« La fille de Brest » : leçons et commentaires

 

Une fois compris que c’est un film grand public, donc une sorte de film éducatif, et une fois que nous (professionnel de la santé) avons dépassé les aspects un peu irritants du « spectacle », quels commentaires suscite ce film et quelles leçons peut-on en tirer ?

Affiche frachon

Le mieux évidemment serait d’aller voir le film (les deux heures passent vite) avant de lire ce billet qui n’est évidemment pas une critique style cinématographique, je tiens à le préciser.

Les évènements se passent en 2009 et après, donc environ 5 ans après la tragédie du Vioxx et après que l’auteur de ces lignes aient pris la décision de s’exprimer à propos des statines (autre tragédie) et du cholestérol en général. On avait de l’avance avec les statines mais les deux « affaires » ne se sont jamais croisées ; dommage, on aurait pu s’entraider…

Le scénario de la « fille de Brest » a été écrit (du moins principalement, on s’en doute) par Irène Frachon elle-même ; ce qui donne un personnage vraiment sympa car très humain.

Humble, modeste mais combattive. Un peu vulgaire même, très humaine donc !

Elle (le personnage du film comme la vraie Irène d’après le film) n’est pas scientifique, n’est pas cardiologue, n’est pas experte de santé publique et pas juriste non plus. Juste un petit docteur « de province » (comme disent les parisiens) qui se révolte face au spectacle épouvantable de souffrances injustes (c’est le côté patient) ; face à la veulerie des uns ; et à l’arrogance, voire la morgue, des autres (ce sont les côtés « business bigpharma » et « autorités sanitaires »)…

Ces aspects, médecine de province (on se croirait dans Balzac au 21ème siècle), petit CHU, hiérarchie hospitalo-universitaire contrariée, humbles scientifiques recherchant désespérément une reconnaissance (et quelques subsides) nationale via l’INSERM, sont à mon avis fort bien montrés et sans caricature ; c’est du vécu, je peux vous le certifier !

Cet épidémiologiste du bout du monde qui « rame » pour faire vivre une unité supposée de recherche, du vécu !

Et j’en connais un bout ; je m’y croyais.

Et la lâche passivité des « autorités » scientifiques, médicales et universitaires réunies sous le joug de l’Afssaps ; et la peur des représailles chez les « administratifs » (CNAM) et les prolétaires (je connais aussi) supposés contribuer à la surveillance du système de santé et à la protection des citoyens : tout cela est fort bien montré ; je peux le certifier pour l’avoir vécu et le vivre moi-même encore… C’est du vécu !

Le côté BigPharma est sans surprise : mensonges organisés, cynisme, arrogance. Comment peut-on encore tolérer la persistance des liens (dits d’intérêt) entre les industriels et les professionnels de santé ?

Scénario béton ; bravo et merci Irène !

La fin du film fait peur : aucune condamnation à ce jour ! Système en faillite [je ne parle pas pas de faillite financière bien sûr ; mais de faillite humaine, éthique, médicale et scientifique) mais pas de responsable identifié !

Ah bon !

Ce que le film montre très bien, outre la veulerie de ceux qui auraient pu agir, c'est ce "petit monde" des petits hommes gris cravatés et de ces petites bonnes femmes tailleur gris et chemisier blanc qui, recroquevillés dans leur "petit" monde sanitaire, sont incapables de penser par eux-mêmes et bouger...

Commentaire unique et final : rien n'a changé !

Ceux qui n'ont pas donné l'alerte à propos du Médiator [et qui auraient dû : on cherche des responsables ?] sont toujours là, impavides et prosternés devant l’autel de Bigpharma (qui continue sa généreuse distribution), rien n’a changé !

 

 

 

 

 

 

 

Conférence (et plus si affinités…) à Grenoble le jeudi 1er décembre

 

Ce sera à 18:30 au Muséum d’Histoire Naturelle mais le seul fossile (ou squelette d’invertébré) qui sera sur la sellette pour la circonstance, ce sera moi !

J’espère que cet humour-là ne va pas déclencher des passions…

L’entrée du public vers l’Auditorium se fera rue des Dauphins (côté Rectorat).

Le sujet c’est la prévention des maladies chroniques ; je parlerai de « régime méditerranéen » et d’autres choses en fonction de la demande…

Si vous êtes dans le doute, professionnels de santé ou simple citoyen, c’est le moment de venir me jeter des œufs ou des tomates pourries [symboliquement, s'entend, car il faut nettoyer après...] ; à moins que n’ayez conservé quelque pudeur ou quelque aptitude au sens critique…

Moment de se défouler avant les fêtes !

