans 60% des cas avérés de bronchiolites. Cette évidence relativise l’utilité possible de ces injections au niveau populationnelle et aussi au niveau financier pour l’Assurance-Maladie puisque la seringue est facturée aux alentours de 400€. Je laisse de côté les conditions de remboursement pour les familles sauf pour dire que si l’injection est exécutée à la maternité, elle est couverte à 100% pour les parents. C’est donc la sage-femme (éventuellement l’obstétricien) qui prescrit et injecte, des soignants respectables mais dont la compétence (sauf exceptions) en prévention d’infection à VRS est douteuse.
Laissons ces aspects « matériels » et aussi théoriques de côté et examinons si nous avons des données solides démontrant que ces anticorps monoclonaux anti-VRS industriels injectés aux nourrissons sont efficaces contre la bronchiolite et pas trop toxiques.
Plusieurs de ces produits ont été proposés et sont commercialisés en France ; notamment le Beyfortus (ou nirsévimab) de Sanofi & AstraZeneca et le Enflosia (ou clesrovimab) de Merck. Il y en a un troisième mais il est réservé aux prématurés (pour le moment) et je le laisse de côté.
Que disent les essais cliniques testant ces anticorps monoclonaux ?
Bien sûr, je ne vais pas sur ce Blog, et dans un article unique, analyser en détails chaque publication rapportant les exploits des équipes d’investigateurs qui ont testé ces anticorps monoclonaux.
Qu’il s’agisse de l’essai CLEVER (testant Enflosia ; publié le 2 Octobre 2025 dans le NEJM) ou de l’essai MELODY (testant Beyfortus ; publié dans le NEJM le 3 Mars 2022), on constate les mêmes pratiques retrouvées désormais dans tous les essais cliniques testant un produit de santé industriel avec deux caractéristiques principales : 1) les opérations sont totalement sous le contrôle des employés du sponsor (l’industriel) ; conflits d’intérêt et biais méthodologiques garantis ; 2) la description des opérations dans les articles publiés vise à faire croire que ce sont des investigateurs indépendants du sponsor qui ont le dernier mot (le contrôle final) ; magnifique exemple du transfert dans les sciences médicales des grands principes de la Société du Spectacle.
Les résultats de ces essais cliniques (vantant les mérites des anticorps monoclonaux anti-VRS) sont donc au mieux douteux ; leur efficacité proclamée (dont je doute) est faible et les effets indésirables (faute d’expertise indépendante) me restent inconnus.
Prenons l’exemple de l’essai MELODY (testant Beyfortus). Si on laisse de côté nos doutes concernant la réalité du double aveugle – en son absence, il suffit de multiplier les tests biologiques dans le groupe placebo pour augmenter artificiellement le nombre de cas positifs – et encore plus nos doutes concernant le recueil des données par les employés du sponsor, quels sont les chiffres publiés ?
Je recopie les chiffres principaux résumés dans la 1ère page de l’article sur MELODY testant le Beyfortus.
Les deux principaux paramètres légitimant la commercialisation (et les injections) de Beyfortus sont les infections respiratoires avec diagnostic de VRS (sans précision concernant la réelle sévérité clinique des cas identifiés) et les hospitalisations pour infections respiratoires dues supposément à un VRS et traduction (possible) de la sévérité de ces infections ; et de la légitimité des injections.
On est évidemment frappé par les très petits nombres de cas identifiés et des hospitalisations (ci-dessous).

Outre les petits nombres et, en conséquence, les très faibles risques absolus dans les deux groupes et les très petites diminutions (supposées) du risque absolu, je note qu’il n’y a pas de différence significative (p=0,07) pour le risque d’hospitalisation. Dit autrement, Beyfortus n’empêche pas les formes sévères de bronchiolite à VRS nécessitant hospitalisation !
Je laisse chaque lecteur calculer la diminution (dérisoire) des risques absolus ; comparée aux diminutions proclamées de 74,5% et 62,1% des risques relatifs… C’est la Société du Spectacle !
Certes, les experts (supposés) de ces anticorps anti-VRS vont défendre le Beyfortus en clamant que : 1) l’absence de différence significative pour les hospitalisation serait due à un mauvais calcul initial de l’échantillon ; 2) que des études observationnelles (EPI-PHARE en France, par exemple) ont définitivement confirmé l’efficacité de Beyfortus ; 3) que l’autre anticorps anti-VRS testé (Enflosia de Merck) dans l’essai CLEVER (par MERCK) a montré une différence significative (cette fois) des hospitalisations.
Je pourrais passer des heures à discuter chacun de ces points ; mais je vais rester pour aujourd’hui sur un seul de ces arguments, celui concernant l’étude EPI-PHARE comparant en France des enfants ayant reçu (ou pas) sans tirage au sort une injection d’anticorps monoclonaux [Jabagi MJ, et al. Nirsevimab effectiveness at preventing RSV-related Hospitalization in Infants. 25 Février 2025 NEJM Evid].