A vous voir… pour échanger !

 

 

 

 

 

Cholestérol, statines et économie politique

 

Une nouvelle génération arrive enfin qui semble vouloir développer un esprit critique plus acéré que celui de la précédente.

Nous l’avons vu à propos de la relecture-révision-correction des grandes études épidémiologiques célébrant la culpabilité du cholestérol, les effets miraculeux des statines ou l’intérêt des régimes alimentaires anticholestérol.

J’ai du boulot pour mon prochain livre, seulement en rapportant et expliquant cette masse de nouvelles informations dégagées du carcan du marketing industriel.

Les professeurs de cardiologie, d’ici et d’ailleurs (peuchère !), vont adorer !

Un autre aspect critique de cette façon de revisiter les affirmations péremptoires d’un passé récent concerne les relations entre le métabolisme du cholestérol, l’usage de médicaments qui l’altère (en particulier dans le cerveau),  nos activités cérébrales, nos propres comportements économiques et les répercussions possibles sur la sphère économique et financière générale.

Je vais prendre deux exemples simples pour cette petite enquête ; ce n’est pas de moi ; je ne fais que rapporter ; je sais le rapportage, c’est vilain ; mais ici c’est plutôt du reportage…

1er exemple : le cas Pfizer en Irlande

Vous pouvez vous informer directement si vous êtes anglophone ici :

http://www.rte.ie/news/2016/1126/834609-pfizer-cancels/

Si vous ne l’êtes, sachez que le verbe « cancel » veut dire « annuler » et que le mot anglais « plant » n’ a rien à voir ici avec les végétaux, c’est une usine.

Je résume : Pfizer, suite à l’échec de son nouveau médicament anticholestérol anti-PCSK9 – on ne sait pas de quel échec il s’agit exactement (secret industriel !) – renonce à son développement et à ses investissements (400 millions d’€) sur son site industriel Irlandais.

Ce n’est pas rien pour l’économie Irlandaise ; désolé ; mais c’est bien pour le cholestérol de tout un chacun… Sauf que, faute de Pfizer, y en aura d’autres…

Autre question : que fait cet américain mastodonte en Irlande ? Pas bien chez lui ?

Vous n’y êtes pas, Watson, il est là pour payer moins d’impôts qu’en Europe continentale ou aux USA. Complicité des gouvernements !

Pourquoi ? Comment ? Connivence des politiciens. Ce n’est pas de la politique de gauche ou de droite, c’est de l’économie politique. Dans d’autres branches professionnelles que le politique, ça s’appelle « faire des ménages ».

Pas propre tout ça !

2ème exemple : la crise (le krach, dit-on quand on est du système) financière de 2007-2008

On est dans l’hypothèse, certes, mais notre jeune psychologue américain (dont je vais parler) n’y va pas par 4 chemins.

C’est ça : The potential behavioral and economic impacts of widespread HMG-CoA reductase inhibitor (statin) use. Par Mathew Gendle, Department of Psychology, Elon University, NC, USA.

Je traduis en simplifiant : « L’impact potentiel de la prescription immodérée des statines sur le comportement (aberrant) des milieux financiers« .

Nous savions qu’avoir un cholestérol bas n’est pas l’idéal pour les neurones et que les statines entraînent des troubles cognitifs et comportementaux.

Certes, certains niais s’obstinent encore à espérer qu’en abaissant le cholestérol dans le sang avec des statines on pourrait retarder le déclin cognitif lié à l’âge [voir la récente Étude HOPE-3 : pas que l'aspect cognitif qui fasse honte ; même à tout scientifique bien disposé à l'égard de l'industrie...] ; mais c’est peut-être une manifestation de la dégradation accélérée des capacités cognitives de ceux qui sont rémunérés pour faire les perroquets savants ; va savoir…

L’observation des comportements fous des milieux financiers dans les années qui précédèrent la crise de 2007-2008 a conduit des gens sérieux à se demander si la prescription massive  de statines à cette époque dans les milieux « favorisés » travaillant en milieux financiers ne pouvait pas expliquer, au moins en partie, la crise financière de 2007-2008.

Parmi les dizaines de millions d’américains victimes des statines, il est en effet certain que beaucoup travaillaient dans ces sphères « privilégiées ».

Bon, je vous passe les détails de l’argumentaire ; le plus intéressant se trouve sans doute dans les tests psychométriques faits chez des jeunes américains (à l’université) en les séparant en deux groupes en fonction de leurs niveaux de cholestérol.