Ce type d’étude rétrospective a peu (ou pas) de valeur pour un scientifique sérieux car on compare deux populations très différentes ayant reçu (ou pas) l’injection selon des critères d’une extrême variabilité. Les auteurs le savent d’ailleurs et ils parlent d’association entre l’injection et le risque de bronchiolite et évitent d’évoquer une éventuelle causalité entre l’injection et le risque d’hospitalisation. D’autre part, les nombres de cas sont encore très petits et les auteurs présentent leurs données (douteuses) en termes de risques relatifs, témoignage (indirect) de leur intention (plus ou moins avouée) de tromper les lecteurs sur l’efficacité réelle et l’utilité réelle des injections d’anticorps anti-VRS industriels. Pour qui travaillent-ils ?
Bref, sur la base de l’essai MELODY, Beyfortus n’a pas d’intérêt médical ou sociétal !
Dans ces conditions, évidemment, je m’abstiens de prescrire et d’injecter.
Je ne vais pas analyser ici l’essai CLEVER (totalement sous le contrôle des employés du sponsor Merck) qui rapportent des bénéfices plus nets de l’injection sur le risque d’hospitalisation car, contredisant l’essai MELODY, il ajoute de la confusion. Il serait toujours possible en analysant l’historique mois après mois de chaque essai et en relisant attentivement ligne après ligne les rapports des experts de démasquer les manœuvres visant à favoriser le produit testé – comme chaque lecteur peut le constater en relisant l’article précédent et les commentaires associés à propos des vaccins anti-VRS – mais je considère que c’est du temps perdu ; car tout le monde s’en fout.
Les uns ont validé les résultats de ces essais cliniques sans bien comprendre ce qui leur était servi et d’autres les rejettent sans même les lire. Je serais plutôt de la seconde tendance mais ma conclusion sera différente : sur la base de ce qui m’est présenté et partant du principe que tout n’est pas « pourri », je confesse ne pas vraiment savoir si ces anticorps ont (au moins) un peu d’efficacité.
Fidèle à la philosophie primaire du scientifique, je reste sceptique. Mais je suis sûr d’une chose : s’ils sont efficaces, ils le sont seulement « un peu » et leur utilité médicale et sociétale me parait dérisoire ; sans parler du coût astronomique de chaque seringue, quel que soit le payeur !
Mais apparemment, tout le monde s’en fout ! Pourquoi ?
Parce que la désagrégation de la médecine scientifique « conventionnelle » est désormais admise comme fait accompli et irréversible par ceux qui vivent les yeux ouverts ; ou bien la médecine scientifique reste incomprise par la majorité des soignants (et prescripteurs) et des experts (supposés) exerçant dans les bureaux des autorités sanitaires nationales et internationales (OMS, Agences Européennes).
Le point crucial est que les investigateurs sont des employés des sponsors et qu’il est impossible de leur faire confiance, de nombreux antécédents nous l’ont démontré.
On pourrait bien sûr discuter de stratégies alternatives : comment tester Enflosia et Beyfortus indépendamment des sponsors ?
Ces derniers (les sponsors) savent qu’il y aura – c’est un impératif pour le Directeur Financier de l’entreprise – un retour sur investissement et sont donc prêts à investir des sommes colossales pour conduire un essai clinique international qui, en conséquence, devra obligatoirement vanter le produit pour obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) dans presque tous les pays de la planète.
Quelle entité indépendante – et avec quels financements – pourrait conduire un essai clinique dans 22 pays comme dans l’essai CLEVER ?
Il faut constituer dans chaque pays des équipes (évidemment rémunérées ; personne ne travaille gratuitement ; et encore moins pour un produit commercial) qui devront recruter – tout en couvrant les frais logistiques – des volontaires selon le principe du consentement éclairé (la famille du bébé, en l’occurrence), procéder au tirage au sort (en respectant le double aveugle ; ce qui est très difficile, voire impossible pour une injection), suivre les bébés médicalement (pour permettre un diagnostic clinique et biologique d’infection à VRS ; sources inéluctables de biais), constituer et gérer la base de données et enfin la transférer (sans qu’elle soit gelée ; donc toujours modifiable) à un bureau centralisé qui, dans le cas des essais gérés par un sponsor, est localisé au cœur des bureaux du sponsor.
Le sponsor est donc totalement maitre du jeu !
Dans les centres de recherche gérés par les ministères (l’INSERM en France), il n’y a pas (évidemment) les ressources humaines (salariées) pour conduire de tels essais internationaux (22 pays dans CLEVER).
En conséquence, seuls les industriels peuvent conduire des essais cliniques testant des produits de santé ; à la condition expresse d’être (presque) sûrs des retours sur leurs investissements. Dans ces conditions, seuls des idiots peuvent avoir aveuglément confiance dans les essais cliniques conduits par les employés des industriels.
Mais tout ça ne nous dit pas – restons sceptiques et scientifiques, je me répète – si ces anticorps monoclonaux industriels ne pourraient pas, chez certains bébés et dans certaines circonstances, être utiles.
Nous ne le savons pas et nous ne pouvons pas l’exclure ; ce qui laisse les industriels indifférents car pour eux il importe que le chiffre d’affaire soit aussi colossal que leur investissement et ne concerne pas quelques niches médicales. Ça se comprend !
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