Le test s’appelle Iowa Gambling Task (ou IGT) et  mesure l’impulsivité et la capacité à prendre des décisions rapides (c’est du ressort du cortex préfrontal, disent les artistes en la matière ; dont je ne fais pas parti) ; ceux qui aiment vérifier trouveront sur Internet de quoi occuper leurs longues soirées d’hiver.

Le test est considéré comme une bonne façon d’évaluer les capacités de jugement des individus face à des défis financiers (gagner ou perdre beaucoup, en peu de temps, suite à des décisions individuelles).

Bon, ce n’est pas mon truc ; mais je relève que selon ces experts du truc (visiblement indépendants du business de BigPharma) : les jeunes gens qui avaient un cholestérol bas avaient plus de comportements aberrants que ceux qui avaient un cholestérol élevé.

Ah, Bon Dieu, voilà qui expliquerait beaucoup de choses : Madoff était-il sous statine ?

Pas sûr ! C’est un peu plus compliqué car Madoff est un « malin » ; et un grand escroc est souvent très « neuronal »… Donc, surtout pas de statine !

Cela dit, ces résultats ne sont pas étonnants : avoir un cholestérol bas est connu pour augmenter le risque de suicide et autres comportements associés à une impulsivité non maitrisée.

Ce qui est intéressant avec le Iowa Gambling Task dans l’étude de nos psychologues américains, c’est qu’il testait un comportement économique et financier ; et que c’est assez catastrophique. Certes, il faudrait confirmer, affiner, etc…

Mais en attendant (c’est le résumé de mon 2ème point), si j’étais DRH dans une banque, je ne recruterais plus aucun collaborateur sous statine et je privilégierais les candidats avec un cholestérol élevé. Plus de sang-froid ! Plus de jugeote !

Je me demande si l’état actuel de nos milieux intellectuels (il suffit d’ouvrir le poste pendant 5 minutes) ne pourrait pas aussi s’expliquer ainsi. Si je devais recruter un chroniqueur politique, économique ou sportif pour une télé ou une radio, je me (et lui) poserais des questions sur son cholestérol.

Idem dans les milieux universitaires !

Pour le monde de la recherche, pas besoin de se questionner, je sais !

Et voilà pourquoi, selon certains, les statines pourraient avoir contribué au krach de 2007-2008.

Au moment où, comme électeurs, nous allons devoir faire des choix décisifs, il n’est pas inutile à mon avis d’exiger de nos hommes et femmes politiques qu’ils nous disent :

1) leur niveau de cholestérol sanguin ;

2) s’ils sont sous statines ou autres médicaments anticholestérol.

Les premiers qui lancent la pétition en ce sens gagnent un sucre d’orge… bio !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est quoi un essai clinique ?

Un essai clinique, c’est quoi ?

Ceux qui ont lu mes livres le savent déjà ; mais un petit rappel ne fera pas de mal…

Pour les autres, médecins prescripteurs et patients (bénéficiaires et/ou victimes), il est urgent de se « mettre à jour ». Car celui qui comprend ce qu’est un essai clinique comprend toute la médecine moderne, d’un coup d’un seul ; dommage de se priver !

D’autant plus qu’en comprenant la médecine moderne [mieux que ceux qui sont supposés l'enseigner ! Oups ! Je plaisante bien sûr !], on dispose déjà de quelques munitions (les meilleures) pour se défendre en cas d’attaques incongrues, d’où qu’elles viennent…

Ce n’est pas en quelques lignes que je vais faire le tour de cette question apparemment compliquée mais, pour ceux qui veulent vivre les yeux ouverts, je vais essayer d’entre-ouvrir quelques fenêtres.

Pour ceux qui lisent l’anglais, je recommande la lecture d’une bonne référence à propos des essais cliniques (ci-dessous) dans un journal médical anglais (le British Medical Journal) qui est un peu la source de documents indispensables pour les médecins anglais (et anglophones) ; nous n’avons pas d’équivalent en langue française ; ce qui donne une idée d’une part de la décadence accélérée de la culture médicale francophone et d’autre part de l’incapacité où se trouvent les médecins praticiens qui ne parlent pas l’anglais d’avoir accès à des documents de valeur :

http://www.bmj.com.gate2.inist.fr/content/346/bmj.e7586.long

Certes, ça fait 42 pages.

Qu’il y ait 42 pages et que ce soit en anglais n’est pas une excuse. Tout professionnel de santé doit comprendre ça ; sinon il est une marionnette manipulée par toute sortes d’intérêts divergents…

Courage les amis ! Votre indépendance professionnelle (si vous êtes médecin) ou votre sécurité (si vous êtes patient et sceptique) passent par une lecture attentive de ces 42 pages… Oups !

Je plaisante bien sûr ! Je vais essayer d ‘en dire quelques mots quand même.

Pour simplifier, je vais le faire en plusieurs épisodes, comme à la télé !

Donc Épisode 1, c’est maintenant.

L’essai clinique, c’est la façon moderne (et scientifique) d’évaluer l’utilité (les bénéfices attendus), l’innocuité relative (les effets adverses ou les risques de toxicité) et le rapport bénéfice/risque de tout médicament mis sur le marché ; et donc mis à la disposition des médecins pour faire leur métier : soulager et souvent guérir des patients en souffrance.

Attention : si l’essai clinique est indispensable pour évaluer l’utilité d’un médicament, il est peu (voire très peu) efficace pour évaluer son innocuité ou sa toxicité.

Vous pouvez juger de la compétence d’un médecin ou d’un pseudo-scientifique sur cette seule notion : l’efficacité de l’essai clinique pour identifier les effets toxiques d’un médicament.

Si on vous dit que les essais cliniques n’ont pas démontré la toxicité des statines, par exemple, vous pouvez continuer votre chemin, la personne qui vous dit ça n’a rien compris. Ceux qui ont lu mes livres savent pourquoi je dis ça ; s’ils ne le savent pas, il faut les relire !

Inutile de préciser que de nombreux médicaments actuellement (et depuis longtemps) sur le marché (certains fort utiles) ne sont pas passés par ce filtre (l’essai clinique) considéré aujourd’hui comme indispensable. Et, conséquence inéluctable de ce laxisme antérieur, des médicaments largement prescrits pendant des décennies s’avèrent un jour plus toxiques qu’utiles : médiator, depakine et beaucoup d’autres.

Cela dit, si un essai clinique montre des effets toxiques d’un médicament, il faut bien sûr les enregistrer et en tenir compte.

Mais s’il ne rapporte rien dans ses filets, ça ne veut pas dire que le médicament ne soit pas potentiellement toxique ; des études plus longues et plus adaptées à l’identification des effets indésirables sont indispensables. Surtout, il faut que ces études soient conduites indépendamment  du détenteur du brevet.

Parfois, la chance peut aider. Mais il ne faut pas trop compter sur la chance. Par exemple, c’est par inadvertance que des investigateurs (pourtant sponsorisés) ont mis à jour la toxicité des coxibs (Vioxx) ou l’effet diabétogène des statines…

Je résume l’épisode 1 :

1) l’essai clinique sert à [est construit pour] démontrer l’utilité d’un traitement (médicament ou autre) ;

2) l’essai clinique de donne que des arguments partiels sur l’innocuité et la toxicité des médicaments et autres traitements.

La suite dans l’épisode 2…

 

 

 

 

 

 

Aspirine à faibles doses pour empêcher les complications cardiovasculaires chez les diabétiques ?

 

C’est une question difficile : le diabète est une cause de complications cardiovasculaires.

Au-delà de l’adoption d’un mode de vie protecteur (nutrition, exercice physique, environnement, contrôle du stress, en faisant court), certains médicaments peuvent-ils être utiles ?

Deux types de médicaments « ordinaires » peuvent être discutés aujourd’hui car nous avons un recul et une expérience médicale de terrain qui permettent de répondre, avec plus ou moins de probabilité de ne pas trop se tromper (difficile d’être plus relatif…), sans avoir à se référer aux proclamations de certains experts (ou pseudo-experts) rémunérés dont l’inculture et la bêtise n’égalent que la morgue et l’arrogance qu’ils nous administrent grossièrement via des médias professionnels aux ordres de leurs bienfaiteurs (Oups !) : je veux parler des médicaments anticholestérol et des antiplaquettaires.

Pour les médicaments anticholestérol (statines) , je renvoie à mes livres (notamment « L’horrible vérité sur…« ).

Sur ce sujet (statines et diabète), on peut difficilement faire mieux à la fois en termes de désinformation des médecins et du public et de biais méthodologiques sournois dans les travaux scientifiques. Vite lire « L’horrible vérité sur… » pour bien comprendre !

Conclusion simple avec les statines : non seulement ces médicaments ne protègent pas les diabétiques des maladies cardiovasculaires, mais ils sont gravement toxiques pour eux.

Pire, ils provoquent ou aggravent le diabète ! CQFD comme disent les matheux.

Pour les médicaments antiplaquettaires (par exemple, l’aspirine), c’est plus difficile de décider mais c’est aussi plus facile d’analyser ; car les biais « marketing et business » sont moins prégnants.

Une étude récente [japonaise, dommage, car les japonais ont généralement des habitudes alimentaires protectrices ; ce qui évidemment influence toute étude médica-menteuse] peut nous aider à y voir un peu claire.

Dans cette étude combinant une phase d’intervention (avec tirage au sort) et une phase d’observation, les investigateurs n’ont observé aucun bénéfice chez des diabétiques recevant de l’aspirine sur une période de suivi d’une dizaine d’années.

Ils ont par contre observé plus d’hémorragies digestives , ce qui est loin d’être inattendu.

Quoiqu’il faille rester prudent (vu les limites méthodologiques), je conclurais que les diabétiques n’ont pas intérêt à consommer de l’aspirine (y compris à faibles doses).

Mais cela ne concerne que les diabétiques qui n’ont pas encore fait de complications cardiovasculaires. Pour les autres, c’est autre chose…

Bref, pas de statine et pas d’aspirine en prévention primaire chez le diabétique.

 

 

 

 

 

Sur-diagnostic et sur-traitement

 

Que signifient « sur-diagnostic » et « sur-traitement » ?

C’est la traduction littérale de l’anglais « overdiagnosis » et « overtreatment » quoique notre « sur » ne dise pas vraiment ce que le « over » anglais dit, c’est-à-dire que ce n’est pas « un peu trop » mais « vraiment trop » ; j’espère être compréhensible…

Trop de diagnostic et trop de traitement ?

Qu’est-ce à dire ?

C’est une très mauvaise habitude et très contemporaine de la médecine dite moderne ; de plus en plus souvent dénoncée dans les médias professionnels américains ; et pas vraiment encore en francophonie…

Toujours un train de retard nos amis francophones. Essayons de corriger un peu.

D’autant que, vu le niveau pitoyable des médias professionnels français, il y a peu de chance que nous soyons accompagnés ou approuvés encore moins, dans cette démarche.

Pas de panique, je ne vais pas parler de vaccins, même si ce pourrait être un exemple très intéressant.

Que signifie « sur-diagnostic » ?

Pour éviter toute critique du style [le Dr de Lorgeril discrédite la médecine et les médecins ; ce qui est contraire au code de déontologie...], j’utilise ici une définition que chacun peut trouver en voyageant deux minutes sur Internet :

« Tout diagnostic de maladie qui s’avèrerait par la suite n’être jamais la source de symptôme redouté ou ne jamais causer le raccourcissement de vie attendu par ce type de diagnostic ».

Ça prend des proportions assez considérables ces jours-ci, comme on l’a vu à propos de certains cancers : thyroïde, sein, prostate…

Probablement, l’arbre qui cache une forêt « tropicale » très dense…

Vu des USA, c’est assez épouvantable. Les diagnostics de cancers sont posés de façon exagérée [je ne rentre pas dans le détail de "l'exagéré" à propos des cancers] et, inévitablement, les traitements entrepris sont excessifs : trop de chirurgie, de radiothérapie et de chimiothérapie considérées comme inutiles par beaucoup.

Se voir privé de sa thyroïde (et aussi de ses parathyroïdes au passage) alors qu’elles n’étaient pas vraiment malades et qu’on en a vraiment besoin pour rester en bonne santé, ce n’est pas drôle du tout !

Malheureusement, c’est à peu près la même chose en pathologie cardiovasculaire. Hélas !

Par exemple, pour la majorité des médecins d’aujourd’hui (gravement désinformés), le diagnostic de dyslipidémie équivaut désormais à celui de pathologie cardiovasculaire…

En d’autres termes, cholestérol élevé équivaut à athérosclérose qui équivaut à pompes funèbres et qui indique la prescription urgente de statines…

Bon !

On a compris le « sur-traitement » est l’inévitable escorte-boy du « sur-diagnostic » !

D’où cela vient-il ?

De l’idée (bienveillante a priori) qu’il faille faire le diagnostic des maladies le plus tôt possible dans leur évolution car plus on traite vite (ou tôt) et meilleur est le pronostic.

Dans certains cas, c’est certainement vrai. Évidemment !

Mais la venue d’une médecine hautement technologique a entraîné un phénomène inattendu : on voit, on mesure, on détecte des choses invisibles ou infinitésimales qui sont, on le découvre progressivement, sans rapport avec une éventuelle future maladie.

Dit autrement, on peut détecter (à certains moments de la vie des gens)  des choses qui peuvent paraître anormales mais qui vont en fait se corriger toutes seules. Rien faire dans ces cas-là est la meilleure façon d’agir…

Quoique, parfois, il faille peut-être agir… Comment savoir ?

C’est là que la médecine redevient un art ; ce qu’elle aurait toujours dû être ; et le médecin un artiste…

Ce qui n’est pas si difficile si on applique des règles simples qui sont aussi anciennes que la philosophie hippocratique.  Règle principale : d’abord ne pas nuire !

Autres petits trucs de médecin expérimenté : écouter et soulager les symptômes ; considérer et traiter la personne dans sa globalité

On ne soigne pas des chiffres (cholestérol, acide urique, glucose…) ; on ne soulage pas des images… J’espère être clair !

Sauf qu’on se heurte très vite à des difficultés inattendues, sans rapport avec la partie très humanitaire de la médecine.

En restant dans le domaine de la cardiologie, il faut reconnaître que la médecine moderne et très technologique nous a apporté des moyens diagnostics et thérapeutiques exceptionnels qui, dans certains cas pathologiques avérés, apportent beaucoup en termes d’efficacité et de sûreté. Il serait fou de s’en priver.

Autre exemple en dehors des cas très sévères, les techniques d’imagerie du coeur et des artères permettent de voir des choses (mais est-ce vraiment anormal ?) du vivant du patient qu’habituellement seule l’autopsie (quelques décennies plus tard) permettait de voir. Ce que nous découvrons actuellement (mais certains l’avaient compris depuis longtemps), c’est que certaines caractéristiques histologiques (apparemment anormales) des artères sont en fait transitoires et guérissent toutes seules.

Le mieux est de ne pas y toucher !

Reproduction d’un principe aussi vieux qu’Hippocrate : « dans le doute, abstiens-toi ! »

« Less is better«  [moins c'est mieux] est le nouveau slogan basique d’une nouvelle médecine américaine qu’on peut considérer comme « hyper-moderne » et déjà présente (promue) dans les plus grandes revues de médecine…

Mais ces technologies (dans l’industrie de la santé) ont un coût, et leur développement a nécessité de investissements en recherche et développement. Les investisseurs demandent (exigent) un retour sur leurs investissements. Normal !

Autrement dit, une utilisation importante de ces technologies est nécessaire (il faut multiplier les clients potentiels) pour assurer la couverture des coûts de recherche-développement et d’installation de ces nouvelles technologies.

Bon, vous avez compris : voilà la raison principale de beaucoup des sur-diagnostic et sur-traitement ; il faut rembourser ; et donc utiliser le plus possible ces technologies ; même chez ceux qui n’en n’ont pas besoin…

Qui paie ?

Laissons de côté la problématique aux USA !

Chez nous, c’est le plus souvent l’Assurance-maladie qui paie ; ce qui explique en partie ses déficits !

Dit autrement, l’Assurance-maladie finance (en grande partie et de façon indirecte) les nouvelles technologies et le business dans le domaine de la santé.

Et le déficit est épongé par l’impôt !

Mais il y a une limite du supportable à l’impôt : on demande donc à l’Assurance-maladie de diminuer son déficit. Normal, dira-t-on ! Faut faire des économies. Des choix cruciaux sont à faire, c’est du ressort du politique.

Va-t-on réduire les dépenses liées aux nouvelles technologies ?

Va-t-on aller à l’encontre des intérêts du business des nouvelles technologies ?

Dans ces nouvelles (et moins nouvelles) technologies, il y a bien sûr les nouveaux (et moins nouveaux) médicaments : statines, anti-PCSK9, etc…

Je laisse à chacun le soin de réfléchir à ces questions.

Cela dit, pour tout professionnel de santé qui vit les yeux ouverts, il est clair que les choix actuels pour réduire les déficits du système de santé vise à réduire les coûts de personnel [c'est couteux un salaire d'infirmière ou de médecin, à titre d'exemple...] et donc inéluctablement à :

1) mettre sous pression les personnels qui essaient d’assurer le même travail avec moins d’intervenants ; et qui sont à la fois exténués et privés de compensation salariale décente ;

2) diminuer la qualité des soins ; donc la partie humanitaire et compassionnelle des soins : toujours plus de technologie (trop souvent inutile et parfois dangereuse), toujours moins de compassion !

Telle est l’époque trouble que nous vivons ; qu’en dirait Schopenhauer ?

 

 

 

 

RETEX suite au film d’ARTE sur le cholestérol et les statines

 

RETEX ? Ou Retour d’Expérience, comme disent les pompiers

Ça peut être utile ; ne nous en privons pas ; car, comme disent les gendarmes, on apprend autant de ses erreurs que de ses victoires.

De mon point de vue, le film d’ARTE est un grand pas vers une certaine compréhension par le peuple de la problématique du cholestérol et des statines.

Certains ne sont pas d’accord ; on peut comprendre ; on ne mord pas la main qui vous nourrit, parole de chien de garde, pourrait-on leur faire dire…

Une obscure association, dite AFIS pour Association Française pour l’information scientifique, s’est prise le mors aux dents (pas forcément un chien enragé) et accuse ARTE de mettre en danger la vie de patients qui interrompraient leur traitement.

On nous recommande de nous abonner à leur revue Science & pseudo-science.

Si on a quelque goût ou appétence pour la pseudo-science, aucune hésitation à avoir, abonnons-nous vite, quoiqu’il puisse être utile de définir le concept opaque de pseudo-science ; travail urgent que nous laisserons toutefois [étant occupé ailleurs] à nos spécialistes auto-proclamés du genre !

 

Et donc nos pseudo-scientistes s’inquiètent à juste titre des conséquences sanitaires de la diffusion du film d’ARTE ; c’est là-dessous ; voyez cette belle prose ci-dessous : « combien de morts à la clé ? »

Théories douteuses et dangereuses. Expertise autoproclamée ? Oh là là ! comme ils y vont, les camarades ?

Combien de spécialistes du cholestérol et des statines à l’AFIS ?

Quel est le courageux auteur de ce galimatias ? Sortira-t-il de son anonymat ? Que nous puissions ainsi vérifier ses liens (que dis-je, ses câbles) d’intérêt ?

Comme nous sommes généreux, et qu’à propos d’autres dénonciations péremptoires, nous avions anticipé, nous nous permettons de renvoyer nos pseudo-scientistes à la lecture d’un billet du début du mois d’Octobre.

C’est là : http://michel.delorgeril.info/prevention-des-maladies-cardiovasculaires/ou-sont-passes-les-10-000-deces-dus-aux-arrets-de-statines-2

D’autres donc (sans doute aussi des pseudo-scientistes…) avaient annoncé plus de 10,000 morts supplémentaires dues à l’arrêt des statines en 2013… On se souvient ?

Mais après vérifications il y eût 2000 vies sauvées ; au minimum et en suivant le mode de raisonnement de ces alarmistes analphabètes…

Ce n’est pas rien et, certes, ça demande confirmation.

Mais on peut au moins être sûr d’une chose [si toutefois on reste prudent quant au nombre de vies sauvées : humilitas scientificus animalitas... Oups !], c’est que de catastrophe sanitaire à l’arrêt des statines il n’y a pas…

Dormez tranquilles, chers confrères, si quelque patient récalcitrant vous annonce qu’il a stoppé son traitement; ne vous acharnez pas !

Amen !

 

 

 

 

 

 

 

Prévention primaire et secondaire : késako ?

 

Suite au film sur le cholestérol et les statines diffusé sur ARTE, certains se posent la question de savoir si les statines peuvent être utiles quand même dans certaines circonstances.

Ceux qui ont lu attentivement nos livres savent que non ; mais ce blog sert aussi à préciser des points obscurs ; allons-y !

Certains, donc, persistent à dire (et écrire) que pour des raisons (qu’ils disent inconnues) les statines protègent un peu les patients qui ont déjà fait un premier infarctus ; contrairement à ceux qui n’en ont jamais fait.

C’est la distinction classique entre « prévention primaire » [empêcher un premier infarctus] et la « prévention secondaire » [empêcher un second ou troisième infarctus].

Cela a-t-il du sens ?

Cette distinction n’a aucun intérêt médical ou scientifique.

Un infarctus est un infarctus, c’est-à-dire une obstruction totale d’une artère coronaire par un caillot de sang qui s’est généralement formé sur le site d’une sténose (plaque d’athérosclérose) en cours de transformation ; pour diverses raisons, elle se transforme ; je ne rentre pas dans les détails maintenant.

Si un médicament est relativement actif pour empêcher un infarctus, par exemple l’aspirine en empêchant la formation du thrombus plaquettaire (phase initiale de formation du caillot qui va tout boucher), ce médicament est actif sur TOUS les infarctus : les premiers, les deuxièmes ou les troisièmes !

Le cholestérol ne joue aucun rôle dans ces processus pathologiques ; le faire baisser dans le sang avec une statine (par exemple) n’a aucune chance d’avoir un effet préventif.

D’où vient alors (et à quoi sert) cette notion qu’il y aurait une possible différence d’efficacité des statines en « prévention primaire » et en « prévention secondaire » ?

Ça n’a rien de physiopathologique. C’est un « truc » de la petite cuisine des essais cliniques. Pour comprendre ça, il faut avoir soi-même un peu cuisiné, de préférence avec des grands Chefs ; je vais essayer d’expliquer en deux mots et en simplifiant ; ce qui (la simplification) n’est pas ma spécialité ; mes enfants me le disent tous les jours : « papa, fais plus court… »

Les sales gosses ! Aucun respect !

Si vous voulez démontrer qu’un médicament est efficace (utile) dans une pathologie donnée, il faut tester ce médicament contre un placebo dans un essai clinique.

Vous devez poser une hypothèse dite primaire ; j’expliquerai un autre jour ce qu’est une « hypothèse primaire » ; c’est un point crucial !

Hypothèse : je teste si ce médicament diminue de 50% (par exemple) le risque d’infarctus.

Je recrute mes patients dans une population donnée bien caractérisée :

1) si je m’adresse à une population dans laquelle la fréquence de l’infarctus est faible, par exemple 1 pour 1000 patients par an, je vais devoir recruter beaucoup de patients que je vais devoir suivre longtemps pour démontrer une réduction du risque de 50% ;

2) si je m’adresse à une population avec une fréquence d’infarctus élevée, par exemple 1 pour 10 patients par an, il me faudra beaucoup moins de patients et la durée du suivi sera plus brève. Je fais exprès de caricaturer les chiffres pour expliquer.

Ce sont deux essais cliniques différents sur un plan très pratique, tout le monde a compris :

1) dans le 1er cas, je peux m’adresser à la population générale, en principe indemne d’infarctus au moment du recrutement ; recrutement aisé relativement mais le coût est important ; c’est le contexte de la « prévention primaire » ;

2) dans le 2ème cas, il s’agit généralement de patients qui ont déjà eu un infarctus [contexte de "prévention secondaire"] et ils sont recrutés via un service hospitalier ; il faut donc (pour le laboratoire pharmaceutique détenteur du brevet de la molécule à tester) avoir accès aux services hospitaliers ce qui génèrent des difficultés spécifiques.

Telles sont les différences entre « prévention primaire » et « prévention secondaire« . Rien de scientifique ou médical, juste de la cuisine épidémiologique…

Ça n’a donc rien à voir avec la physiopathologie (le mécanisme causal) de l’infarctus et les effets biologiques des médicaments testés.

Pourquoi certains s’obstinent-ils à croire qu’il y a une différence ?

Je pense que, outre le manque de culture scientifique et médicale, il y a surtout des supposés experts qui ne veulent pas admettre qu’ils ont été (ou qu’ils se sont) trompés. Le cas typique est celui de la Direction de la revue Prescrire.

Ils ne peuvent pas changer un jugement qu’ils ont émis dans les années 1990s au moment où les premiers essais sur les statines ont été publiés, dans le contexte de prévention secondaire essentiellement.

Ils ne comprennent pas que depuis cette époque les règlementations des essais cliniques ont changé et que tous les essais récent sont négatifs, y compris en prévention secondaire.

Il faut faire l’effort de revoir l’historique des essais cliniques testant les statines.

C’est comme une randonnée en montagne : on ne voit pas le même paysage à l’aller et en montant (l’effort physique n’étant pas le même, on n’a pas les mêmes yeux) et au retour en redescendant.

C’est au retour qu’on voit le mieux les paysages traversés, des crêtes sommitales au fond de la vallée en passant par les alpages et les refuges.

Dans le cas des statines, il faut d’urgence revoir le film ; mais en commençant par la fin ; c’est là qu’on comprend tout.

Nous l’avons raconté dans nos livres, notamment « Cholestérol, mensonge et propagande » mais les rédacteurs de Prescrire ne lisent pas les livres de vulgarisation ; ils laissent ça au « petit » peuple et, de fait, ce « petit » peuple peu ou prou méprisé (par rapport aux éminences doctorales)  en sait plus qu’eux !

Et c’est finalement, telle est l’Histoire (avec un grand H), le « petit » peuple qui renverse les dictatures, notamment celles de l’Esprit !

Amen !

 

 

 

 

 

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